Un accord réaliste, une équipe de facilitateurs expérimentés et une méthode capable de survivre aux crises
Introduction
Le président sud-coréen Lee Jae Myung souhaite relancer le dialogue avec Pyongyang et ouvrir la voie à une fin officielle de la guerre de Corée. L’intention est importante, mais elle ne suffira pas. Depuis plus de soixante-dix ans, les périodes de rapprochement alternent avec les essais militaires, les changements de gouvernement, les sanctions et les ruptures diplomatiques.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si les deux Corées peuvent recommencer à se parler. Elle est de déterminer ce qui rendrait cette fois le processus crédible, opérationnel et suffisamment robuste pour survivre aux crises inévitables. Cela suppose un accord progressif, des engagements vérifiables, des garanties internationales et des mécanismes empêchant qu’un seul incident fasse tout s’effondrer.
Oui, une paix durable est possible. Mais elle exige les bons outils, une méthode réaliste et des facilitateurs capables de travailler simultanément avec les deux Corées, les grandes puissances et les institutions internationales. Voici à quoi pourrait ressembler un tel processus.
Table des matières
Introduction
Partie I — Comprendre les blocages et les intérêts
1. Pourquoi les tentatives précédentes ont-elles échoué?
1.1. Le piège du « tout ou rien »
1.2. Une paix trop dépendante des dirigeants
1.3. La rivalité des grandes puissances
1.4. La mauvaise leçon de l’échec
2. Commencer par ce que chaque partie cherche à protéger
2.1. Ce que recherche Pyongyang
2.2. Ce que recherche Séoul
2.3. Ce que veulent les puissances extérieures
Partie II — Construire l’architecture de la paix
3. Les cinq fondations d’un accord durable
3.1. La coexistence avant la réunification
3.2. La fin de la guerre sans attendre le « zéro nucléaire »
3.3. Des engagements graduels et réciproques
3.4. Des mesures vérifiables
3.5. Une réversibilité graduée
4. Trois dossiers distincts, mais coordonnés
4.1. Paix et sécurité conventionnelle
4.2. Nucléaire et missiles
4.3. Sanctions, économie et questions humanitaires
5. Qui négocie, qui facilite et qui garantit?
5.1. Les parties directement concernées
5.2. Les facilitateurs neutres
5.3. Les puissances garantes
Partie III — Rendre le processus opérationnel
6. Un trio de facilitateurs aux compétences complémentaires
6.1. Heidi Tagliavini — La négociation politique et la gestion de crise
6.2. Thomas Greminger — L’architecture militaire
6.3. Jan Eliasson — Les garanties multilatérales
6.4. Pourquoi une équipe plutôt qu’une personnalité providentielle?
6.5. Simulation de la coordination du trio
6.6. Analyse stratégique — Ces possibilités existent
7. Les étapes d’un processus crédible
Phase 1 — Empêcher la détérioration
Phase 2 — Obtenir des résultats visibles
Phase 3 — Construire l’accord politique
Phase 4 — Formaliser la paix
Phase 5 — Rendre la paix plus avantageuse que la confrontation
Partie IV — Éprouver et mesurer la paix
8. Mettre le processus à l’épreuve avant même sa signature
Cadre des simulations
Scénario 1 — Pyongyang effectue un tir de missile
Scénario 2 — Washington change de gouvernement ou de doctrine
Scénario 3 — Pékin ou Moscou bloque une décision
Scénario 4 — Un gouvernement plus hostile arrive au pouvoir à Séoul
Scénario 5 — Une violation demeure contestée
9. Comment reconnaître un véritable progrès?
9.1. Mesurer la sécurité immédiate
9.2. Mesurer la continuité politique
9.3. Mesurer les engagements militaires et nucléaires
9.4. Mesurer les progrès humanitaires
9.5. Mesurer la réciprocité
9.6. Mesurer la résilience
9.7. Construire un tableau de bord commun
9.8. Éviter la manipulation des indicateurs
9.9. Reconnaître les niveaux de progrès
9.10. Synthèse de la mesure — Observer la direction, pas seulement la destination
Synthèse stratégique
Conclusion — La paix comme capacité à durer
Partie I — Comprendre les blocages et les intérêts
1. Pourquoi les tentatives précédentes ont-elles échoué?
Des avancées temporaires
Depuis les années 1990, plusieurs cycles de négociation ont permis des avancées réelles : gel temporaire d’activités nucléaires, retour d’inspecteurs internationaux, rapprochements diplomatiques, rencontres de familles séparées et réduction momentanée des tensions militaires. Les pourparlers à six ont même conduit, en 2007, à la fermeture et à la mise sous surveillance du complexe nucléaire de Yongbyon. Pourtant, ces progrès n’ont jamais réussi à se transformer en un processus de paix durable. Agence internationale de l’énergie atomique
Des responsabilités multiples
Ces échecs ne s’expliquent pas par une seule cause ni par la responsabilité d’un seul camp. La Corée du Nord a poursuivi ses programmes militaires, limité la vérification de ses engagements et utilisé les crises comme moyens de pression. De leur côté, ses interlocuteurs ont parfois formulé des objectifs imprécis, retardé certaines contreparties ou laissé le processus dépendre des changements de gouvernement. S’y ajoutent des désaccords persistants sur l’ordre des concessions, une méfiance presque totale et une tendance à faire reposer trop d’enjeux sur quelques sommets très médiatisés. Pour imaginer une méthode plus efficace, il faut donc commencer par comprendre les principales faiblesses qui ont condamné les tentatives précédentes.
1.1. Le piège du « tout ou rien »
Des objectifs trop nombreux
Les négociations avec la Corée du Nord ont souvent été surchargées d’objectifs qui, bien que légitimes, sont extrêmement difficiles à atteindre simultanément. Il ne s’agissait pas seulement de limiter un programme nucléaire, mais aussi d’obtenir la levée ou le maintien des sanctions, de normaliser les relations diplomatiques, de fournir des garanties de sécurité et de remplacer l’armistice de 1953 par un véritable régime de paix. La déclaration de Singapour de 2018 réunissait déjà plusieurs de ces ambitions : établir de nouvelles relations entre Washington et Pyongyang, construire un régime de paix durable et travailler à la dénucléarisation complète de la péninsule. Elle indiquait cependant une direction générale sans préciser l’ordre des concessions, leur calendrier ni les mécanismes permettant d’en vérifier l’application. Déclaration conjointe de Singapour
Des concessions dans quel ordre?
Le problème n’était pas simplement le nombre de dossiers, mais leur interdépendance. Washington voulait généralement que Pyongyang prenne d’abord des mesures nucléaires suffisamment importantes et vérifiables avant d’obtenir un allègement substantiel des sanctions. Le régime nord-coréen cherchait plutôt à obtenir rapidement des bénéfices économiques et des garanties de sécurité avant d’abandonner les capacités militaires auxquelles il attribue sa survie. Cette contradiction a éclaté au sommet de Hanoï en 2019 : l’offre nord-coréenne concernant le complexe nucléaire de Yongbyon n’a pas été jugée suffisante pour justifier l’allègement des sanctions demandé. Faute d’entente sur cette transaction centrale, le sommet s’est terminé sans accord et les autres dimensions du rapprochement ont également cessé de progresser.
Chaque dossier devient l’otage des autres
Ce blocage révèle la faiblesse fondamentale d’une négociation fondée sur le « tout ou rien ». Lorsque la paix, la sécurité, le nucléaire, les sanctions et la reconnaissance diplomatique sont enfermés dans une seule transaction, chaque dossier devient l’otage des autres. Pourtant, des progrès partiels ont déjà été possibles lorsque les engagements étaient divisés en étapes réciproques : en 2007, les pourparlers à six avaient notamment permis la fermeture et la mise sous scellés du site de Yongbyon selon un principe d’« action contre action », sous surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Résolution de l’AIEA de 2007
La leçon n’est donc pas de renoncer aux objectifs les plus ambitieux, mais de cesser d’exiger qu’ils soient tous réalisés au même moment. Une paix durable doit pouvoir avancer par gains limités, mesurables et cumulatifs, sans qu’un désaccord suffise à faire disparaître tous les progrès déjà accomplis.
1.2. Une paix trop dépendante des dirigeants
La diplomatie des sommets
Les rencontres entre dirigeants peuvent débloquer une situation que les négociations ordinaires ne parviennent plus à faire évoluer. Elles créent une impulsion politique, attirent l’attention internationale et permettent parfois de prendre des engagements qu’aucun fonctionnaire ne pourrait autoriser seul. En 2018, les rencontres entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in ont ainsi produit la déclaration de Panmunjom, dans laquelle les deux dirigeants promettaient d’améliorer les relations intercoréennes, de réduire les tensions militaires et de travailler à l’établissement d’un régime de paix permanent. Déclaration de Panmunjom
Une confiance non transférable
Cette personnalisation devient cependant dangereuse lorsque le processus repose davantage sur la relation entre deux dirigeants que sur des institutions capables de poursuivre le travail en leur absence. Une poignée de main peut ouvrir une porte, mais elle ne remplace ni un calendrier d’application, ni des équipes permanentes, ni des procédures de règlement des différends. Lorsque la relation personnelle se détériore ou qu’un dirigeant quitte le pouvoir, les engagements risquent d’être abandonnés parce qu’ils sont associés à sa personne plutôt qu’à une politique durable de l’État.
Les alternances politiques
La Corée du Sud et les États-Unis connaissent des alternances démocratiques pouvant transformer rapidement leur approche envers Pyongyang. Un gouvernement peut privilégier le dialogue, les échanges économiques et les mesures de confiance, tandis que son successeur peut donner la priorité aux sanctions, à la dissuasion et aux exercices militaires. Chaque administration réévalue alors les engagements de la précédente. La Corée du Nord peut être tentée d’attendre une alternance plus favorable, tandis que Séoul ou Washington peuvent hésiter à offrir des concessions dont les bénéfices politiques ne se matérialiseront qu’après leur mandat.
Les changements de stratégie de Pyongyang
La vulnérabilité ne provient pas seulement des démocraties. Même si le pouvoir nord-coréen est beaucoup plus stable, sa stratégie peut changer selon ses besoins économiques, l’évolution de ses capacités militaires ou les alliances qui lui sont accessibles. Pyongyang peut rechercher un rapprochement lorsqu’il a besoin d’aide ou d’un allègement des sanctions, puis se retirer du dialogue lorsqu’il estime avoir obtenu suffisamment de temps, de ressources ou de reconnaissance. En juin 2020, le régime a ainsi détruit le bureau de liaison intercoréen de Kaesong, créé à la suite du rapprochement de 2018, démontrant qu’une réalisation hautement symbolique pouvait être anéantie unilatéralement. Ministère sud-coréen de l’Unification
La rivalité des grandes puissances
La paix coréenne dépend également de relations internationales qui dépassent largement la péninsule. Lorsque Washington et Pékin coopèrent, ils peuvent exercer des pressions complémentaires et offrir des garanties aux deux camps. Lorsqu’ils s’affrontent, la Corée du Nord devient une pièce dans leur rivalité stratégique. Le rapprochement militaire entre Pyongyang et Moscou ajoute une difficulté supplémentaire : la Russie peut désormais aider le régime à résister aux sanctions et réduire l’influence des autres négociateurs. Un processus dépendant uniquement de l’entente momentanée entre quelques chefs d’État devient alors vulnérable à chaque nouvelle crise internationale.
On revient plus en profondeur en 1.3 dans une section dédiée.
Les provocations comme épreuve
Les tirs de missiles, les exercices militaires, les incursions, les campagnes de propagande ou les ruptures de communication servent aussi à tester les intentions et la détermination de l’adversaire. Dans un processus fortement personnalisé, une provocation est facilement interprétée comme une trahison directe du dirigeant avec lequel l’accord a été conclu. La pression politique pousse alors celui-ci à réagir fermement pour ne pas paraître faible, ce qui entraîne une nouvelle escalade. Sans procédure préétablie permettant d’enquêter, de communiquer et de répondre proportionnellement, un seul incident peut détruire plusieurs années de rapprochement.
Institutionnaliser la paix
Les relations personnelles restent utiles pour ouvrir les négociations et prendre les décisions les plus difficiles. Elles ne doivent toutefois pas devenir les fondations du processus. Pour survivre aux élections, aux changements de stratégie et aux crises géopolitiques, la paix doit être portée par des accords juridiquement définis, des organismes permanents, des canaux militaires protégés et des rencontres qui continuent même lorsque les dirigeants cessent de se parler. Autrement dit, une paix durable ne doit pas seulement unir temporairement des dirigeants : elle doit rendre leur coopération transmissible à ceux qui leur succéderont.
1.3. La rivalité des grandes puissances
La paix coréenne ne sera pas négociée dans un environnement international stable. Elle devra prendre forme au milieu d’une nouvelle course aux armements, de conflits régionaux interconnectés et d’une détérioration des relations entre les puissances appelées à garantir l’accord. Cette contradiction doit être intégrée dès sa conception : les États-Unis, la Chine et la Russie sont indispensables au processus, mais leurs rivalités peuvent aussi devenir l’une de ses principales menaces.
Une nouvelle course aux armements
Les neuf États possédant des armes nucléaires ont continué de renforcer leurs arsenaux en 2025, tandis que certains déployaient de nouveaux systèmes nucléaires ou à double capacité. Les États-Unis et la Russie modernisent leurs forces, la Chine augmente son arsenal et plusieurs puissances développent de nouveaux missiles, sous-marins ou systèmes capables d’emporter des charges conventionnelles et nucléaires. Le SIPRI estime que 2 100 à 2 200 ogives se trouvaient en état d’alerte opérationnelle élevée au début de 2026. SIPRI Yearbook 2026 — Forces nucléaires mondiales
Cette dynamique ne signifie pas que tous les États augmentent leur nombre d’ogives au même rythme. Elle signifie toutefois que les capacités se modernisent, que la transparence diminue et que certains gouvernements accordent une place plus importante aux armes nucléaires dans leur stratégie. Si les garanties offertes par les grandes puissances paraissent moins crédibles, d’autres États pourraient aussi être tentés de développer leurs propres capacités ou de se rapprocher du seuil nucléaire.
L’érosion du contrôle des armements
Les rivalités entre Washington, Pékin et Moscou affaiblissent également les mécanismes qui limitaient autrefois leurs comportements. Selon le SIPRI, la détérioration des relations entre les principales puissances nucléaires a empêché de nouvelles avancées en matière de désarmement et de contrôle des armements, alors que les anciens cadres de transparence et de limitation s’érodent. SIPRI — Désarmement et non-prolifération
Dans ce contexte, Pyongyang peut difficilement être convaincu que les armes nucléaires sont inutiles lorsque les puissances qui lui demandent de désarmer modernisent elles-mêmes leurs arsenaux. Cette contradiction ne justifie pas le programme nord-coréen, mais elle diminue la force politique de l’argument en faveur d’un désarmement unilatéral. Une négociation crédible devra donc offrir des garanties concrètes plutôt que s’appuyer uniquement sur des principes que les grandes puissances appliquent inégalement.
L’intelligence artificielle militaire
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à cette instabilité. Elle peut accélérer l’analyse des renseignements, la détection des menaces, la sélection des cibles et la prise de décision militaire. Elle peut aussi produire des erreurs, amplifier des informations trompeuses ou pousser les dirigeants à répondre plus rapidement par crainte que l’adversaire n’agisse en premier.
L’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement souligne notamment les risques de mauvais calcul et d’escalade involontaire associés à la rapidité des décisions assistées par l’intelligence artificielle. Il évoque également la possibilité d’une course aux capacités militaires en IA et insiste sur la nécessité de maintenir une responsabilité et un jugement humains dans les décisions critiques. UNIDIR — L’intelligence artificielle dans le domaine militaire
La multiplication des cyberattaques
Les opérations informatiques brouillent encore davantage la frontière entre la paix et la guerre. Elles peuvent viser les réseaux militaires, les communications, les systèmes d’alerte, les infrastructures énergétiques ou les institutions chargées de vérifier un accord. Leur attribution demeure difficile : une attaque peut provenir d’un gouvernement, d’un groupe criminel, d’un intermédiaire ou d’un acteur cherchant délibérément à faire accuser un adversaire.
L’UNIDIR constate que les cyberattaques gagnent en ampleur, en sophistication et en capacité de perturber des infrastructures essentielles. L’intelligence artificielle facilite également l’automatisation et l’adaptation de certaines opérations offensives. Cette combinaison augmente le risque qu’une attaque mal attribuée provoque des représailles contre le mauvais acteur ou soit interprétée comme la préparation d’une offensive militaire. UNIDIR — Cybermenaces et sécurité internationale
Un accord coréen devrait donc contenir un protocole cyber distinct : protection des hotlines et des systèmes de vérification, interdiction de cibler certaines infrastructures civiles, partage d’informations techniques et enquête neutre avant toute attribution publique. Sans cette protection, les outils numériques conçus pour soutenir la paix pourraient devenir ses nouvelles vulnérabilités.
Des garants qui sont aussi des rivaux
Les États-Unis, la Chine et la Russie peuvent-ils réellement garantir un accord alors qu’ils s’affrontent sur d’autres dossiers? Ils le peuvent, mais seulement dans des fonctions limitées et précisément définies. Une garantie fondée sur leur confiance mutuelle serait fragile. Une garantie reposant sur leur intérêt commun à éviter une guerre incontrôlable dans la péninsule demeure possible, même lorsqu’ils sont adversaires ailleurs.
Pendant la guerre froide, des puissances rivales ont parfois respecté des mécanismes de communication, de surveillance ou de contrôle des armements non parce qu’elles se faisaient confiance, mais parce qu’elles craignaient les conséquences d’une erreur. La même logique peut s’appliquer en Corée : les garants n’ont pas besoin de partager une vision commune du monde; ils doivent reconnaître qu’une guerre dans la péninsule leur coûterait davantage que le maintien de règles minimales.
Diviser les responsabilités
Les trois puissances ne devraient pas former un directoire unique ayant le pouvoir collectif d’autoriser ou de bloquer chaque étape. Leurs responsabilités pourraient être réparties dans des protocoles distincts. Les États-Unis offriraient les garanties liées à la défense de Séoul et à l’évolution de leur posture militaire. La Chine contribuerait à la stabilité économique, au contrôle de sa frontière et à l’influence exercée sur Pyongyang. La Russie devrait s’engager sur les transferts militaires, les technologies sensibles et le respect des mécanismes de crise.
Une puissance ne devrait toutefois jamais être chargée de juger seule une violation dans laquelle elle pourrait être impliquée. La vérification technique devrait relever d’acteurs indépendants comme l’AIEA, la Commission de supervision des nations neutres ou un organisme créé par l’accord. Les facilitateurs suisses et suédois serviraient à maintenir le dialogue, tandis que les grandes puissances fourniraient les engagements qu’elles seules sont capables d’exécuter.
Éviter le droit de veto permanent
Si chaque décision exige l’accord simultané de Washington, Pékin et Moscou, le processus coréen deviendra l’otage de toutes leurs rivalités. Les décisions ordinaires — inspections, réunions techniques, enquêtes, échanges humanitaires — devraient donc pouvoir continuer même lorsqu’un garant refuse de coopérer. L’unanimité serait réservée aux modifications fondamentales touchant les obligations de toutes les parties.
L’accord pourrait être constitué d’un noyau intercoréen et de plusieurs protocoles internationaux. Ainsi, le retrait ou l’obstruction d’un garant n’annulerait pas automatiquement les engagements des autres. Cette architecture empêcherait qu’une crise entre Washington et Pékin, ou entre Washington et Moscou, suffise juridiquement à faire disparaître les mécanismes de paix entre Séoul et Pyongyang.
La contagion des autres conflits
Une guerre ou une crise majeure ailleurs peut néanmoins modifier les calculs dans la péninsule. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine renforce les échanges militaires entre Moscou et Pyongyang. Une crise autour de Taïwan pourrait opposer directement la Chine et les États-Unis, mobiliser leurs forces dans la région et transformer la Corée en théâtre secondaire. Une escalade entre l’Iran et Israël peut affaiblir le régime mondial de non-prolifération. Une confrontation entre l’Inde et le Pakistan peut modifier les doctrines nucléaires et banaliser les menaces d’emploi.
La stabilisation de ces théâtres renforcerait donc indirectement la paix coréenne. Il serait toutefois irréaliste d’attendre leur résolution avant d’agir dans la péninsule. La paix coréenne doit plutôt être conçue pour continuer à fonctionner lorsque l’un de ces conflits s’aggrave.
Construire des pare-feu diplomatiques
L’accord devrait établir que les engagements concernant la péninsule ne peuvent pas être suspendus simplement en représailles à un différend extérieur. Les sanctions liées au programme nucléaire nord-coréen devraient être distinguées de celles qui pourraient découler d’autres activités. Les hotlines, inspections, réunions militaires et programmes humanitaires devraient continuer même lorsqu’un garant est impliqué dans une crise ailleurs.
Des consultations automatiques pourraient être déclenchées lorsqu’un conflit extérieur menace l’application de l’accord. Les parties évalueraient alors ses conséquences sur les forces militaires, les sanctions, les approvisionnements et les garanties de sécurité. Ce mécanisme permettrait d’adapter temporairement certaines obligations sans laisser chaque gouvernement décider unilatéralement que la crise mondiale justifie l’abandon du processus.
Tester l’accord avant la crise
Le dispositif devrait régulièrement être soumis à des exercices de simulation : que se passe-t-il si la Chine et les États-Unis entrent en confrontation autour de Taïwan? Si la Russie coupe sa coopération? Si une cyberattaque paralyse les communications? Si un conflit extérieur entraîne le redéploiement de forces américaines? Ces scénarios permettraient d’identifier les dépendances dangereuses et de préparer des solutions de remplacement avant qu’elles deviennent nécessaires.
La Corée comme premier chantier
La paix coréenne ne peut pas, à elle seule, stabiliser l’ensemble du système international. Les mêmes principes pourraient cependant être adaptés à d’autres théâtres : séparation des dossiers, engagements graduels, vérification indépendante, réponses proportionnées et mécanismes protégés contre les crises extérieures. Chaque conflit possède sa propre histoire, mais plusieurs souffrent de la même fragilité : l’absence de procédures capables de maintenir un minimum de sécurité entre des adversaires qui ne se font plus confiance.
Une paix conçue pour un monde instable
La paix en Corée ne doit donc pas attendre que les États-Unis, la Chine et la Russie cessent d’être rivaux. Cette attente pourrait durer longtemps — probablement plus longtemps que la patience de l’humanité. Elle doit plutôt utiliser leur intérêt commun à éviter une catastrophe, limiter leur capacité de blocage et confier la vérification à des acteurs plus neutres.
L’enjeu n’est pas de construire un accord protégé de toutes les crises mondiales, ce qui serait impossible. Il est de construire un accord qui ne s’effondre pas automatiquement chaque fois que le monde entre dans une nouvelle crise.
1.4. La mauvaise leçon de l’échec
Confondre la méthode et l’objectif
Après plusieurs décennies de négociations interrompues, il est tentant de conclure que Pyongyang ne négocie jamais sincèrement, que les concessions ne font que lui donner du temps et qu’aucun accord durable n’est possible. Cette conclusion confond toutefois l’échec d’une méthode avec l’impossibilité de l’objectif. Les tentatives précédentes ont produit des résultats limités — fermeture temporaire de certaines installations, inspections, communications militaires, rencontres intercoréennes et mesures de réduction des tensions. Leur faiblesse résidait moins dans l’absence totale de progrès que dans l’incapacité à protéger ces progrès lorsque le contexte politique se détériorait.
Des avancées trop facilement réversibles
Chaque crise a trop souvent placé les parties devant un choix binaire : accepter la violation sans réagir ou abandonner l’ensemble du processus. Une activité nucléaire contestée pouvait bloquer la coopération économique; un exercice militaire pouvait interrompre les échanges humanitaires; une provocation pouvait entraîner la fermeture des canaux de communication. Faute de réponses graduées et de mécanismes permettant d’isoler le différend, les acquis les plus utiles devenaient aussi fragiles que le dossier le plus conflictuel.
Repenser la réussite
La réussite ne devrait donc pas être mesurée uniquement par la signature d’un traité définitif ou par la disparition immédiate de toutes les armes nucléaires. Elle peut d’abord prendre la forme d’une diminution des incidents, d’un moratoire respecté, d’une capacité de vérification accrue ou d’un dialogue qui continue malgré une crise. Ces résultats peuvent sembler modestes en comparaison d’une paix complète, mais ils réduisent concrètement le risque de guerre et créent les conditions nécessaires aux étapes suivantes.
Construire une paix capable de survivre
La véritable leçon des échecs précédents est qu’une paix durable ne peut pas reposer sur un seul sommet, une seule transaction ou une confiance qui n’existe pas encore. Elle doit être construite progressivement, par des engagements proportionnés, vérifiables et suffisamment autonomes pour qu’une difficulté n’entraîne pas l’effondrement général. L’objectif reste ambitieux, mais la méthode doit accepter que la paix ne sera pas obtenue d’un seul coup : elle devra être consolidée une étape à la fois.
L’échec des négociations précédentes ne démontre pas que la paix est impossible. Il démontre qu’une paix dépendant d’un accord global, immédiat et irréversible est extrêmement fragile.
2. Commencer par ce que chaque partie cherche à protéger
Comprendre sans excuser
Une négociation ne commence pas par ce que nous souhaiterions que l’adversaire devienne, mais par ce qu’il cherche réellement à préserver. Prendre au sérieux les intérêts du pouvoir nord-coréen ne signifie ni légitimer sa répression, ni reconnaître son programme nucléaire, ni abandonner la défense des droits humains. Il s’agit de comprendre les motivations qui influencent ses décisions afin de construire des propositions qu’il pourrait avoir intérêt à respecter.
Échanger de la sécurité
Chaque partie doit pouvoir constater qu’un accord protège mieux ses intérêts fondamentaux que la poursuite de la confrontation. Pyongyang doit obtenir des raisons crédibles de limiter certaines capacités militaires; Séoul doit recevoir des garanties vérifiables contre une attaque; les puissances extérieures doivent pouvoir défendre leurs intérêts sans transformer la péninsule en terrain d’affrontement. La négociation consiste donc moins à produire une confiance immédiate qu’à organiser un échange progressif de sécurité, de contraintes et de bénéfices.
Des intentions difficiles à observer
Les intentions exactes du régime nord-coréen demeurent difficiles à vérifier en raison de son opacité. L’analyse qui suit repose donc sur ses déclarations publiques, ses décisions militaires, ses comportements diplomatiques et les avantages qu’il a régulièrement cherchés dans les négociations précédentes. Elle ne prétend pas connaître toutes les motivations internes de Pyongyang, mais identifier les intérêts suffisamment constants pour servir de point de départ à un processus crédible.
2.1. Ce que recherche Pyongyang
La survie du régime
La priorité fondamentale du pouvoir nord-coréen est sa propre survie. Il redoute une intervention militaire, une tentative de changement de régime, une réunification par absorption ou une déstabilisation intérieure favorisée de l’extérieur. Les exemples de gouvernements renversés après avoir abandonné ou perdu leurs capacités stratégiques ont probablement renforcé sa conviction qu’une vulnérabilité militaire pourrait devenir une menace existentielle. Toute proposition donnant l’impression que la négociation vise d’abord à désarmer le régime pour pouvoir ensuite le renverser sera donc rejetée, même si elle comporte des avantages économiques importants.
Une reconnaissance politique
La Corée du Nord est déjà un État membre de l’Organisation des Nations unies et entretient des relations diplomatiques avec plusieurs pays. Ce qu’elle recherche n’est donc pas simplement une reconnaissance juridique, mais l’acceptation de sa permanence comme interlocuteur politique. Elle veut être traitée comme une partie légitime aux négociations sur la sécurité de la péninsule, et non comme une anomalie provisoire destinée à disparaître. Cette reconnaissance ne devrait toutefois pas être confondue avec l’acceptation de ses revendications territoriales, de ses violations des droits humains ou de son statut autoproclamé de puissance nucléaire.
Une réduction de l’isolement
Pyongyang cherche également à réduire sa dépendance envers un nombre restreint de partenaires. Son rapprochement avec la Russie et le soutien économique chinois lui donnent une plus grande marge de manœuvre, mais ne remplacent pas une normalisation plus large de ses relations extérieures. Des canaux diplomatiques supplémentaires, une représentation internationale accrue et des échanges encadrés diminueraient sa vulnérabilité tout en renforçant son prestige. Pour le régime, sortir partiellement de l’isolement constitue à la fois un avantage économique, une victoire politique et une façon de réduire sa dépendance envers Pékin ou Moscou.
Des ressources sous contrôle
La Corée du Nord a besoin d’énergie, de devises, de nourriture, de technologies et d’infrastructures. L’allègement progressif des sanctions représente donc l’un des principaux leviers dont dispose la communauté internationale. Il faut cependant distinguer les besoins de la population des priorités du régime : l’arrivée de nouvelles ressources ne garantit pas qu’elles seront consacrées au bien-être collectif. Toute ouverture économique devrait être ciblée, contrôlée et liée à des engagements vérifiables afin d’éviter qu’elle finance directement l’expansion militaire. L’évaluation américaine de 2026 rapporte d’ailleurs que Pyongyang continue de contourner les sanctions et de chercher des revenus destinés à ses programmes d’armement. Évaluation annuelle de la communauté américaine du renseignement
Une capacité de dissuasion
Le régime considère ses armes nucléaires et ses missiles comme une assurance contre une attaque extérieure, mais également comme des instruments de pression et de reconnaissance. Il est donc peu probable qu’il accepte de les abandonner entièrement au début d’un processus, alors que les garanties offertes pourraient disparaître avec un changement de gouvernement à Washington ou à Séoul. En 2025, l’Agence internationale de l’énergie atomique observait encore la poursuite et l’expansion de plusieurs activités nucléaires nord-coréennes, tandis que ses inspecteurs demeuraient absents du pays depuis 2009. Rapport de l’AIEA sur la Corée du Nord
Une sécurité obtenue autrement
Cela ne signifie pas qu’aucune limitation nucléaire n’est possible. Cela signifie que Pyongyang ne renoncera à une capacité qu’il juge essentielle que si d’autres mécanismes réduisent progressivement le besoin qu’il croit en avoir. Des engagements de non-agression, des communications militaires, une réduction des risques, une reconnaissance politique limitée et des avantages économiques conditionnels peuvent contribuer à modifier ce calcul. L’objectif de la négociation serait donc de rendre la coopération graduellement plus protectrice pour le régime que l’expansion illimitée de son arsenal — tout en imposant des contraintes réelles, mesurables et vérifiables.
2.2. Ce que recherche Séoul
Prévenir une attaque
La première responsabilité de Séoul est de protéger sa population contre une attaque conventionnelle, nucléaire ou balistique. La proximité de la capitale sud-coréenne avec la frontière rend particulièrement dangereux tout mauvais calcul militaire. Un accord de paix ne pourrait donc pas reposer uniquement sur une déclaration de non-agression : il devrait réduire concrètement les capacités de surprise, améliorer les communications et maintenir une dissuasion suffisante tant que les engagements nord-coréens ne sont pas vérifiés. Pour Séoul, dialoguer ne signifie pas renoncer à se défendre, mais diminuer progressivement les situations dans lesquelles cette défense pourrait devoir être utilisée.
Réduire les incidents frontaliers
Même sans volonté délibérée de déclencher une guerre, un affrontement limité peut provoquer une escalade incontrôlable. La zone démilitarisée, la frontière maritime contestée, les exercices militaires, les incursions de drones et les campagnes de propagande constituent autant de points de friction. Séoul recherche donc des mécanismes permettant de prévenir les incidents, de communiquer rapidement lorsqu’ils surviennent et d’établir les faits avant d’ordonner des représailles. Une hotline fonctionnelle, des notifications préalables et des procédures communes d’enquête peuvent parfois protéger la paix plus efficacement qu’une grande déclaration politique dépourvue de mécanismes d’application.
Limiter la menace nucléaire
La Corée du Sud ne peut raisonnablement accepter une expansion illimitée des armes nucléaires et des missiles nord-coréens. Même si une dénucléarisation complète paraît difficile à obtenir rapidement, Séoul a besoin de limitations capables de ralentir, plafonner ou rendre plus prévisible le développement de ces capacités. Un moratoire seulement déclaré ne suffirait pas : les engagements devraient préciser les armes et les activités concernées, les méthodes de vérification, les échéances ainsi que les conséquences d’une violation. La crédibilité d’un accord dépendrait moins de la grandeur de la promesse que de la capacité à observer son respect.
Éviter l’effondrement de la péninsule
Séoul recherche également une stabilité politique minimale. Une guerre serait catastrophique, mais un effondrement soudain de la Corée du Nord pourrait lui aussi entraîner des déplacements massifs de population, une perte de contrôle sur des armes dangereuses, une intervention des puissances voisines et des coûts économiques considérables. La stabilité ne signifie pas maintenir indéfiniment le régime nord-coréen dans sa forme actuelle. Elle signifie que toute transformation doit se produire sans chaos militaire, sans crise humanitaire majeure et sans affrontement entre les États-Unis et la Chine. La politique sud-coréenne de coexistence pacifique publiée en 2026 reconnaît d’ailleurs le système nord-coréen comme interlocuteur et écarte explicitement la réunification par absorption. Ministère sud-coréen de l’Unification
Répondre à l’urgence humanitaire
La division de la péninsule n’est pas seulement un problème stratégique : elle constitue une tragédie humaine qui se poursuit à travers les générations. Des familles séparées par la guerre et la fermeture de la frontière vieillissent sans pouvoir revoir leurs proches ni même savoir ce qu’ils sont devenus. Les réunions familiales, les échanges de lettres, les communications vidéo et la recherche de personnes disparues représentent des progrès limités, mais immédiatement significatifs. En 2026, le gouvernement sud-coréen poursuivait notamment la production de messages vidéo destinés à d’éventuels échanges futurs; plus de 28 000 avaient été enregistrés depuis le lancement du programme. Ministère sud-coréen de l’Unification
Obtenir l’adhésion démocratique
Contrairement à Pyongyang, Séoul doit aussi rendre des comptes à une population pluraliste, à un Parlement, aux médias et aux générations qui ne perçoivent pas toutes la Corée du Nord de la même manière. Un gouvernement ne peut durablement maintenir un accord considéré comme naïf, déséquilibré ou négocié sans transparence. Le processus doit donc produire des bénéfices visibles, protéger la sécurité nationale et être suffisamment institutionnalisé pour survivre aux alternances politiques. La politique officielle de 2026 reconnaît d’ailleurs la nécessité de construire un consensus public autour de la coexistence et de la coopération intercoréennes. Politique sud-coréenne de coexistence pacifique
Une paix qui réduit réellement le risque
Séoul ne recherche pas seulement une cérémonie mettant officiellement fin à la guerre. Il lui faut une paix qui améliore concrètement la sécurité quotidienne, limite les capacités les plus dangereuses du Nord, protège les populations frontalières et permet des avancées humanitaires. Pour être politiquement défendable, l’accord devra démontrer que chaque concession sud-coréenne obtient une réduction mesurable du risque. Autrement, la paix pourrait être perçue comme une promesse symbolique accordée en échange d’obligations bien réelles.
2.3. Ce que veulent les puissances extérieures
Une paix qui dépasse les deux Corées
La péninsule coréenne se trouve au croisement des intérêts militaires des États-Unis, de la Chine, de la Russie et du Japon. Ces puissances peuvent fournir des garanties, appliquer des sanctions, soutenir la vérification ou offrir des ressources économiques. Elles peuvent aussi bloquer une négociation si elles estiment que l’accord renforce un rival à leurs dépens. Une paix durable doit donc répondre d’abord aux besoins des deux Corées, tout en évitant de créer une nouvelle menace pour les pays qui les entourent.
États-Unis — Protéger l’alliance
Washington cherche en priorité à protéger la Corée du Sud, à préserver la crédibilité de ses alliances en Asie et à empêcher que les armes nucléaires nord-coréennes menacent directement le territoire américain ou se propagent vers d’autres États. Les États-Unis veulent donc maintenir une capacité de dissuasion tant que la menace demeure, tout en obtenant des limitations vérifiables des programmes nucléaire et balistique du Nord. En 2025, Washington et Séoul ont réaffirmé simultanément leur engagement envers la défense de la Corée du Sud, la paix dans la péninsule et la dénucléarisation complète du Nord. Maison-Blanche
Les États-Unis pourraient offrir des garanties de non-agression, participer à la modification de certains exercices militaires et soutenir un allègement conditionnel des sanctions. En échange, ils demanderont des engagements nucléaires suffisamment précis pour être vérifiés et politiquement défendables. Un accord leur paraîtra inacceptable s’il affaiblit l’alliance avec Séoul sans réduire réellement la menace nord-coréenne.
Chine — Éviter le chaos
La Chine veut avant tout empêcher qu’une guerre ou un effondrement nord-coréen ne provoque une crise humanitaire à sa frontière. Elle redoute également qu’une réunification désordonnée place les forces américaines plus près de son territoire ou qu’une escalade nucléaire justifie le renforcement permanent des capacités militaires américaines dans la région. Pékin privilégie donc la stabilité, une réduction progressive des tensions et des concessions synchronisées plutôt qu’une pression maximale susceptible de déstabiliser le régime.
La Chine affirme publiquement ne vouloir « ni guerre ni chaos » dans la péninsule et défend une approche graduelle combinant dénucléarisation et construction d’un régime de paix. Ministère chinois des Affaires étrangères Elle peut exercer une influence économique importante sur Pyongyang, soutenir les négociations et fournir certaines garanties. Elle risque toutefois de limiter sa coopération si elle croit que le processus sert principalement à renforcer la présence stratégique américaine autour de son territoire.
Russie — Préserver son influence
Moscou cherche à demeurer une puissance influente en Asie du Nord-Est et à empêcher que les États-Unis et leurs alliés contrôlent seuls l’architecture de sécurité régionale. Son rapprochement avec Pyongyang lui permet d’obtenir un partenaire politique et militaire, tandis que la Corée du Nord accède à de nouvelles ressources, à des technologies et à un soutien diplomatique. La signature puis la ratification d’un traité de partenariat stratégique global ont formalisé ce rapprochement. Présidence de la Russie
La Russie ne peut donc pas être considérée comme un garant naturellement neutre. Elle demeure néanmoins un acteur qu’il serait dangereux d’exclure complètement : elle peut faciliter certaines ententes, mais aussi aider Pyongyang à résister aux sanctions ou bloquer des décisions internationales. Le processus devra associer Moscou aux questions qui touchent directement ses intérêts sans lui permettre de paralyser les progrès que les deux Corées peuvent accomplir entre elles.
Japon — Réduire la menace directe
Le Japon se trouve à portée des missiles nord-coréens et accueille d’importantes forces américaines. Il cherche donc à réduire les capacités nucléaires et balistiques du Nord, à empêcher la prolifération et à maintenir une coordination étroite avec Washington et Séoul. Tokyo considère également la question des citoyens japonais enlevés par la Corée du Nord comme un enjeu politique et humanitaire incontournable. En juin 2026, le Japon, les États-Unis et la Corée du Sud ont de nouveau exprimé leurs préoccupations communes concernant les programmes nucléaire et balistique, la coopération militaire entre Moscou et Pyongyang ainsi que les enlèvements. Ministère japonais des Affaires étrangères
Le Japon pourrait contribuer au financement de projets économiques, à l’aide humanitaire et à la normalisation régionale. Il aura cependant besoin de garanties démontrant qu’un accord ne protège pas uniquement la Corée du Sud et le territoire américain en laissant intactes les capacités pouvant atteindre l’archipel japonais.
Rendre les intérêts compatibles
Ces puissances ne définissent pas la sécurité de la même manière. Washington veut protéger ses alliés et empêcher la prolifération; Pékin cherche à éloigner le chaos et l’encerclement militaire; Moscou veut conserver son influence; Tokyo exige une réduction des menaces qui le visent directement. Un processus crédible ne fera pas disparaître ces rivalités, mais devra empêcher qu’une partie améliore sa sécurité en augmentant celle qu’une autre croit devoir affronter.
Un accord devient possible lorsque chacun obtient davantage de sécurité en le respectant qu’en le sabotant.
Partie II — Construire l’architecture de la paix
3. Les cinq fondations d’un accord durable
De l’intention à l’architecture
Une déclaration de paix peut modifier le climat politique, mais elle ne suffit pas à transformer une relation construite sur plusieurs décennies de méfiance. Pour devenir durable, l’accord doit préciser ce que chaque partie s’engage à faire, comment ces engagements seront vérifiés, quelles contreparties seront accordées et ce qui arrivera lorsqu’une obligation ne sera pas respectée. La paix doit devenir un système de relations prévisibles, et non rester une intention dépendante de la bonne volonté du moment.
Cinq fondations complémentaires
Cette architecture repose sur cinq fondations : accepter la coexistence avant de résoudre la question de la réunification; mettre fin à l’état de guerre sans attendre une dénucléarisation complète; avancer par engagements graduels et réciproques; rendre les obligations vérifiables; et prévoir des réactions proportionnelles aux violations. Chacune répond à une faiblesse observée dans les négociations précédentes.
Une structure capable de résister
Ces fondations ne feront pas disparaître les divergences entre les parties. Leur fonction est plutôt d’empêcher qu’un désaccord, une provocation ou un changement de gouvernement ne suffise à détruire l’ensemble du processus. Un accord durable n’est pas celui qui suppose que les crises ne se reproduiront jamais. C’est celui qui prévoit leur apparition et possède les mécanismes nécessaires pour les contenir.
3.1. La coexistence avant la réunification
Changer l’ordre des priorités
Pendant longtemps, la paix dans la péninsule a été étroitement associée à sa réunification. Cette aspiration conserve une valeur historique et affective importante, mais elle peut aussi compliquer les négociations lorsqu’elle devient une condition préalable. Les deux gouvernements possèdent des systèmes politiques incompatibles et chacun peut craindre que la réunification souhaitée par l’autre signifie sa disparition. Avant de déterminer si les deux Corées formeront un jour un seul État, il faut donc leur permettre de vivre durablement sans chercher à se renverser.
Une nouvelle base politique
La politique de coexistence adoptée par le gouvernement sud-coréen repose officiellement sur trois principes : le respect du système nord-coréen, le refus d’une réunification par absorption et l’absence d’actions hostiles inutiles. Séoul affirme ainsi vouloir reconnaître la Corée du Nord comme interlocutrice dans le développement des relations intercoréennes, tout en maintenant l’objectif d’une éventuelle réunification pacifique. Cette orientation fournit une base plus crédible pour négocier, puisque le dialogue n’exige plus que Pyongyang accepte d’abord sa propre transformation. Ministère sud-coréen de l’Unification
Reconnaître sans approuver
Respecter l’existence du système nord-coréen ne signifie pas approuver sa nature autoritaire, ses violations des droits humains ou ses politiques militaires. Cela signifie reconnaître qu’aucune paix ne peut être négociée en traitant l’autre gouvernement comme une structure provisoire qu’il faudrait éventuellement faire disparaître. Une négociation peut condamner certains comportements tout en garantissant qu’elle ne servira pas de couverture à une stratégie de renversement.
Réduire la peur de l’absorption
Cette garantie répond à l’une des principales craintes de Pyongyang : qu’un désarmement ou une ouverture économique rende le régime vulnérable à une absorption par le Sud. Plus le Nord croit que chaque concession menace directement sa survie, plus il s’accroche à ses armes et à son isolement. En retirant la disparition du régime des objectifs immédiats, Séoul peut réduire le coût politique que Pyongyang associe au dialogue, sans renoncer à exiger des limitations militaires vérifiables.
Organiser la coexistence
La coexistence doit ensuite prendre une forme concrète : reconnaissance réciproque des autorités, engagement de non-agression, maintien de canaux diplomatiques, mécanismes de prévention des incidents et coopération dans certains domaines humanitaires ou économiques. Elle ne nécessite ni une confiance complète, ni la levée immédiate des sanctions, ni l’abandon des alliances militaires existantes. Elle établit plutôt un cadre dans lequel les désaccords peuvent être gérés sans menacer constamment l’existence de l’autre partie.
Reporter sans abandonner
Placer la coexistence avant la réunification ne signifie pas renoncer définitivement à cette dernière. Cela signifie refuser qu’une question aussi complexe empêche les générations actuelles de réduire les risques de guerre. Si une intégration plus profonde devient un jour souhaitable pour les populations des deux Corées, elle pourra être discutée dans un contexte moins militarisé et plus volontaire. La coexistence n’est donc pas nécessairement la destination finale : elle est le passage indispensable permettant d’envisager l’avenir sans chercher à le déterminer par la force.
Ministère sud-coréen de l’Unification
3.2. La fin de la guerre sans attendre le « zéro nucléaire »
Trois objectifs différents
Mettre fin à la guerre, réduire le risque nucléaire et parvenir à une dénucléarisation complète sont trois objectifs liés, mais distincts. Ils ne nécessitent ni les mêmes participants, ni les mêmes mécanismes, ni le même calendrier. Les enfermer dans une seule transaction revient à donner au dossier le plus difficile — l’abandon de l’arsenal nucléaire — le pouvoir de bloquer toutes les autres avancées.
Mettre fin à l’état de guerre
L’armistice signé en 1953 a suspendu les combats sans établir une paix définitive. Il fut conclu entre le Commandement des Nations unies, l’Armée populaire coréenne et les Volontaires du peuple chinois; la Corée du Sud ne l’a pas signé. La transformation de cet armistice en régime de paix exigera donc de déterminer précisément quelles parties doivent signer, garantir et appliquer le nouvel accord. Elle devra surtout placer les deux Corées au centre d’un règlement qui concerne directement leur sécurité et leur avenir. Commandement des Nations unies
Une portée clairement définie
La fin officielle de la guerre pourrait inclure la reconnaissance de la ligne de démarcation, des engagements de non-agression, des mécanismes de règlement des incidents et la transformation progressive des institutions créées par l’armistice. Elle ne signifierait pas automatiquement la levée de toutes les sanctions, le retrait des forces américaines ou la reconnaissance de la Corée du Nord comme puissance nucléaire légitime. Ces questions devraient faire l’objet de négociations et de protocoles distincts.
Réduire le risque nucléaire
La réduction du risque nucléaire constitue un objectif plus immédiat que la disparition complète de l’arsenal. Elle peut inclure un moratoire sur les essais, des limites concernant certains missiles, l’interdiction de transférer des technologies, la notification de certaines activités et le rétablissement d’un accès négocié pour les inspecteurs. Ces mesures ne résoudraient pas entièrement le problème, mais elles pourraient ralentir l’expansion des capacités nord-coréennes et réduire le risque d’une erreur de calcul.
Vérifier les limitations
Les engagements nucléaires ne peuvent pas reposer uniquement sur des déclarations. En 2025, l’Agence internationale de l’énergie atomique observait toujours des activités dans plusieurs installations nord-coréennes, alors que ses inspecteurs n’avaient plus accès au pays depuis 2009. Rapport de l’AIEA Une première entente devrait donc chercher à restaurer progressivement une capacité de vérification : surveillance de sites déterminés, accès limité, échange de données et procédures permettant de résoudre les désaccords sur ce qui a réellement été observé.
Maintenir l’objectif à long terme
La dénucléarisation peut demeurer l’objectif final sans être la condition préalable à toute paix. Elle devrait être conçue comme un processus comportant plusieurs étapes : arrêt de l’expansion, plafonnement, réduction, démantèlement vérifié et traitement des matières nucléaires. Chacune devrait être accompagnée de garanties de sécurité et de contreparties proportionnées. Exiger immédiatement la dernière étape avant d’accomplir la première condamnerait presque certainement le processus.
Ne pas légitimer l’arsenal
Accepter de négocier avec une Corée du Nord possédant de facto des armes nucléaires ne signifie pas reconnaître juridiquement son statut nucléaire ni abandonner les résolutions internationales. Il s’agit de partir de la réalité afin de la transformer. Refuser de reconnaître l’existence du problème ne le fait pas disparaître; reconnaître son existence ne signifie pas l’accepter comme permanente.
Relier sans conditionner entièrement
Le traité de paix et le dossier nucléaire devraient donc avancer en parallèle. Des protocoles pourraient établir les limitations attendues, les méthodes de vérification, les contreparties et les conséquences d’une violation. Certaines étapes de la paix seraient liées à des progrès nucléaires précis, mais l’ensemble de l’accord ne s’effondrerait pas automatiquement au premier différend. La relation entre les dossiers deviendrait graduelle plutôt qu’absolue.
La paix avant la perfection
Faire de la paix une récompense accordée uniquement après une dénucléarisation complète maintient un paradoxe : il faudrait que Pyongyang abandonne d’abord ce qu’il considère comme sa principale protection, alors que l’état de guerre censé justifier cette protection demeure officiellement en place. Mettre fin à la guerre ne garantit pas le désarmement, mais peut contribuer à réduire les raisons invoquées pour poursuivre indéfiniment l’expansion nucléaire. La paix ne doit donc pas attendre la perfection; elle doit créer les conditions permettant de s’en approcher.
3.3. Des engagements graduels et réciproques
Fractionner la difficulté
Plutôt que d’attendre un accord final réglant simultanément toutes les questions, les parties devraient diviser le processus en engagements suffisamment limités pour être exécutés, observés et corrigés. Chaque étape nord-coréenne recevrait une contrepartie proportionnée de Séoul, de Washington ou des autres acteurs concernés. La progression ne dépendrait plus d’une transformation immédiate de la relation, mais d’une accumulation de résultats concrets.
Le principe d’« action contre action »
Cette méthode a déjà produit certains résultats. En 2007, les pourparlers à six ont permis la fermeture de plusieurs installations à Yongbyon et le retour de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour surveiller leur mise à l’arrêt. Rapport de l’AIEA de 2007 Le processus n’a pas survécu aux désaccords ultérieurs, mais il a démontré que Pyongyang pouvait accepter des contraintes temporaires et vérifiables lorsqu’elles s’inscrivaient dans une séquence de contreparties.
Une réciprocité proportionnée
La réciprocité ne signifie pas que les deux parties doivent poser des gestes identiques. Une inspection nucléaire ne peut pas être échangée contre une autre inspection si l’activité concernée n’existe que d’un côté. Les mesures doivent plutôt avoir une valeur politique ou stratégique comparable : une limitation militaire peut recevoir une contrepartie économique, diplomatique ou sécuritaire. L’essentiel est qu’aucune partie ne doive accomplir immédiatement toutes ses obligations en échange d’une promesse lointaine.
Une matrice de possibilités
Les correspondances suivantes illustrent ce que pourrait contenir une première séquence. Elles ne constituent ni une entente existante ni des modalités déjà acceptées par les gouvernements concernés.
| Engagement nord-coréen proposé | Contrepartie possible | Condition de vérification |
| Moratoire défini sur certains essais nucléaires ou balistiques | Pause dans l’adoption de nouvelles sanctions nationales ciblées et reprise du dialogue politique | Durée, catégories d’essais et conséquences d’une violation précisées à l’avance |
| Réouverture et utilisation régulière des hotlines | Notification accrue et réduction de la visibilité de certains exercices, sans supprimer la préparation défensive | Tests périodiques des lignes et protocole obligatoire en cas d’incident |
| Gel d’activités dans une installation déclarée | Soutien énergétique civil ou assistance technique surveillée | Scellés, capteurs, images satellitaires et accès négocié aux inspecteurs |
| Plafonnement de certaines matières ou capacités militaires | Allègement réversible de sanctions nationales ciblées; adaptation des sanctions onusiennes seulement si elle est légalement autorisée | Déclaration initiale, méthode de comptage et vérifications régulières |
| Inspections limitées sur des sites convenus | Projet économique pilote précisément encadré | Comptes séparés, contrôle des équipements, audits et suspension en cas de détournement |
Une séquence négociée
L’ordre des gestes doit être déterminé avant leur mise en œuvre. Certaines actions peuvent être simultanées : une hotline est rétablie le même jour qu’un mécanisme de notification entre en fonction. D’autres nécessitent une succession : les inspecteurs confirment d’abord le gel d’une installation, puis une contrepartie économique est autorisée. Cette précision évite que chaque partie attende indéfiniment que l’autre commence.
Des contreparties divisibles
Les avantages accordés doivent être aussi graduels que les contraintes demandées. Une première inspection ne devrait pas entraîner la levée de toutes les sanctions, tout comme une première aide économique ne devrait pas exiger le démantèlement immédiat de tout l’arsenal. Chaque contrepartie serait limitée à une étape particulière, ce qui permettrait de la maintenir, de l’élargir ou de la suspendre sans bouleverser l’ensemble du processus.
Le cadre juridique des sanctions
Toutes les sanctions ne peuvent pas être modifiées par les mêmes acteurs. Les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon ou d’autres gouvernements peuvent ajuster certaines mesures nationales relevant de leur juridiction. Les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité demeurent obligatoires tant qu’elles ne sont pas modifiées par une décision compétente. Le Comité 1718 peut toutefois examiner des demandes d’exemption, notamment pour certaines activités humanitaires ou certains projets précisément définis. Comité des sanctions du Conseil de sécurité
Un plancher humanitaire
L’aide essentielle destinée à prévenir la faim, soigner les malades ou protéger les civils ne devrait pas devenir une récompense conditionnelle à une concession nucléaire. Une telle stratégie ferait porter le coût de la négociation sur une population qui ne contrôle pas les décisions militaires du régime. En revanche, l’amélioration des conditions d’accès, la livraison d’équipements, le développement énergétique civil ou l’élargissement de certains programmes peuvent accompagner le processus, à condition d’être surveillés et protégés contre le détournement.
Ni confiance aveugle ni punition automatique
Chaque étape doit être conçue pour limiter les dommages si l’autre partie ne respecte pas sa parole. Pyongyang ne reçoit pas toutes les contreparties dès le départ; ses interlocuteurs ne doivent pas non plus pouvoir conserver indéfiniment les bénéfices d’un engagement nord-coréen tout en repoussant leurs propres obligations. La vérification protège donc les deux côtés : elle permet de constater une violation, mais aussi de confirmer qu’un engagement a réellement été respecté et que la contrepartie promise doit être accordée.
Créer une dynamique cumulative
L’objectif d’une approche graduelle n’est pas de multiplier de petits arrangements sans direction commune. Chaque étape doit préparer la suivante : une hotline rend possibles les notifications militaires; les notifications réduisent les tensions; la réduction des tensions facilite les inspections; les inspections permettent un allègement ciblé; cet allègement augmente le coût d’un retour à la confrontation. La paix devient alors un processus cumulatif dans lequel les bénéfices de la coopération finissent par dépasser ceux de la provocation.
3.4. Des mesures vérifiables
Un accord durable doit préciser comment chaque engagement sera observé, confirmé et évalué. Les notifications, les inspections, la surveillance, les enquêtes et les rapports indépendants doivent former un système cohérent permettant d’établir les faits sans exposer inutilement les secrets militaires des parties.
Remplacer la confiance par l’observation
Un accord entre les deux Corées ne peut pas dépendre de la confiance, puisqu’elle est précisément ce qui manque. Chaque engagement doit être associé à des informations observables permettant d’en confirmer le respect. La vérification ne sert pas uniquement à découvrir les violations : elle protège aussi une partie injustement accusée et empêche qu’une rumeur, une erreur technique ou une interprétation politique ne déclenche une escalade.
Prévenir avant d’observer
La vérification commence avant même qu’une activité militaire ait lieu. Chaque partie pourrait être tenue de notifier à l’avance les exercices dépassant certains seuils : nombre de militaires mobilisés, catégories d’armes, durée, zone géographique et caractère général du scénario. Toute modification importante devrait également être communiquée. Cette transparence réduirait le risque qu’un exercice défensif soit interprété comme la préparation d’une attaque.
Des notifications graduées
Toutes les activités n’exigent pas le même niveau de divulgation. Les exercices ordinaires pourraient faire l’objet d’un avis général, tandis que les opérations mobilisant des missiles, des bombardiers, de grandes unités ou des forces proches de la frontière nécessiteraient un préavis plus détaillé. Les mécanismes de notification et d’observation prévus par le Document de Vienne de l’OSCE offrent un modèle utile, même s’ils devraient être adaptés aux réalités coréennes et acceptés par les parties. Document de Vienne de l’OSCE
Des inspections limitées
Pyongyang refuserait probablement un accès immédiat et illimité à l’ensemble de son territoire militaire. Les premières inspections devraient donc porter sur des sites et des engagements précisément définis : confirmation de la fermeture d’une installation, vérification d’un stock déclaré ou observation de l’absence de certaines activités. Des modalités d’« accès contrôlé » pourraient protéger les renseignements militaires sans rapport avec l’accord, à condition de ne pas rendre l’inspection incapable de répondre à la question pour laquelle elle a été autorisée.
Des outils techniques
La vérification nucléaire peut combiner la présence d’inspecteurs, la comptabilité des matières, les prélèvements environnementaux, les scellés, les caméras et les détecteurs. Certains dispositifs peuvent transmettre des données à distance et préserver une continuité d’observation entre deux visites. L’Agence internationale de l’énergie atomique utilise déjà ces outils dans ses activités de garanties, ce qui permettrait de s’appuyer sur une expertise existante plutôt que d’inventer un système entièrement nouveau. AIEA — Activités de vérification
Surveiller les zones sensibles
Certaines régions pourraient faire l’objet d’une surveillance permanente ou renforcée : postes de garde de la zone démilitarisée, secteurs maritimes contestés, positions d’artillerie déterminées, corridors de communication et installations couvertes par un moratoire. Cette surveillance pourrait combiner observations sur place, images satellitaires, capteurs, données radar et patrouilles convenues. Les moyens utilisés, leur précision et les personnes autorisées à consulter les données devraient être établis à l’avance.
Partir de l’existant
La Commission de supervision des nations neutres constitue déjà un point d’appui institutionnel. Des officiers suisses et suédois observent notamment des exercices, inspectent certains postes et participent à des enquêtes sur de possibles violations de l’armistice dans le cadre de leur mandat actuel. Forces armées suisses Son rôle ne pourrait être élargi unilatéralement au territoire nord-coréen, mais les parties pourraient convenir d’adapter son mandat ou de créer un organisme successeur bénéficiant d’un accès réciproque.
Enquêter ensemble
Lorsqu’un incident survient, les parties ont tendance à produire rapidement des récits contradictoires. Un mécanisme commun d’enquête devrait donc pouvoir être activé automatiquement après certains événements : échange de tirs, intrusion, explosion, lancement non annoncé ou interruption inexpliquée d’un système de surveillance. Une équipe mixte, accompagnée d’experts neutres, recueillerait les données radar, les images, les débris, les communications et les témoignages disponibles.
Protéger l’enquête de la crise
La procédure devrait fixer un délai pour préserver les preuves, produire un rapport préliminaire et remettre des conclusions finales. Pendant cette période, les parties s’engageraient à éviter les représailles irréversibles, sauf en cas de menace militaire immédiate. Si elles ne parviennent pas à une conclusion commune, le rapport devrait présenter les faits établis, les points contestés et l’évaluation indépendante des observateurs plutôt que prétendre à un consensus inexistant.
Publier des rapports indépendants
Un organisme de vérification devrait transmettre régulièrement ses observations aux deux Corées, aux facilitateurs et, selon le dossier, aux puissances garantes ou à l’ONU. Ses rapports devraient distinguer clairement trois situations : engagement respecté, violation confirmée ou information insuffisante. Cette dernière catégorie est essentielle, car l’absence de preuve ne doit pas être automatiquement transformée en preuve de culpabilité.
Protéger l’indépendance
Les observateurs devraient disposer d’un mandat stable, d’un financement provenant de plusieurs sources et de règles empêchant leur révocation simplement parce qu’un rapport déplaît à une partie. Les données techniques devraient être conservées par une institution neutre et accessibles selon des procédures convenues. Sans cette indépendance, la vérification risque de devenir une nouvelle arène de propagande plutôt qu’un outil commun de sécurité.
Des échéanciers publics et confidentiels
Une partie du calendrier devrait être publique : principales étapes, dates de réunion, obligations générales et résultats vérifiés. Cette transparence permettrait aux populations, aux Parlements et à la communauté internationale de suivre les progrès. D’autres informations — coordonnées précises, horaires d’inspection, données techniques ou vulnérabilités militaires — pourraient demeurer dans des annexes confidentielles accessibles uniquement aux parties et aux vérificateurs autorisés.
Le secret n’est pas l’absence de contrôle
La confidentialité de certaines informations ne doit pas empêcher toute reddition de comptes. Les observateurs pourraient publier une conclusion générale confirmant qu’une étape a été respectée sans divulguer les renseignements sensibles utilisés pour parvenir à cette conclusion. Ainsi, la sécurité militaire serait protégée sans demander au public et aux autres gouvernements de croire aveuglément une affirmation invérifiable.
Vérifier progressivement
Le système pourrait commencer par les mesures les moins intrusives — notifications, images satellitaires et observation de zones déterminées — avant d’évoluer vers des inspections sur place et des déclarations plus complètes. Chaque période de respect démontré ouvrirait l’accès à l’étape suivante et à de nouvelles contreparties. Une violation entraînerait un examen ou une suspension ciblée, mais pas nécessairement la disparition de tous les mécanismes de surveillance.
Rendre la paix observable
Une promesse politique peut toujours être niée, réinterprétée ou abandonnée. Une mesure vérifiable laisse des traces, produit des données et permet de distinguer un désaccord d’une violation. Plus la paix devient observable, moins elle dépend de la confiance personnelle entre les dirigeants et plus elle peut résister aux accusations, aux provocations et aux changements de gouvernement.
3.5. Une réversibilité graduée
Un accord durable doit pouvoir répondre aux violations sans les banaliser et sans provoquer automatiquement l’effondrement du processus. Le mécanisme proposé ici repose sur une succession de réponses proportionnelles, annoncées dès la signature et adaptées à la gravité des faits.
Réagir sans tout détruire
Deux réactions extrêmes doivent être évitées. La première consiste à tolérer les violations par crainte de compromettre le dialogue, ce qui encourage les comportements opportunistes. La seconde consiste à rompre toutes les relations dès qu’une difficulté apparaît, ce qui détruit les mécanismes précisément conçus pour gérer les crises. Une réponse graduée permet de défendre la crédibilité de l’accord sans sacrifier immédiatement tous ses acquis.
Qualifier la violation
Avant de choisir une réponse, il faut déterminer la nature du problème. Une donnée transmise en retard, un accès temporairement refusé et un nouvel essai nucléaire ne possèdent évidemment pas la même gravité. Le mécanisme devrait distinguer l’erreur technique, le désaccord d’interprétation, la violation limitée, la répétition délibérée et la menace militaire immédiate. Cette classification empêcherait qu’un incident mineur soit traité comme une rupture stratégique — ou qu’une violation grave soit camouflée derrière une ambiguïté administrative.
Une réponse en six étapes
Une fois la nature et la gravité de la violation évaluées, la réponse suivrait une séquence prédéfinie. Chaque étape ne serait franchie que si la précédente ne permet pas de résoudre le problème ou si la gravité de la situation exige une intervention plus ferme.
Étape 1 — Demander une explication
Lorsqu’une anomalie est détectée, la partie concernée devrait recevoir une demande officielle d’explication accompagnée des informations disponibles. Un délai précis lui permettrait de répondre, de transmettre des données supplémentaires ou de corriger une erreur. Cette première étape reconnaît qu’une apparence de violation peut résulter d’un problème technique, d’une information incomplète ou d’une activité qui n’était pas clairement couverte par l’accord.
Étape 2 — Déclencher une consultation urgente
Si l’explication est insuffisante ou si la situation présente un risque immédiat d’escalade, une consultation urgente réunirait les deux Corées, les vérificateurs et, selon le dossier, les facilitateurs. Cette réunion devrait avoir lieu dans un délai prédéfini, même si les relations politiques sont tendues. Son objectif serait d’établir les faits, de contenir les réactions militaires et de déterminer les mesures temporaires nécessaires pendant l’enquête.
Étape 3 — Suspendre la contrepartie concernée
Si une violation limitée est confirmée, la première conséquence devrait toucher la contrepartie directement liée à l’engagement non respecté. Par exemple, le non-respect du gel d’une installation pourrait suspendre le projet énergétique associé, sans interrompre les réunions familiales ou fermer les hotlines militaires. Cette réponse ciblée maintient un lien compréhensible entre l’obligation, le bénéfice obtenu et la conséquence de la violation.
Étape 4 — Recourir à la médiation
Lorsqu’un différend persiste, les facilitateurs neutres devraient pouvoir proposer une interprétation de l’accord, une mesure corrective ou une nouvelle séquence d’application. Leur décision ne serait pas nécessairement contraignante, mais elle offrirait aux parties une issue permettant de revenir à leurs engagements sans devoir reconnaître publiquement une capitulation. Dans une relation aussi sensible au prestige et à la perception de faiblesse, cette porte de sortie peut être indispensable.
Étape 5 — Rétablir certaines sanctions
Si Pyongyang ne corrige pas une violation confirmée, les sanctions nationales qui avaient été allégées en contrepartie de l’engagement concerné pourraient être rétablies progressivement. Les mesures relevant du Conseil de sécurité devraient toutefois respecter les procédures des Nations unies : aucun gouvernement ne peut modifier seul une sanction onusienne. Comité 1718 du Conseil de sécurité
Le rétablissement devrait être partiel et précisément relié à la violation. Un retour automatique à toutes les sanctions antérieures réduirait l’intérêt de Pyongyang à préserver les engagements qu’il respecte encore et recréerait le piège du « tout ou rien ».
Étape 6 — Adopter des mesures supplémentaires
Les mesures les plus importantes seraient réservées aux violations graves, répétées ou manifestement destinées à vider l’accord de son contenu. Elles pourraient inclure la suspension de plusieurs projets, un renforcement des inspections, de nouvelles sanctions ciblées ou une adaptation proportionnée de la posture défensive. Une réaction militaire ne devrait jamais devenir une étape automatique de la procédure. Le droit de répondre à une menace immédiate demeure, mais il doit rester distinct de la gestion ordinaire des différends.
Préserver le processus pendant la crise
Même lorsque la réponse atteint ses niveaux les plus élevés, certaines protections doivent continuer de fonctionner. Sanctionner une violation ne doit pas supprimer les outils indispensables pour empêcher la crise de dégénérer et permettre un éventuel retour à la coopération.
Protéger les mécanismes vitaux
Certains éléments ne devraient presque jamais être suspendus, même pendant une crise : hotlines militaires, communications diplomatiques, surveillance des zones sensibles et aide humanitaire essentielle. Les interrompre au moment où les tensions augmentent reviendrait à retirer les freins d’un véhicule parce qu’il roule trop vite. Ces mécanismes doivent être considérés comme des infrastructures de sécurité communes, et non comme des récompenses politiques.
Détecter les violations répétées
Une approche graduée ne doit pas permettre d’accumuler impunément de petites violations. L’accord devrait prévoir qu’une répétition délibérée augmente automatiquement le niveau de réponse, même si chaque incident pris isolément semble limité. Un registre commun des incidents permettrait de distinguer une erreur exceptionnelle d’une stratégie visant à tester continuellement les limites du processus.
Prévoir le retour à la conformité
Chaque mesure punitive devrait être accompagnée d’une procédure permettant de la lever. L’accord préciserait ce que la partie fautive doit faire : fournir les informations manquantes, restaurer l’accès, cesser l’activité contestée ou accepter une vérification supplémentaire. Une fois le retour à la conformité confirmé, la contrepartie suspendue pourrait être rétablie. Sans cette possibilité, la sanction ne servirait plus à corriger un comportement, mais seulement à punir.
Rendre les conséquences prévisibles
La gradation doit être connue avant la première crise. Si les conséquences sont improvisées, chaque incident devient une confrontation politique dans laquelle les gouvernements subissent une pression pour paraître plus fermes que l’adversaire. Des règles prédéfinies réduisent cette compétition et permettent de présenter la réponse comme l’application normale de l’accord plutôt que comme une nouvelle escalade.
Préserver l’intérêt de respecter l’accord
La réversibilité graduée repose finalement sur un principe simple : chaque partie doit perdre quelque chose lorsqu’elle viole un engagement, mais conserver une raison de respecter les autres. La conséquence doit être suffisamment forte pour décourager la violation, suffisamment ciblée pour préserver le processus et suffisamment réversible pour permettre un retour à la coopération. Ainsi, une crise devient une épreuve encadrée plutôt qu’une condamnation automatique de la paix.
4. Trois dossiers distincts, mais coordonnés
Séparer pour avancer
La paix conventionnelle, le nucléaire et la coopération économique ne peuvent pas être négociés de la même manière. Ils ne mobilisent pas les mêmes experts, ne nécessitent pas les mêmes vérifications et ne progressent pas nécessairement au même rythme. Les regrouper dans une seule transaction permettrait au dossier le plus difficile de bloquer tous les autres. Ils devraient donc être confiés à des groupes de travail distincts possédant leurs propres objectifs, calendriers et mécanismes d’application.
Coordonner sans conditionner entièrement
La séparation ne signifie pas que les trois dossiers évolueraient indépendamment. Une instance centrale devrait coordonner leurs échéanciers, mesurer les progrès et vérifier que les concessions demeurent équilibrées. Certaines avancées seraient liées entre elles, mais un blocage nucléaire ne devrait pas automatiquement fermer les hotlines, interrompre les réunions familiales ou annuler une mesure de sécurité déjà respectée.
4.1. Paix et sécurité conventionnelle
Transformer la paix en pratiques militaires
La sécurité conventionnelle doit être organisée comme une chaîne de prévention complète : définir les comportements interdits, sécuriser les zones de contact, maintenir les communications, annoncer les activités militaires et enquêter lorsque survient un incident.
Les mécanismes suivants permettraient de traduire une déclaration de paix en pratiques quotidiennes suffisamment prévisibles pour réduire concrètement le risque de guerre.
Réduire le risque immédiat
Avant même de résoudre la question nucléaire, les deux Corées peuvent agir sur les situations susceptibles de provoquer un affrontement conventionnel. Les échanges de tirs, les incursions, les exercices mal interprétés et les incidents maritimes peuvent déclencher une escalade sans qu’aucun gouvernement ait initialement souhaité une guerre. Ce premier dossier viserait donc à rendre les comportements militaires plus prévisibles et à empêcher qu’un incident limité échappe au contrôle politique.
Une déclaration de non-agression
Les deux Corées devraient réaffirmer formellement qu’elles ne recourront pas à la force pour modifier leurs frontières, renverser le gouvernement adverse ou imposer une réunification. Cet engagement devrait couvrir les opérations terrestres, maritimes et aériennes, ainsi que l’utilisation de groupes intermédiaires pour mener des actions qu’un gouvernement ne voudrait pas revendiquer directement.
Une déclaration de non-agression ne supprimerait pas le droit de légitime défense et n’exigerait pas le désarmement immédiat. Elle définirait plutôt les comportements interdits, les exceptions reconnues et les procédures à suivre lorsqu’une partie croit être menacée. Sans ces précisions, chaque gouvernement pourrait continuer d’interpréter ses propres actions comme défensives et celles de l’autre comme hostiles.
Gérer la zone démilitarisée
La gestion de la zone démilitarisée devrait faire l’objet d’un protocole précis : emplacement des postes, catégories d’armes autorisées, règles de patrouille, entretien des installations, franchissement de la ligne de démarcation et procédures applicables aux civils. Les parties pourraient commencer par retirer certains équipements de secteurs particulièrement sensibles et créer des zones pilotes bénéficiant d’une surveillance renforcée.
L’objectif ne serait pas de transformer immédiatement toute la frontière, mais de réduire progressivement les occasions de contact dangereux. Chaque modification devrait être cartographiée, photographiée et vérifiée afin d’empêcher qu’un retrait apparent dissimule simplement un redéploiement à proximité.
Prévenir les incidents maritimes
La frontière maritime constitue un risque particulier parce que la Corée du Nord ne reconnaît pas entièrement la ligne de limite du Nord établie après la guerre. Un accord pourrait créer des zones de prévention des affrontements sans exiger que ce désaccord territorial soit réglé immédiatement. Les arrangements provisoires ne préjugeraient donc pas de la position juridique de chaque partie.
Ces mesures pourraient inclure des corridors de navigation, des limites temporaires aux manœuvres militaires, des fréquences radio communes, des règles d’approche entre navires et des zones de pêche surveillées. Des procédures conjointes de recherche et de sauvetage permettraient également de traiter certaines urgences maritimes comme des problèmes humains plutôt que comme des confrontations militaires.
La déclaration de Panmunjom de 2018 prévoyait déjà la création d’une zone de paix maritime destinée à prévenir les affrontements accidentels et à permettre des activités de pêche sécuritaires. Elle constitue un point de départ utile, même si ses dispositions devraient être actualisées et accompagnées de mécanismes plus robustes. Ministère sud-coréen de l’Unification
Maintenir des communications permanentes
Les deux Corées devraient disposer de plusieurs canaux protégés : une hotline entre commandements militaires, un canal diplomatique, une liaison civile pour les questions humanitaires et un mécanisme de communication entre les dirigeants en cas de crise majeure. Ces systèmes devraient être redondants afin qu’une panne technique ou la fermeture d’un canal ne rende pas toute communication impossible.
Une hotline qui n’est jamais testée risque de ne pas fonctionner au moment critique. Des vérifications régulières, des permanences continues et des délais de réponse obligatoires devraient donc être inscrits dans l’accord. Même lorsqu’une partie refuse le dialogue politique, les canaux militaires essentiels devraient demeurer ouverts.
Notifier les exercices
Chaque partie devrait annoncer à l’avance les exercices dépassant certains seuils de taille, de durée ou de proximité avec la frontière. Les notifications préciseraient la zone concernée, les catégories générales de forces mobilisées et les dates prévues. Les changements importants ou les prolongations devraient également être communiqués.
Cette obligation devrait s’appliquer autant aux activités nord-coréennes qu’aux exercices menés par la Corée du Sud et les États-Unis. Elle n’imposerait pas nécessairement leur annulation et ne devrait pas révéler des plans opérationnels sensibles. Pour les exercices les plus importants, des observateurs neutres pourraient confirmer qu’ils respectent les paramètres annoncés et ne masquent pas la préparation d’une attaque.
Résoudre conjointement les incidents
Une commission militaire permanente devrait être chargée d’examiner les incidents survenant sur terre, en mer ou dans les airs. Elle réunirait des représentants des deux Corées et pourrait faire appel à des experts neutres lorsque les faits sont contestés. Son mandat inclurait la préservation des preuves, l’échange de données, la production d’un rapport préliminaire et la recommandation de mesures correctives.
L’ouverture d’une enquête devrait automatiquement déclencher une période de retenue pendant laquelle les parties éviteraient les représailles irréversibles, sauf en cas de menace immédiate. Si aucun consensus n’est atteint, le rapport présenterait séparément les faits confirmés, les divergences et l’évaluation des observateurs indépendants.
Adapter les institutions existantes
L’armistice de 1953 a déjà créé une Commission militaire d’armistice et des mécanismes destinés à superviser la trêve et à examiner les violations. Commandement des Nations unies Ces structures ne devraient pas être abolies avant que des institutions de remplacement soient pleinement fonctionnelles. Une transition mal préparée pourrait créer un vide précisément au moment où les anciennes règles cessent de s’appliquer.
La Commission de supervision des nations neutres pourrait également fournir une expertise en matière d’observation d’exercices, d’inspection de postes et d’enquête. Son mandat devrait toutefois être renégocié pour lui donner une légitimité adaptée au nouvel accord et, si Pyongyang l’accepte, un accès plus réciproque aux deux côtés de la ligne de démarcation.
Mesurer la sécurité obtenue
Les progrès devraient être évalués par des indicateurs concrets : diminution des incidents, respect des notifications, fonctionnement des hotlines, rapidité des enquêtes et nombre de différends réglés sans interruption du dialogue. Ces résultats ne remplaceraient pas le règlement du dossier nucléaire, mais ils réduiraient immédiatement le risque qu’une confrontation conventionnelle entraîne une escalade beaucoup plus dangereuse.
Synthèse stratégique — Stabiliser avant de désarmer
La sécurité conventionnelle constitue le domaine dans lequel les deux Corées pourraient obtenir les résultats les plus rapides et les plus directement observables. Une déclaration de non-agression fournirait le cadre politique; la gestion de la zone démilitarisée et des espaces maritimes réduirait les points de friction; les hotlines et les notifications préviendraient les erreurs d’interprétation; les enquêtes conjointes empêcheraient un incident de devenir automatiquement une crise.
Le succès de ce dossier ne dépendrait pas de la disparition immédiate des forces militaires, mais de leur capacité à agir selon des règles prévisibles et vérifiables. Ces mécanismes devraient continuer de fonctionner même lorsque les négociations nucléaires ralentissent. Leur objectif stratégique serait simple : faire en sorte qu’aucune provocation, erreur ou initiative locale ne puisse entraîner les deux Corées dans une guerre qu’aucune d’elles n’avait décidé de commencer.
4.2. Nucléaire et missiles
Le dossier nucléaire ne peut probablement pas être résolu en une seule négociation. Il devrait suivre une progression mesurable : interrompre les activités les plus déstabilisantes, empêcher l’expansion de l’arsenal, limiter les vecteurs les plus dangereux, accroître la transparence et préparer des réductions vérifiables. Ces mesures intermédiaires ne remplaceraient pas la dénucléarisation, mais réduiraient les risques pendant qu’elle demeure hors de portée.
Arrêter d’abord l’expansion
La première étape devrait empêcher la Corée du Nord d’améliorer rapidement ses capacités pendant les négociations. Elle pourrait porter sur les essais nucléaires, les lancements balistiques, la production de matières fissiles, la construction de nouvelles installations et le transfert de technologies. Sans ce gel initial, le dialogue risquerait de donner du temps à Pyongyang sans ralentir son programme militaire.
Un moratoire précisément défini
Un moratoire ne devrait pas simplement interdire « les essais » sans définir ce terme. L’accord devrait préciser les activités concernées : explosions nucléaires, lancements de missiles de certaines portées, essais de moteurs, lancements depuis des sous-marins ou expériences permettant de perfectionner les systèmes de rentrée atmosphérique. Il devrait aussi établir sa durée, les moyens de surveillance et les conséquences d’une violation.
Les explosions nucléaires peuvent être détectées par des réseaux internationaux combinant notamment des données sismiques, hydroacoustiques, infrasonores et radionucléides. Le Système de surveillance international de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires constitue donc un outil déjà disponible. L’OTICE avait détecté les six essais nucléaires nord-coréens réalisés entre 2006 et 2017. Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires
Vers une interdiction plus durable
Un moratoire volontaire peut être levé unilatéralement. Il devrait donc constituer une première étape vers un engagement plus durable : maintien vérifié de la fermeture du site d’essais, invitation d’observateurs, adhésion éventuelle au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et acceptation des mécanismes de vérification correspondants. Chaque transformation du moratoire en obligation plus contraignante donnerait accès à une contrepartie supplémentaire.
Plafonner les capacités
Après le gel des activités les plus visibles, les parties devraient négocier des plafonds concernant certaines capacités. Ceux-ci pourraient limiter la production de plutonium ou d’uranium hautement enrichi, le nombre d’installations actives, la construction de nouveaux lanceurs ou le déploiement de certaines catégories de missiles. Un plafond provisoire ne reconnaîtrait pas la légitimité de l’arsenal existant : il empêcherait d’abord son expansion avant d’organiser sa réduction.
Tout plafonnement exige cependant une référence initiale crédible. Si Pyongyang peut dissimuler des stocks ou des installations avant l’entrée en vigueur de l’accord, le plafond perd sa valeur. La première déclaration pourrait donc porter sur des catégories générales et des sites déterminés, avant d’évoluer vers des quantités plus précises à mesure que les moyens de vérification se renforcent.
Réduire progressivement les plafonds
Les limites ne devraient pas devenir permanentes. L’accord pourrait prévoir des révisions périodiques permettant de réduire les quantités autorisées lorsque les engagements précédents ont été respectés et que les garanties de sécurité ont progressé. Cette méthode transformerait le plafonnement en escalier descendant plutôt qu’en reconnaissance définitive d’un arsenal nucléaire nord-coréen.
Limiter les vecteurs
Une arme nucléaire ne représente pas la même menace selon le système capable de la transporter. Les négociations devraient donc distinguer les missiles intercontinentaux pouvant atteindre les États-Unis, les missiles de portée intermédiaire menaçant le Japon, les systèmes de courte portée visant la Corée du Sud et les missiles lancés depuis des sous-marins. Un accord ne serait pas équilibré s’il protégeait seulement le territoire américain en laissant intactes les capacités menaçant directement Séoul et Tokyo.
Les limitations pourraient porter sur la portée, le nombre de lanceurs, les lieux de déploiement, la mobilité de certains systèmes ou l’interdiction de combiner certaines armes avec des charges nucléaires. Des zones sans missiles ou des distances minimales par rapport à la frontière pourraient également réduire le risque d’une attaque surprise, à condition que leur respect puisse être observé.
Accroître progressivement la transparence
Pyongyang n’acceptera probablement pas de révéler immédiatement l’ensemble de son programme. La transparence pourrait donc progresser par niveaux. Le premier préciserait les installations couvertes par un moratoire; le deuxième ajouterait les catégories de matières et de systèmes; le troisième fournirait des inventaires plus détaillés; le dernier permettrait de rechercher et de résoudre les incohérences ou les activités non déclarées.
Les informations les plus sensibles pourraient être transmises à l’AIEA ou à un organisme neutre plutôt que publiées. Les autres parties recevraient alors une conclusion confirmant ou infirmant le respect de l’accord sans avoir accès aux données techniques susceptibles de révéler des vulnérabilités militaires.
Organiser des inspections ciblées
Les premières inspections devraient répondre à des questions limitées : une installation fonctionne-t-elle toujours? Un réacteur a-t-il été arrêté? Les scellés sont-ils intacts? Une quantité déclarée est-elle encore présente? Cette approche serait moins intrusive qu’une inspection générale de tout le territoire tout en fournissant des informations directement utiles à l’application de l’accord.
Les inspecteurs pourraient utiliser des caméras, des scellés, des détecteurs de radiation, la comptabilité des matières et des prélèvements environnementaux. L’AIEA possède déjà l’expertise nécessaire et maintient sa capacité de retourner rapidement en Corée du Nord si un accord politique et les autorisations requises le permettent. Elle rappelle toutefois que ses inspecteurs sont absents du pays depuis 2009 et que plusieurs activités nucléaires se sont poursuivies depuis. Rapport de l’AIEA sur la Corée du Nord
Protéger les renseignements légitimes
Les inspections ciblées pourraient utiliser des procédures d’accès contrôlé. Pyongyang serait autorisé à protéger certains équipements ou documents sans rapport avec l’engagement vérifié, mais ne pourrait pas invoquer la sécurité nationale pour empêcher toute conclusion utile. L’accord devrait préciser les informations pouvant être dissimulées, les mesures compensatoires exigées et la procédure applicable lorsqu’un inspecteur estime que l’accès accordé est insuffisant.
Prévenir la prolifération
La réduction du risque ne concerne pas seulement l’utilisation des armes nord-coréennes. Elle doit aussi empêcher le transfert de matières nucléaires, de missiles, de composants, de plans techniques ou de compétences vers d’autres États et organisations. Un engagement de non-prolifération devrait couvrir les ventes directes, les intermédiaires, les entreprises écrans, la formation de personnel étranger et les échanges présentés comme civils lorsqu’ils peuvent soutenir un programme militaire.
La vérification pourrait combiner contrôles des exportations, inspections de cargaisons, surveillance financière et échange d’informations entre les gouvernements. Ces mesures devraient respecter le droit international et distinguer les marchandises interdites des échanges humanitaires légitimes. Le régime de sanctions établi par le Conseil de sécurité interdit déjà les transferts liés aux programmes nucléaires, balistiques et aux autres armes de destruction massive nord-coréennes. Comité 1718 du Conseil de sécurité
Ne pas confondre limitation et reconnaissance
Négocier des plafonds ou des restrictions avec un État possédant des armes nucléaires de fait ne signifie pas reconnaître juridiquement son statut de puissance nucléaire. Ces mesures seraient provisoires et destinées à réduire un danger existant. L’accord devrait rappeler l’objectif de désarmement tout en reconnaissant qu’une limitation vérifiable vaut mieux, à court terme, qu’une exigence maximale qui ne produit aucune contrainte réelle.
Synthèse stratégique — Contenir, vérifier, réduire
La stratégie nucléaire devrait suivre un ordre précis : suspendre les activités les plus dangereuses, empêcher l’expansion, plafonner les capacités, limiter les vecteurs, accroître la transparence et préparer des réductions vérifiées. La prévention de la prolifération compléterait cette architecture en empêchant que la menace soit transférée au-delà de la péninsule.
Le succès initial ne serait donc pas mesuré par la disparition immédiate de toutes les armes, mais par une réduction démontrable de leur nombre, de leur qualité, de leur disponibilité ou de leur capacité à atteindre une cible. L’objectif demeure la dénucléarisation; la méthode consiste à rendre chaque étape vers celle-ci observable, sécuritaire et suffisamment avantageuse pour être maintenue.
4.3. Sanctions, économie et questions humanitaires
Ce troisième dossier doit remplir deux fonctions différentes : protéger la population contre les conséquences de la division et utiliser certaines ouvertures économiques comme incitatifs à la coopération. L’aide vitale ne devrait jamais devenir une monnaie d’échange, tandis que les projets économiques et l’allègement des sanctions devraient progresser selon des engagements précis, vérifiables et réversibles.
Protéger un plancher humanitaire
L’aide alimentaire, les médicaments essentiels, les équipements médicaux et les interventions contre la malnutrition devraient continuer même lorsque les négociations politiques ralentissent. Suspendre ces programmes pour répondre à un essai de missile ferait porter le coût des décisions militaires sur une population qui ne les contrôle pas. L’accord devrait donc définir un plancher humanitaire protégé contre les représailles diplomatiques.
Cette protection ne signifie pas que les livraisons seraient exemptées de toute surveillance. Les organismes humanitaires devraient pouvoir évaluer les besoins, choisir les bénéficiaires, observer la distribution et vérifier que les ressources atteignent les populations auxquelles elles sont destinées. Si ces conditions ne sont pas respectées, les modalités pourraient être corrigées sans interrompre automatiquement toute l’aide.
Garantir les canaux humanitaires
Les sanctions peuvent théoriquement prévoir des exemptions tout en rendant les opérations difficiles dans la pratique. Les banques, transporteurs et fournisseurs peuvent refuser toute transaction avec la Corée du Nord par crainte d’enfreindre des règles complexes. Un accord devrait donc établir des canaux bancaires, logistiques et douaniers expressément autorisés pour les opérations humanitaires.
Le Comité 1718 du Conseil de sécurité possède déjà une procédure permettant d’accorder des exemptions pour l’aide à la Corée du Nord. Conseil de sécurité — Exemptions humanitaires Le processus de paix pourrait s’appuyer sur ce mécanisme, tout en demandant des autorisations pluriannuelles ou accélérées pour éviter que chaque livraison récurrente doive franchir le même parcours administratif.
Faire des familles séparées une priorité permanente
Les réunions de familles ne devraient plus dépendre exclusivement du climat politique ou servir de geste symbolique à l’occasion d’un sommet. Un mécanisme permanent pourrait organiser les recherches, vérifier les liens familiaux, échanger des lettres et transmettre des messages vidéo. Lorsque les déplacements physiques sont impossibles, des rencontres virtuelles ou téléphoniques devraient pouvoir continuer.
Le temps rend cette question particulièrement urgente puisque les personnes directement séparées par la guerre vieillissent rapidement. Le gouvernement sud-coréen conserve déjà des dossiers, des échantillons génétiques et des messages destinés à d’éventuels échanges. Plus de 28 000 messages vidéo avaient été enregistrés entre le début du programme, en 2005, et la fin de 2025. Ministère sud-coréen de l’Unification
Confier les échanges à un mécanisme stable
La Croix-Rouge ou une autre institution humanitaire neutre pourrait administrer un registre commun et protéger les données personnelles. Des quotas réguliers remplaceraient les réunions exceptionnelles : échanges mensuels de messages, rencontres virtuelles continues et réunions physiques organisées selon un calendrier annuel. Ces activités se poursuivraient même lorsqu’un différend militaire survient, sauf si la sécurité immédiate des participants ne peut être garantie.
Commencer par des projets pilotes
La coopération économique devrait reprendre à petite échelle, dans des secteurs présentant peu de risques militaires : agriculture, santé publique, traitement de l’eau, prévention des catastrophes, reboisement ou remise en état d’infrastructures civiles précisément sélectionnées. Chaque projet pilote aurait une durée, un budget, un territoire et des objectifs mesurables.
Les premiers projets devraient être suffisamment utiles pour créer un intérêt à les préserver, mais assez limités pour pouvoir être suspendus sans provoquer une crise économique. Leur expansion dépendrait de résultats vérifiés : accès aux sites, respect des règles financières, absence de détournement et réalisation des engagements militaires auxquels ils sont associés.
Encadrer les projets économiques
Chaque projet devrait utiliser des comptes séparés, une liste approuvée de fournisseurs et un inventaire des équipements importés. Les paiements en espèces seraient limités au profit de transactions traçables. Les technologies à double usage feraient l’objet d’une autorisation particulière et les équipements sensibles devraient pouvoir être inspectés ou récupérés à la fin du programme.
Une structure de gouvernance réunissant les deux Corées, l’organisme financier, les vérificateurs et, si nécessaire, le Comité des sanctions superviserait l’exécution. Ses rapports distingueraient les résultats économiques, les effets sur la population et les éventuelles anomalies. Une difficulté administrative pourrait entraîner une correction; un détournement confirmé pourrait suspendre le projet concerné.
Protéger les travailleurs
La coopération économique ne devrait pas financer des conditions de travail opaques ou permettre au régime de retenir l’essentiel des revenus versés. Les projets devraient prévoir des normes minimales de sécurité, des registres de présence, une comptabilité des rémunérations et un mécanisme permettant de vérifier qu’une part clairement définie des bénéfices atteint les travailleurs.
L’accès nécessaire à cette vérification pourrait être négocié progressivement, mais il ne devrait pas être abandonné. Une coopération qui améliore les relations diplomatiques tout en exploitant davantage les travailleurs créerait peut-être des revenus, mais pas une paix socialement défendable.
Utiliser les sanctions comme un escalier
L’allègement des sanctions devrait être divisé en étapes correspondant à des engagements précis. Un moratoire vérifié pourrait entraîner la suspension de certaines restrictions nationales; une inspection réussie pourrait autoriser un projet économique; une réduction mesurable de capacités militaires pourrait justifier un allègement plus important. Les avantages augmenteraient à mesure que les contraintes deviennent plus ambitieuses et plus difficiles à inverser.
Cette progression doit distinguer les sanctions nationales des sanctions adoptées par le Conseil de sécurité. Séoul, Washington ou Tokyo peuvent modifier les mesures relevant de leur propre juridiction. Les sanctions onusiennes exigent une exemption ou une décision prise selon les procédures de l’ONU. Les négociateurs ne devraient donc jamais promettre une levée qu’ils n’ont pas juridiquement le pouvoir d’accorder.
Prévoir la réversibilité
Chaque mesure d’allègement devrait être liée à une obligation identifiable et pouvoir être suspendue si celle-ci n’est plus respectée. La réversibilité ne devrait toutefois pas être générale : la violation d’un plafond nucléaire pourrait rétablir la restriction économique correspondante sans fermer les canaux humanitaires ou interrompre les réunions familiales.
La reprise des sanctions devrait suivre le mécanisme gradué établi dans l’accord : vérification des faits, consultation, possibilité de correction et suspension ciblée. Cette procédure empêcherait les gouvernements d’utiliser un incident mineur comme prétexte pour annuler toutes les ouvertures économiques.
Empêcher le détournement des ressources
Les principales protections pourraient inclure la livraison directe par des organismes autorisés, l’identification des bénéficiaires, le suivi numérique des stocks, les inspections sur place, les audits indépendants et l’interdiction de revendre les équipements. Pour les projets énergétiques, des compteurs et des limites techniques pourraient vérifier la destination de la production. Pour les projets alimentaires, les données de distribution permettraient de comparer les quantités livrées et reçues.
Aucun système ne peut garantir l’absence absolue de détournement. L’objectif est de rendre celui-ci détectable, coûteux et suffisamment limité pour que l’aide produise davantage de bénéfices humains que de gains militaires. Lorsque l’accès est refusé, le projet concerné pourrait être suspendu jusqu’au rétablissement de la vérification, sans toucher automatiquement aux autres programmes.
Créer un bénéfice partagé
La coopération économique peut progressivement augmenter le coût politique d’un retour à la confrontation. Une infrastructure utilisée par les deux côtés, un mécanisme sanitaire commun ou un programme agricole récurrent donne à chaque partie quelque chose de concret à perdre. Ces intérêts ne garantissent pas la paix, mais ils ajoutent une raison supplémentaire de préserver les communications et de résoudre les différends.
Ces projets devraient néanmoins rester subordonnés à la sécurité et au contrôle des ressources. Une interdépendance mal encadrée peut devenir un moyen de chantage; une interdépendance diversifiée et réglementée peut devenir un facteur de stabilité.
Coordonner sans tout conditionner
Les trois dossiers progresseraient ensemble, mais selon des liens clairement définis. Certaines ouvertures économiques seraient conditionnées à des progrès militaires ou nucléaires vérifiés. Les activités humanitaires essentielles et les communications de crise resteraient protégées. Un blocage dans un groupe de travail pourrait ralentir les nouvelles contreparties sans annuler les engagements déjà respectés dans les autres.
Cette organisation empêcherait Pyongyang d’obtenir tous les avantages économiques sans modifier son comportement. Elle empêcherait également ses interlocuteurs de conserver indéfiniment les bénéfices des concessions nord-coréennes tout en repoussant leurs propres obligations.
Synthèse stratégique — Protéger, inciter et contrôler
Le volet humanitaire doit protéger les personnes; le volet économique doit créer des intérêts communs; le régime de sanctions doit fournir des incitatifs et des conséquences proportionnées. Confondre ces trois fonctions produirait une politique incohérente : l’aide vitale deviendrait un moyen de pression, les projets économiques pourraient enrichir le régime sans contrepartie et les sanctions risqueraient de perdre leur objectif.
L’équilibre recherché consiste à rendre les bénéfices de la coopération progressivement visibles sans fournir de chèque en blanc. L’aide essentielle demeure protégée, les familles séparées disposent d’un mécanisme permanent, les projets pilotes sont surveillés et l’allègement des sanctions suit les progrès vérifiés. Ainsi, les trois dossiers avancent ensemble, mais aucun ne possède le pouvoir de détruire automatiquement tous les autres.
5. Qui négocie, qui facilite et qui garantit?
Trois fonctions différentes
Un processus de paix crédible doit distinguer clairement ceux qui négocient l’accord, ceux qui facilitent le dialogue et ceux qui garantissent certains engagements. Les parties directement concernées décident du contenu de la paix et assument les obligations qui en découlent. Les facilitateurs les aident à surmonter les blocages sans leur imposer une solution. Les puissances garantes fournissent, quant à elles, des engagements politiques, militaires ou économiques qui rendent l’accord plus sûr et plus avantageux à respecter.
Des responsabilités clairement attribuées
Un même État peut remplir plusieurs fonctions selon le dossier. Les États-Unis pourraient, par exemple, négocier les dispositions touchant leurs forces militaires tout en garantissant certains engagements de sécurité. La Chine pourrait participer à la transition juridique de l’armistice et soutenir les mécanismes économiques ou diplomatiques convenus. Cette multiplicité des rôles ne pose pas nécessairement problème, à condition que chaque mandat soit défini et qu’aucun acteur extérieur ne puisse s’attribuer un droit de veto sur l’ensemble du processus.
Une architecture à plusieurs niveaux
La paix ne devrait donc pas dépendre d’une seule table de négociation réunissant tous les acteurs autour de tous les sujets. Elle pourrait reposer sur plusieurs textes coordonnés : un accord politique entre les deux Corées, des protocoles militaires organisant la transition de l’armistice, des arrangements nucléaires associant les puissances concernées et des garanties internationales soutenant l’ensemble. Cette architecture permettrait d’accorder à chaque acteur une place correspondant à ses responsabilités réelles.
5.1. Les parties directement concernées
Une paix d’abord coréenne
La Corée du Sud et la Corée du Nord doivent demeurer au centre du processus. Ce sont leurs populations qui vivent sous la menace d’une reprise des hostilités, leurs forces armées qui se font face et leurs gouvernements qui devront appliquer quotidiennement les mesures de coexistence. Les puissances extérieures peuvent fournir des garanties indispensables, mais elles ne devraient ni définir seules les intérêts coréens ni négocier la péninsule comme une simple composante de leurs rivalités stratégiques.
L’héritage juridique de 1953
La transformation de l’armistice soulève néanmoins une difficulté particulière. L’accord du 27 juillet 1953 ne fut pas signé par les deux États coréens comme le serait un traité de paix contemporain. Les signataires militaires représentaient le Commandement des Nations unies, l’Armée populaire coréenne et les Volontaires du peuple chinois. La Corée du Sud participa au conflit et fut directement protégée par l’armistice, mais elle ne le signa pas. Commandement des Nations unies — Historique des négociations de l’armistice
Un armistice militaire, une paix politique
Cette particularité ne signifie pas que les mêmes commandements devraient simplement signer un nouveau document soixante-dix ans plus tard. L’armistice est un accord militaire ayant suspendu les combats; une paix durable devrait établir des obligations politiques, juridiques et institutionnelles beaucoup plus larges. Il faut donc distinguer la conclusion d’un accord de paix entre les parties coréennes de la procédure technique permettant de modifier, de remplacer ou de compléter les mécanismes hérités de 1953. Accord d’armistice coréen
Une architecture juridique proposée
Le processus pourrait ainsi reposer sur plusieurs instruments complémentaires. Cette architecture constituerait une option stratégique à négocier, et non une formule juridique déjà acceptée par les acteurs.
| Instrument proposé | Participants principaux | Fonction |
| Accord intercoréen de paix et de coexistence | Corée du Sud et Corée du Nord | Non-agression, relations politiques, prévention des incidents et coopération humanitaire |
| Protocole de transition de l’armistice | Deux Corées, Commandement des Nations unies et représentation chinoise appropriée | Transformation de la zone démilitarisée et remplacement progressif des institutions de 1953 |
| Protocoles de sécurité et de désarmement | Parties directement concernées selon le dossier | Exercices militaires, forces étrangères, nucléaire, missiles et vérification |
| Accords de garantie | États-Unis, Chine et autres acteurs désignés | Garanties de sécurité, contreparties économiques et soutien au respect des engagements |
| Endossement international | ONU ou organismes compétents | Légitimité, enregistrement, observation et soutien institutionnel |
Ne pas reproduire l’absence de Séoul
L’absence de la Corée du Sud parmi les signataires de 1953 ne peut justifier son exclusion du futur accord. Séoul administre le territoire situé au sud de la ligne de démarcation, commande ses propres forces et serait directement responsable de l’application d’une grande partie des mesures convenues. Une paix négociée principalement entre Pyongyang et Washington répéterait l’une des faiblesses des processus précédents : elle placerait la relation américano-nord-coréenne au-dessus de la relation entre les deux Corées.
Reconnaître Pyongyang comme partie
La Corée du Nord doit également pouvoir négocier comme une partie assumant des droits et des obligations, et non uniquement comme la cible de sanctions ou d’un ultimatum. Cette reconnaissance procédurale ne signifie ni l’approbation de son régime, ni l’acceptation de ses violations des droits humains, ni la reconnaissance définitive de son statut nucléaire. Elle signifie simplement qu’aucun accord applicable ne peut être construit sans que Pyongyang participe à sa définition et puisse démontrer qu’il obtient davantage de sécurité en le respectant.
Des délégations capables de décider
La représentation des deux Corées ne devrait pas se limiter à leurs dirigeants. Une instance politique centrale pourrait fixer les orientations, tandis que des groupes spécialisés négocieraient les questions militaires, nucléaires, économiques, juridiques et humanitaires. Ces délégations devraient disposer d’un accès direct aux autorités décisionnelles afin que les compromis techniques ne soient pas constamment annulés ou renégociés au sommet.
Associer les institutions et les populations
La continuité de l’accord dépendra aussi de son enracinement au-delà des exécutifs. En Corée du Sud, l’Assemblée nationale, les partis politiques et les organisations civiles devraient être suffisamment informés pour que le processus puisse survivre à une alternance politique. Malgré les contraintes imposées par le régime nord-coréen, les questions concernant les familles séparées, l’aide humanitaire et les échanges civils devraient également intégrer l’expérience des personnes directement touchées.
Prévenir un vide juridique
Les structures de l’armistice ne devraient pas disparaître avant que leurs remplaçantes soient pleinement opérationnelles. Le Commandement des Nations unies continue notamment d’administrer certains mécanismes liés à la zone démilitarisée et de participer au traitement des violations présumées. La transition devrait donc préciser, fonction par fonction, quelles responsabilités sont maintenues, transférées ou abolies. Une déclaration de paix dépourvue de mécanismes de remplacement pourrait affaiblir le cessez-le-feu avant d’avoir établi une sécurité plus solide.
Synthèse stratégique — Une paix coréenne soutenue de l’extérieur
Les deux Corées doivent posséder le cœur politique du processus, tandis que les acteurs liés à l’armistice participent à sa transformation et que les puissances extérieures garantissent les engagements relevant de leur responsabilité. La formule recherchée n’est donc ni une paix imposée de l’extérieur ni un arrangement strictement intercoréen ignorant les réalités militaires internationales. C’est une paix décidée par les principaux intéressés, rendue applicable par une transition juridique rigoureuse et protégée par des garanties extérieures clairement limitées.
Historique officiel du Commandement des Nations unies
5.2. Les facilitateurs neutres
Préserver le dialogue sans décider de son résultat
Les facilitateurs ne seraient ni des parties à l’accord ni des puissances chargées de le garantir. Leur fonction consisterait à organiser les échanges, clarifier les positions, proposer des méthodes de travail et maintenir un canal de communication lorsque les négociations officielles deviennent difficiles. Ils pourraient aider les parties à trouver un compromis, mais jamais leur imposer le contenu de la paix.
Un rôle distinct de l’arbitrage
La facilitation ne doit pas être confondue avec l’arbitrage. Un arbitre examine un différend et rend une décision qui peut s’imposer aux parties. Un facilitateur les aide plutôt à construire leur propre solution. Il peut reformuler une proposition, signaler une incompatibilité ou présenter plusieurs avenues de compromis, mais la décision finale appartient toujours aux négociateurs coréens et, lorsque leurs responsabilités sont engagées, aux autres parties concernées.
Un mandat non contraignant
Les recommandations des facilitateurs ne devraient donc avoir aucune force obligatoire. Une partie pourrait refuser une proposition sans être automatiquement accusée d’avoir violé le processus. Cette liberté est nécessaire pour préserver le consentement, que les Nations unies considèrent comme l’un des fondements d’une médiation efficace. Elle empêcherait également les facilitateurs de transformer progressivement leur influence procédurale en pouvoir politique. Nations unies — Directives pour une médiation efficace
Une neutralité de fonction
La neutralité parfaite d’un État ou d’une personnalité est rarement possible : chacun possède une histoire, des relations et une perception du conflit. L’objectif réaliste serait plutôt une impartialité de fonction. Les facilitateurs devraient appliquer les mêmes règles aux différentes parties, protéger équitablement leur droit de parole et éviter d’utiliser leur mandat pour favoriser leurs propres intérêts stratégiques.
Une acceptation commune
Aucun facilitateur ne devrait être désigné unilatéralement par une puissance extérieure. Sa nomination, son remplacement et l’étendue de son mandat devraient être acceptés par toutes les parties directement concernées. Cette approbation commune ne garantirait pas une confiance absolue, mais elle établirait une légitimité procédurale minimale : personne ne pourrait prétendre avoir été placé sous l’autorité d’un intermédiaire choisi par son adversaire.
Une discrétion protectrice
Une partie importante du travail devrait se dérouler à l’abri de la pression médiatique. Les négociateurs doivent pouvoir explorer une concession, vérifier une hypothèse ou retirer une proposition préliminaire sans que chaque mouvement soit immédiatement présenté comme une victoire ou une capitulation. Les facilitateurs pourraient conduire des consultations séparées, transmettre des messages confidentiels et préparer des textes de compromis avant leur discussion officielle.
La confidentialité avec des limites
La discrétion ne devrait toutefois pas devenir une absence de reddition de comptes. Les décisions finales, les engagements adoptés et les mécanismes de vérification devront être communiqués aux institutions et aux populations concernées. La confidentialité protégerait les échanges exploratoires; elle ne devrait ni dissimuler les obligations de l’accord ni permettre aux dirigeants de promettre simultanément des choses incompatibles à leurs différents interlocuteurs.
Maintenir le dialogue pendant les crises
La fonction la plus importante des facilitateurs apparaîtrait probablement lorsqu’un incident menace d’interrompre les négociations. Ils pourraient contacter rapidement les parties, vérifier leur volonté de poursuivre le processus, organiser une rencontre d’urgence et distinguer une suspension temporaire d’un abandon définitif. Leur rôle ne serait pas de minimiser une violation, mais d’empêcher que la gestion de cette violation détruise automatiquement toutes les autres discussions.
Conserver la mémoire du processus
Les facilitateurs devraient également préserver une mémoire institutionnelle des négociations : propositions déjà examinées, formulations acceptables, désaccords non résolus et engagements provisoires. Cette continuité éviterait que chaque changement de gouvernement, de négociateur ou de stratégie oblige à recommencer le dialogue depuis le début. Elle réduirait aussi la possibilité pour une partie de réinterpréter rétrospectivement ce qui avait été discuté.
Une équipe plutôt qu’une personnalité providentielle
Le processus ne devrait pas dépendre d’un seul médiateur prestigieux. Une petite équipe permanente réunissant des compétences diplomatiques, militaires, nucléaires, juridiques et culturelles serait plus résistante aux changements politiques et aux attaques personnelles. Des membres pourraient être remplacés sans faire disparaître les méthodes de travail, les relations établies et la mémoire accumulée.
Un mandat écrit et limité
Le mandat devrait préciser ce que les facilitateurs peuvent faire : convoquer des réunions, consulter séparément les parties, proposer un ordre du jour, transmettre des messages, rédiger des options et soutenir la résolution des différends. Il devrait également définir ce qu’ils ne peuvent pas faire : imposer un règlement, certifier eux-mêmes le respect d’un engagement, accorder une contrepartie ou parler publiquement au nom des parties sans leur autorisation.
Mesurer leur réussite autrement
Le succès des facilitateurs ne devrait pas être évalué uniquement par la signature rapide d’un accord spectaculaire. Leur contribution serait aussi mesurable par la régularité des rencontres, la survie des canaux de communication, la résolution de désaccords techniques et la capacité des parties à reprendre les discussions après une crise. Dans un conflit aussi ancien, empêcher une rupture irréversible constitue déjà un résultat stratégique.
Synthèse stratégique — Protéger le processus
Les facilitateurs neutres ne seraient ni les auteurs ni les juges de la paix. Ils en protégeraient la méthode. Leur mandat non contraignant, impartial, discret et accepté par tous leur permettrait de maintenir le dialogue sans confisquer la décision. Leur véritable utilité ne serait pas de remplacer la volonté politique absente, mais d’empêcher qu’une volonté encore fragile soit détruite par un malentendu, une provocation ou une nouvelle crise internationale.
5.3. Les puissances garantes
Transformer l’accord en engagements internationaux
Les puissances garantes ne négocieraient pas à la place des deux Corées. Elles prendraient plutôt des engagements relevant de leur propre autorité : adaptation de certaines activités militaires, garanties de sécurité, modification de sanctions, soutien économique, reconnaissance diplomatique ou participation aux mécanismes de vérification. Leur fonction serait de rendre la paix plus sûre et plus avantageuse pour les parties, tout en augmentant le coût politique d’un retour aux hostilités.
Garantir ce que l’on contrôle réellement
Aucune puissance extérieure ne peut garantir à elle seule le comportement futur de Pyongyang ou de Séoul. Chacune peut toutefois garantir ses propres décisions et contribuer à une réponse collective en cas de violation. Les garanties devraient donc être concrètes : une mesure déterminée, une autorité responsable, un calendrier, des conditions d’application et une procédure de suspension. Une promesse générale de « soutenir la paix » ne protège pas grand-chose si personne ne sait ce qu’elle oblige réellement à faire.
Les États-Unis, une puissance directement engagée
Les États-Unis sont incontournables en raison de leur alliance avec la Corée du Sud, de leur présence militaire dans la péninsule et de leur rôle dans les sanctions et les négociations nucléaires. Ils devraient être parties aux dispositions touchant leurs propres forces, leurs exercices, leur posture stratégique et leurs relations avec Pyongyang. Ils pourraient également fournir des garanties de non-agression, soutenir la normalisation diplomatique et participer aux contreparties liées à des engagements nord-coréens vérifiés.
La Chine, une garantie de stabilité
La Chine est indispensable en raison de sa frontière avec la Corée du Nord, de ses liens économiques avec Pyongyang et de son intérêt à prévenir une guerre ou un effondrement déstabilisateur. Elle pourrait offrir au Nord certaines assurances contre l’isolement complet, soutenir les échanges autorisés et contribuer à l’application des mécanismes convenus. Elle devrait également rassurer Séoul et Washington sur le fait que son soutien à la stabilité nord-coréenne ne servirait pas à protéger des violations graves de l’accord.
Des responsabilités complémentaires
Washington possède davantage de moyens pour rassurer Séoul et modifier la pression militaire ressentie par Pyongyang. Pékin possède davantage de moyens pour réduire l’isolement du Nord et influencer ses calculs économiques et stratégiques. Leur action peut donc être complémentaire, mais seulement si aucun des deux ne cherche à utiliser le processus pour affaiblir l’autre. Une garantie crédible ne peut pas devenir une nouvelle forme de compétition pour le contrôle de la péninsule.
La Russie, une influence impossible à ignorer
La Russie devrait être associée aux dimensions touchant directement ses relations militaires avec Pyongyang, la prolifération, les sanctions internationales et la sécurité régionale. Son statut de membre permanent du Conseil de sécurité lui confère aussi une influence sur le régime de sanctions des Nations unies. Cette participation ne devrait toutefois pas lui permettre de bloquer une avancée intercoréenne sans rapport direct avec ses obligations ou sa sécurité.
Le Japon, directement exposé
Le Japon est directement concerné par les missiles nord-coréens, le risque nucléaire et la prolifération. Il pourrait participer aux protocoles portant sur les essais, certains vecteurs, les alertes préalables et la vérification. Son poids économique pourrait également contribuer à des projets de stabilisation lorsque les conditions politiques le permettront. Ses différends avec Pyongyang, notamment la question des citoyens japonais enlevés, doivent pouvoir être traités sérieusement sans devenir automatiquement un veto sur chaque mesure de paix intercoréenne.
Une participation à géométrie variable
Toutes les puissances garantes ne devraient pas participer à toutes les décisions. Les États-Unis et la Chine seraient présents dans l’architecture générale en raison de leur influence militaire et politique. La Russie et le Japon interviendraient pleinement lorsque leurs capacités, leurs engagements ou leur sécurité sont directement concernés. Dans les autres dossiers, ils pourraient être consultés ou informés sans disposer d’un pouvoir de blocage.
Ne pas dépendre d’une entente parfaite
La paix coréenne ne peut pas attendre que Washington, Pékin et Moscou règlent l’ensemble de leurs rivalités. Une telle condition repousserait probablement la paix à une date que même les calendriers diplomatiques n’oseraient pas imprimer. Le mécanisme doit plutôt permettre à des puissances adversaires de coopérer sur un intérêt limité : empêcher une guerre dans la péninsule, même lorsqu’elles restent en conflit sur d’autres théâtres.
Des précédents à reprendre
La déclaration commune des pourparlers à six de 2005 reconnaissait déjà plusieurs principes utiles : respect de la souveraineté, normalisation progressive des relations, coopération économique, recherche d’un régime de paix permanent et application des engagements selon une logique d’« action contre action ». Son échec ultérieur ne rend pas ces principes inutiles; il montre qu’ils doivent être accompagnés d’échéanciers, de mécanismes de vérification et de réponses prédéfinies aux violations. Déclaration commune des pourparlers à six du 19 septembre 2005
Un code de conduite commun
Le rôle des puissances garantes devrait être encadré par un code de conduite annexé à l’accord. Celui-ci ne reposerait pas sur leur bonne volonté présumée, mais sur des obligations observables applicables à chacune d’elles.
| Principe | Engagement attendu des puissances garantes |
| Propriété coréenne du processus | Ne pas négocier à la place des deux Corées les questions relevant de leur coexistence |
| Non-ingérence stratégique | Ne pas utiliser l’accord pour obtenir un avantage sans rapport avec la paix coréenne |
| Engagements précis | Définir par écrit les garanties offertes, leurs conditions et leurs responsables |
| Retenue militaire | Éviter les déploiements, transferts ou exercices incompatibles avec les mesures de réduction des tensions |
| Consultation préalable | Consulter les parties avant toute suspension importante d’une garantie ou contrepartie |
| Réponse proportionnelle | Réagir à une violation selon la procédure convenue plutôt que par une escalade improvisée |
| Transparence | Déclarer les accords parallèles susceptibles de modifier l’équilibre de sécurité |
| Continuité | Maintenir les communications et les mécanismes essentiels malgré les crises extérieures |
| Absence de veto général | Limiter le pouvoir de blocage aux dispositions engageant directement la puissance concernée |
| Règlement pacifique | Soumettre les différends entre garants à une consultation spéciale ou à une facilitation indépendante |
Cette proposition de code constitue une architecture stratégique à négocier; elle ne correspond pas à des engagements déjà acceptés par les gouvernements concernés.
Respecter la propriété coréenne
Les garants devraient s’engager à ne pas conditionner leur soutien à l’adoption par les deux Corées d’un alignement géopolitique particulier. Pékin ne devrait pas pouvoir exiger l’affaiblissement de l’alliance entre Séoul et Washington comme préalable à toute avancée. Washington ne devrait pas utiliser le processus pour isoler davantage la Chine. Moscou et Tokyo ne devraient pas transformer leurs propres différends régionaux en conditions permanentes imposées au dialogue intercoréen.
Pratiquer la retenue militaire
Une puissance garante devrait éviter de prendre, parallèlement aux négociations, des mesures contredisant les garanties qu’elle prétend offrir. Les exercices, déploiements stratégiques, ventes d’armes et transferts technologiques susceptibles de modifier l’équilibre militaire devraient faire l’objet de consultations lorsqu’ils touchent les engagements convenus. Il ne s’agirait pas de supprimer le droit à la défense, mais d’empêcher qu’une garantie de sécurité soit annulée dans les faits par une escalade menée ailleurs.
Encadrer les sanctions
Les sanctions des Nations unies relèvent du Conseil de sécurité et ne peuvent être levées par une seule puissance garante. Les sanctions nationales, en revanche, dépendent des gouvernements qui les ont adoptées. L’accord devrait donc préciser quelles contreparties peuvent être accordées directement, lesquelles exigent une décision multilatérale et lesquelles demeurent interdites. Le Comité créé par la résolution 1718 prévoit déjà des procédures et des exemptions, notamment humanitaires, qui devraient être intégrées à cette architecture plutôt que contournées. Conseil de sécurité — Comité des sanctions concernant la Corée du Nord
Ne pas contourner l’accord
Les garants devraient déclarer les ententes militaires, économiques ou technologiques conclues avec une partie lorsqu’elles risquent de contredire le processus. Un accord officiel plafonnant certaines capacités perdrait toute crédibilité si un garant aidait discrètement à les développer. La transparence ne devrait pas exiger la divulgation de tous les renseignements sensibles, mais elle devrait permettre aux vérificateurs de déterminer si les obligations centrales sont respectées.
Gérer les désaccords entre garants
Un différend entre Washington, Pékin ou Moscou ne devrait pas entraîner automatiquement la suspension de leurs engagements coréens. Une consultation spéciale devrait être déclenchée lorsqu’une puissance estime qu’une autre compromet l’accord. Les facilitateurs pourraient alors établir les faits, identifier la disposition contestée et proposer une réponse limitée. Pendant cette procédure, les garanties sans rapport avec le différend demeureraient en vigueur.
Préserver les obligations essentielles
Certaines obligations devraient survivre même à une crise majeure entre les puissances garantes : maintien des communications, partage des alertes concernant un lancement, protection de l’aide humanitaire et prévention d’un affrontement accidentel. Ce noyau minimal correspondrait à l’esprit de la Charte des Nations unies, qui exige le règlement pacifique des différends et interdit la menace ou l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. Charte des Nations unies — Chapitre I
Prévoir le retrait d’un garant
Si une puissance viole gravement son code de conduite, les autres parties devraient pouvoir suspendre son rôle dans un dossier précis, demander une médiation ou transférer certaines fonctions à une institution multilatérale. Son retrait ne devrait cependant pas faire disparaître automatiquement les obligations déjà exécutées par les autres. Un garant doit pouvoir être remplacé sans que toute l’architecture de paix s’effondre avec lui.
Synthèse stratégique — Garantir sans contrôler
Les puissances extérieures sont indispensables parce qu’une partie des menaces, des sanctions et des capacités militaires échappe au contrôle des deux Corées. Elles ne doivent cependant pas devenir propriétaires du processus. Leur fonction consiste à garantir leurs propres engagements, à soutenir l’application de l’accord et à maîtriser les conséquences de leurs rivalités. La paix sera plus résistante si les grandes puissances n’ont pas besoin d’être alliées pour la protéger, mais simplement assez responsables pour ne pas la sacrifier à leur prochain affrontement.
Partie III — Rendre le processus opérationnel
6. Un trio de facilitateurs aux compétences complémentaires
Des compétences qui existent déjà
Construire un processus de paix durable ne demande pas d’attendre l’apparition d’une personnalité providentielle. Des diplomates ont déjà acquis, sur différents théâtres, une expérience concrète de la médiation politique, de la réduction des risques militaires et de la mobilisation des institutions internationales. Ces compétences existent; le véritable défi consiste à les réunir dans une architecture cohérente.
De la neutralité des pays aux compétences des personnes
La Suisse et la Suède constituent des points de départ crédibles. Leur intérêt ne repose pas seulement sur une réputation générale de neutralité. Les deux pays participent depuis 1953 à la Commission de supervision des nations neutres. La Suisse entretient également un dialogue politique avec Pyongyang et a accueilli plusieurs négociations consacrées à la péninsule. La Suède dispose d’une ambassade en Corée du Nord et agit depuis 1995 comme puissance protectrice des États-Unis dans ce pays. Département fédéral suisse des affaires étrangères Gouvernement suédois
Une sélection fondée sur les fonctions
À partir de cet ancrage suisse et suédois, trois profils se distinguent par la complémentarité de leurs parcours : Heidi Tagliavini pour la négociation politique et la gestion des ruptures, Thomas Greminger pour l’architecture militaire et Jan Eliasson pour les garanties multilatérales. Il ne s’agit pas de prétendre qu’ils ont été approchés, qu’ils accepteraient ce mandat ou qu’ils possèdent à eux seuls la solution au conflit coréen. Leur réunion constitue une simulation stratégique destinée à montrer ce qu’une équipe de ce niveau pourrait rendre possible.
Trois responsabilités, une seule méthode
Le trio partagerait une même méthode : consentement des parties, confidentialité, absence de pouvoir arbitral et recherche d’engagements graduels. Chacun disposerait cependant d’une responsabilité principale. Cette répartition réduirait les chevauchements et permettrait aux négociateurs de savoir qui intervient, sur quel dossier et avec quelles limites.
6.1. Heidi Tagliavini — La négociation politique et la gestion de crise
Une expérience des conflits fermés
La diplomate suisse Heidi Tagliavini a travaillé dans plusieurs environnements marqués par la guerre, la méfiance et la présence de puissances rivales. Elle a notamment représenté la présidence de l’OSCE au sein du Groupe de contact trilatéral réunissant l’Ukraine, la Russie et l’OSCE. Ce groupe constituait alors l’un des rares espaces permanents où les parties pouvaient discuter du cessez-le-feu, des questions humanitaires et des modalités politiques. OSCE — Efforts de la présidence suisse en Ukraine
Un rôle politique proposé
Dans le processus coréen, Heidi Tagliavini pourrait diriger la facilitation politique. Elle conduirait les consultations confidentielles avec Séoul et Pyongyang, identifierait les formulations acceptables et préparerait les rencontres les plus sensibles. Son travail consisterait moins à produire de grandes déclarations qu’à déterminer ce que chaque partie peut réellement accepter sans perdre sa sécurité ou sa capacité à défendre l’accord devant ses propres institutions.
Établir un canal avec Pyongyang
Un canal confidentiel devrait permettre à Pyongyang de présenter ses préoccupations, ses lignes rouges et ses contreparties attendues sans transformer chaque échange en affrontement public. La nationalité suisse de Tagliavini ne lui assurerait pas automatiquement la confiance nord-coréenne, mais elle pourrait faciliter son acceptation initiale. La confiance véritable devrait ensuite être gagnée par la constance, la discrétion et la fidélité avec laquelle les positions de chaque partie seraient transmises.
Rapprocher les positions
Lorsque deux propositions semblent incompatibles, Tagliavini pourrait chercher la différence entre leur formulation publique et leur contenu véritable. Une partie peut, par exemple, refuser officiellement une « inspection » tout en acceptant une « visite technique contrôlée ». Une autre peut rejeter une « levée des sanctions » immédiate, mais accepter une exemption temporaire et réversible. Ce travail sur les mots ne serait pas cosmétique : dans une négociation aussi sensible, le vocabulaire détermine souvent si un compromis peut être défendu ou s’il sera dénoncé comme une capitulation.
Préparer les décisions difficiles
Avant une rencontre intercoréenne importante, elle consulterait séparément les délégations, vérifierait les zones d’entente et signalerait les questions encore trop éloignées pour être soumises aux dirigeants. Elle pourrait proposer plusieurs formulations plutôt qu’un texte unique, laissant aux parties la responsabilité de choisir. Cette préparation diminuerait le risque qu’un sommet soit improvisé autour d’attentes incompatibles.
Gérer les moments de rupture
Si une partie suspend les pourparlers, Tagliavini maintiendrait un contact discret afin de déterminer si cette décision est définitive, tactique ou provoquée par un incident précis. Elle pourrait transmettre une demande d’explication, négocier les conditions d’un retour et proposer une rencontre de niveau inférieur avant la reprise officielle. Son objectif ne serait pas de masquer la gravité d’une crise, mais d’empêcher qu’une rupture temporaire devienne irréversible faute de canal de communication.
Les limites de son rôle
Elle ne pourrait ni garantir la sécurité des parties, ni vérifier seule des installations, ni accorder un allègement des sanctions. Elle ne devrait pas non plus devenir la porte-parole publique du processus. Sa responsabilité principale serait de protéger l’espace politique dans lequel les parties peuvent chercher une solution.
6.2. Thomas Greminger — L’architecture militaire
Transformer les intentions en procédures
Un engagement à « réduire les tensions » demeure fragile tant qu’il n’est pas traduit en distances, délais, seuils, responsabilités et procédures d’urgence. Le rôle proposé à Thomas Greminger serait précisément de convertir les compromis politiques en mécanismes militaires applicables et vérifiables.
Une expérience politico-militaire
Thomas Greminger a été secrétaire général de l’OSCE de 2017 à 2020, représentant permanent de la Suisse auprès de cette organisation et président de son Conseil permanent durant la présidence suisse de 2014. Son parcours comprend également la gestion des conflits, le maintien de la paix, les droits humains et les politiques de sécurité. Cette expérience correspond directement aux besoins d’un processus combinant dialogue politique, contrôle militaire et vérification. OSCE — Biographie de Thomas Greminger
Établir une situation de référence
Avant de négocier une réduction des activités militaires, son équipe devrait établir ce qui existe déjà : zones couvertes, catégories d’armes, fréquence des exercices, systèmes de communication disponibles et institutions responsables. Cette situation de référence ne nécessiterait pas immédiatement la divulgation de tous les secrets militaires. Elle devrait néanmoins être assez précise pour que les parties puissent distinguer une activité habituelle d’un changement préoccupant.
Concevoir les mesures de confiance
Greminger pourrait coordonner la rédaction des notifications préalables d’exercices, des règles d’observation, des distances de sécurité et des procédures entourant les mouvements militaires près de la frontière. Il proposerait des seuils différents selon le niveau de risque : une activité ordinaire exigerait un avis général, tandis qu’un exercice majeur ou un déploiement de missiles nécessiterait une information plus détaillée.
Organiser la surveillance
Son équipe pourrait préparer les mécanismes d’inspection, les dispositifs d’accès contrôlé et la surveillance de certaines zones sensibles. Elle devrait déterminer qui collecte les données, où elles sont conservées, qui peut les consulter et comment une anomalie est signalée. L’objectif serait de rendre les engagements observables sans exiger une transparence militaire illimitée dès le début du processus.
Adapter la zone démilitarisée
La transformation graduelle de la zone démilitarisée devrait être abordée comme une opération de sécurité, et non comme un simple symbole politique. Chaque retrait de poste, déplacement d’arme ou ouverture de corridor devrait être coordonné avec les forces présentes, les mécanismes de l’armistice et les équipes de surveillance. La Commission de supervision des nations neutres offrirait une expérience institutionnelle utile, mais son mandat devrait être adapté avec l’accord des parties plutôt que prolongé automatiquement.
Préparer les procédures de désescalade
Greminger pourrait aussi concevoir les protocoles applicables lorsqu’un appareil franchit une ligne, qu’un tir est détecté ou qu’une inspection est interrompue. Qui appelle qui? Quel commandement doit répondre? Combien de temps les parties disposent-elles avant la consultation urgente? Quelles preuves doivent être préservées? Une bonne architecture militaire répond à ces questions avant l’incident, lorsque personne n’est encore soumis à la pression de devoir riposter.
Protéger le politique du brouillard militaire
Son apport permettrait enfin de distinguer les faits techniques des interprétations politiques. Tagliavini pourrait alors négocier à partir d’une compréhension plus précise de l’incident, plutôt que de récits contradictoires diffusés par les gouvernements. Greminger ne déterminerait pas la réponse diplomatique; il fournirait les mécanismes et les données nécessaires pour qu’elle soit proportionnelle.
6.3. Jan Eliasson — Les garanties multilatérales
Relier la péninsule au système international
Même un accord accepté par les deux Corées resterait vulnérable si les puissances extérieures refusaient d’adapter leurs politiques militaires, diplomatiques ou économiques. Le rôle proposé à Jan Eliasson serait donc de relier le processus intercoréen aux gouvernements et aux institutions capables de lui fournir des garanties internationales.
Une expérience multilatérale considérable
Jan Eliasson a occupé les fonctions de vice-secrétaire général des Nations unies, de président de l’Assemblée générale, de ministre suédois des Affaires étrangères et d’émissaire dans différents processus diplomatiques. Son parcours combine la négociation, la connaissance du système onusien et l’accès aux principaux centres de décision. Nations unies — Biographie de Jan Eliasson
Obtenir des engagements de Washington et de Pékin
Eliasson pourrait conduire les consultations avec les États-Unis et la Chine afin de transformer leur soutien général à la paix en engagements précis. Il ne leur demanderait pas de s’entendre sur l’ensemble de leurs différends, mais d’identifier les mesures qu’ils peuvent garantir séparément : non-agression, retenue militaire, soutien à la vérification, maintien des communications et respect des contreparties convenues.
Associer Moscou et Tokyo
Il coordonnerait également la participation de la Russie et du Japon aux dossiers qui touchent directement leur sécurité ou leurs responsabilités. Cette consultation réduirait le risque qu’une puissance laissée à l’écart tente ensuite de fragiliser le processus. Elle ne lui accorderait toutefois pas un droit de veto sur les mesures strictement intercoréennes.
Travailler avec l’ONU
Certaines décisions, notamment celles concernant les sanctions multilatérales, la légitimation internationale et d’éventuels mandats de surveillance, nécessiteraient une coordination avec les Nations unies. Eliasson pourrait aider les parties à déterminer ce qui relève du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale, du Secrétariat ou d’organismes spécialisés comme l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Maintenir une coalition de soutien
Un accord de paix a besoin d’un soutien international non seulement au moment de sa signature, mais durant les années difficiles de sa mise en œuvre. Eliasson pourrait entretenir une coalition d’États disposés à financer la vérification, l’aide humanitaire et certains projets économiques. Cette coalition réduirait la dépendance envers une seule puissance et empêcherait qu’un changement de gouvernement assèche soudainement toutes les ressources du processus.
Absorber les crises extérieures
Si une crise éclatait entre les États-Unis et la Chine, ou entre la Russie et les puissances occidentales, Eliasson tenterait d’isoler les mécanismes coréens de cette confrontation. Il réunirait les garants, rappellerait leurs engagements et chercherait à préserver au minimum les communications, les inspections et l’aide essentielle. Sa fonction serait de maintenir autour de la paix coréenne une zone limitée de coopération internationale.
Les limites de la diplomatie multilatérale
Son influence ne pourrait supprimer les intérêts divergents des grandes puissances ni obliger le Conseil de sécurité à agir. Son utilité résiderait plutôt dans sa capacité à préparer les décisions, multiplier les points d’appui et rendre politiquement plus coûteux l’abandon d’un engagement déjà endossé. La diplomatie multilatérale ne remplace pas la volonté des États; elle l’organise et lui donne une mémoire.
6.4. Pourquoi une équipe plutôt qu’une personnalité providentielle?
Refuser le mythe du sauveur
Aucune personne ne peut simultanément gagner un accès politique à Pyongyang, concevoir des inspections crédibles, négocier avec Washington et Pékin, coordonner les sanctions et intervenir efficacement pendant une crise militaire. Confier toutes ces responsabilités à un seul envoyé créerait une dépendance excessive envers ses compétences, sa disponibilité et ses relations personnelles.
Répartir les compétences
Tagliavini travaillerait principalement sur les positions politiques et la relation entre les négociateurs. Greminger traduirait les compromis en règles militaires et en dispositifs de vérification. Eliasson mobiliserait les puissances garantes et les institutions internationales. Chaque membre pourrait ainsi approfondir son domaine sans perdre de vue les conséquences de ses propositions sur les deux autres.
Organiser la contradiction interne
La complémentarité ne signifie pas que le trio serait toujours d’accord. Tagliavini pourrait juger qu’une concession politique est nécessaire pour préserver le dialogue; Greminger pourrait avertir qu’elle n’est pas encore vérifiable; Eliasson pourrait signaler qu’elle n’obtiendra pas l’appui des garants. Cette contradiction interne serait utile si elle se produisait avant que la proposition soit présentée aux parties.
Parler d’une seule voix
Après avoir débattu, le trio devrait cependant transmettre une position commune. Les parties ne devraient pas pouvoir choisir l’avis du facilitateur qui leur convient et ignorer les deux autres. Un secrétariat conjoint consignerait les décisions, répartirait les tâches et vérifierait que les propositions politiques, militaires et internationales demeurent compatibles.
Prévoir les remplacements
Le processus ne devrait pas porter officiellement le nom de ses facilitateurs ni disparaître avec leur départ. Chacun travaillerait avec une équipe adjointe capable d’assurer la continuité. Les méthodes, archives et mandats appartiendraient à une institution de facilitation commune, et non aux individus. Les trois personnalités ouvriraient et orienteraient le processus; elles ne devraient pas en devenir les propriétaires permanents.
Un ancrage plus solide que la neutralité déclarée
La Suisse participe à la Commission de supervision des nations neutres depuis 1953 et a accueilli, entre 1997 et 1999, les pourparlers à quatre entre les deux Corées, la Chine et les États-Unis. Elle a également reçu d’autres rencontres entre Washington et Pyongyang. La Suède participe elle aussi à la Commission et entretient une présence diplomatique en Corée du Nord. Cet engagement durable constitue un fondement plus concret que la simple affirmation selon laquelle ces pays seraient neutres. Forces armées suédoises — Mission au sein de la Commission de supervision
6.5. Simulation de la coordination du trio
Une hypothèse de travail
La simulation suivante ne prétend pas prédire le comportement des gouvernements ni présenter un mandat déjà négocié. Elle sert à démontrer comment trois compétences complémentaires pourraient produire davantage que trois interventions diplomatiques séparées.
Première phase — Déterminer l’espace possible
Tagliavini mènerait des consultations confidentielles avec les deux Corées afin d’identifier leurs priorités minimales : réduction des incidents pour Séoul, diminution de certaines pressions militaires ou économiques pour Pyongyang. Elle ne chercherait pas immédiatement l’accord final, mais la première transaction que les deux gouvernements pourraient défendre.
Pendant ce temps, Greminger examinerait la faisabilité militaire des propositions. Il déterminerait, par exemple, si un moratoire, une zone de retrait ou une notification d’exercice peut être observé avec les moyens disponibles. Eliasson consulterait discrètement Washington et Pékin pour vérifier quelles contreparties et garanties pourraient recevoir leur soutien.
Deuxième phase — Construire une première entente
Tagliavini réunirait les parties autour d’un ensemble limité de mesures politiquement acceptables. Greminger en préciserait les seuils, le calendrier, les mécanismes d’observation et les procédures applicables en cas d’anomalie. Eliasson obtiendrait des puissances extérieures les engagements nécessaires pour que les contreparties puissent être mises en œuvre.
Le résultat ne serait pas une déclaration générale demandant à chacun de faire preuve de bonne volonté. Il s’agirait d’une séquence complète : action nord-coréenne, contrepartie correspondante, moyen de vérification, échéance, procédure de contestation et conséquence d’une violation.
Troisième phase — Tester le mécanisme
Supposons que Pyongyang accepte de suspendre une catégorie d’essais en échange d’une mesure humanitaire et d’une modification limitée de certains exercices. Greminger établirait les activités couvertes et la manière d’observer le moratoire. Tagliavini maintiendrait le contact politique si une ambiguïté apparaissait. Eliasson coordonnerait l’exécution des contreparties extérieures et empêcherait qu’elles soient retardées sans explication.
Cette coordination répondrait à une faiblesse récurrente des négociations : une partie affirme avoir rempli son engagement, l’autre conteste sa portée, et les contreparties sont suspendues avant qu’un mécanisme puisse établir les faits.
Quatrième phase — Traverser une crise
Imaginons ensuite qu’un lancement soit détecté. Greminger demanderait immédiatement les données disponibles et déterminerait si l’activité entrait dans la catégorie interdite. Tagliavini ouvrirait le canal politique pour demander une explication et empêcher une rupture précipitée. Eliasson informerait les garants et leur demanderait de ne pas prendre de mesures irréversibles avant la consultation urgente.
Si le lancement résultait d’une ambiguïté, les règles pourraient être précisées. S’il constituait une violation limitée, la contrepartie correspondante serait suspendue. S’il révélait une stratégie délibérée de contournement, le trio recommanderait une réponse plus importante. La crise serait ainsi traitée simultanément sur les plans technique, politique et international.
Cinquième phase — Transformer l’essai en institution
Après une période de respect vérifié, le trio proposerait une nouvelle étape. Les enseignements du premier accord seraient intégrés aux protocoles suivants. Les mécanismes qui fonctionnent seraient transférés à des institutions permanentes; ceux qui échouent seraient corrigés sans remettre en cause tout le processus.
La facilitation deviendrait progressivement moins personnelle. Les hotlines appartiendraient aux gouvernements, les inspections aux organismes mandatés et les garanties aux États qui les ont signées. La réussite ultime du trio serait de rendre sa propre présence de moins en moins indispensable.
Ce que la combinaison rend possible
Cette répartition permettrait de travailler simultanément sur trois conditions qui sont trop souvent traitées séparément :
| Capacité combinée | Impact recherché |
| Dialogue politique et canal confidentiel | Découvrir les compromis possibles avant leur exposition publique |
| Expertise militaire et vérification | Transformer les promesses en obligations observables |
| Accès aux puissances et à l’ONU | Obtenir les garanties et contreparties nécessaires |
| Coordination permanente | Empêcher les contradictions entre les différents dossiers |
| Intervention conjointe en crise | Distinguer rapidement l’incident, la violation et la rupture stratégique |
| Mémoire institutionnelle | Préserver les progrès malgré les changements de gouvernement ou de négociateurs |
Un multiplicateur de crédibilité
Pris séparément, chaque facilitateur pourrait produire des propositions utiles. Ensemble, ils pourraient vérifier qu’une proposition est simultanément acceptable politiquement, applicable militairement et soutenable internationalement. Cette validation croisée réduirait le nombre de promesses séduisantes sur papier, mais impossibles à exécuter.
6.6. Analyse stratégique — Ces possibilités existent
Une démonstration de capacité
Le choix de ces trois personnes permet de rendre le projet concret. Il montre que les compétences nécessaires ne relèvent pas de la fiction : négociation dans des conflits armés, conception de mesures de confiance, direction d’organisations multilatérales et mobilisation de grandes puissances. D’autres personnalités pourraient naturellement remplir ces fonctions. L’essentiel est la combinaison des compétences, non le caractère irremplaçable des noms proposés.
Une équipe crédible ne garantit pas la paix
Il faut néanmoins éviter de transformer l’expérience diplomatique en pouvoir magique. Heidi Tagliavini, Thomas Greminger et Jan Eliasson ont travaillé dans des institutions et des processus qui ont eux-mêmes connu des blocages ou des échecs. Cela ne diminue pas leur compétence; cela rappelle qu’aucun facilitateur ne peut fabriquer la volonté politique des parties ni neutraliser à lui seul les rivalités des grandes puissances.
Ce que le trio peut réellement changer
Une telle équipe pourrait toutefois améliorer la qualité du processus. Elle réduirait les erreurs de conception, détecterait plus tôt les incompatibilités, protégerait les canaux de communication et empêcherait qu’un dossier technique soit confondu avec une rupture politique. Elle ne rendrait pas la paix certaine, mais elle augmenterait sa probabilité et sa capacité à survivre aux premières crises.
Du pouvoir personnel au pouvoir positif
Le pouvoir positif d’un tel trio ne viendrait pas de sa capacité à contraindre les parties. Il résiderait dans sa capacité à faire apparaître des possibilités que les adversaires ne peuvent pas explorer seuls : une concession reformulée, une inspection moins intrusive, une garantie extérieure mieux ciblée ou une réponse à une violation qui protège l’accord sans l’affaiblir.
Une architecture transmissible
Cette simulation offre également un modèle pouvant survivre aux personnes choisies. Les trois fonctions — politique, militaire et multilatérale — pourraient devenir des composantes permanentes d’un secrétariat de paix. Les premiers facilitateurs établiraient la méthode, formeraient leurs équipes et prépareraient leur relève. Le processus gagnerait ainsi une compétence institutionnelle plutôt qu’une simple addition de réputations individuelles.
Synthèse stratégique — Rendre la paix praticable
Les parties coréennes possèdent la décision. Les puissances garantes fournissent les engagements extérieurs. Le trio de facilitateurs relie ces deux niveaux, transforme les intentions en mécanismes et protège leur cohérence pendant les crises. Les personnes compétentes existent, les précédents institutionnels existent et les outils de vérification existent. Ce qui manque n’est donc pas la capacité de concevoir un processus crédible, mais la décision politique de l’entreprendre et de lui donner le temps nécessaire.
Passer des personnes au processus
Une équipe compétente ne peut réussir sans une séquence de travail précise. Il reste à déterminer comment elle entrerait en fonction, quelles mesures seraient négociées en premier, à quel moment les puissances garantes interviendraient et selon quels critères le processus passerait d’une étape à la suivante. Après avoir identifié ceux qui pourraient faciliter la paix, il faut maintenant construire le chemin qu’ils auraient à parcourir.
Département fédéral suisse des affaires étrangères
7. Les étapes d’un processus crédible
Remplacer le grand sommet par une progression
Un processus crédible ne commencerait pas par la rédaction précipitée d’un traité définitif. Il avancerait par phases, chacune poursuivant un objectif limité et préparant la suivante. La priorité serait d’abord d’empêcher une nouvelle détérioration, puis de produire des résultats visibles, de négocier les accords politiques, de les formaliser et, enfin, de créer suffisamment d’intérêts communs pour rendre la confrontation moins avantageuse.
Des phases fondées sur des conditions
Le passage d’une phase à l’autre ne devrait pas dépendre uniquement d’une date. Il devrait reposer sur des résultats observables : communications fonctionnelles, engagements appliqués, incidents correctement traités et contreparties effectivement fournies. Un calendrier resterait nécessaire pour empêcher les négociations de s’éterniser, mais le temps écoulé ne pourrait pas remplacer le travail accompli.
Avancer sans brûler les étapes
Les cinq phases pourraient se chevaucher partiellement. Une mesure humanitaire ne devrait pas attendre la conclusion d’un traité, tandis qu’une discussion exploratoire sur le nucléaire pourrait commencer avant la fin de la stabilisation militaire. Cependant, aucune avancée majeure ne devrait être mise en œuvre avant que les mécanismes nécessaires à sa protection et à sa vérification soient disponibles.
Préserver les progrès partiels
Une crise dans une phase ne ferait pas automatiquement disparaître les résultats obtenus dans les autres. Les communications militaires pourraient être maintenues malgré un désaccord économique; l’aide humanitaire pourrait continuer malgré la suspension d’une inspection; une négociation nucléaire pourrait ralentir sans entraîner la fermeture des mécanismes de prévention des incidents. Cette séparation contrôlée empêcherait la logique du « tout ou rien » de réapparaître sous une nouvelle forme.
Une évaluation commune
À la fin de chaque phase, les parties, les facilitateurs et les garants concernés devraient produire une évaluation distinguant les engagements respectés, les problèmes non résolus et les violations confirmées. Les deux Corées conserveraient la décision politique de progresser, mais cette décision serait éclairée par des observations communes plutôt que par des déclarations contradictoires.
Phase 1 — Empêcher la détérioration
Objectif — Créer un minimum de prévisibilité
La première phase ne chercherait pas encore à résoudre le conflit nucléaire ni à remplacer l’armistice. Elle viserait un résultat plus élémentaire, mais indispensable : empêcher qu’un incident, une erreur d’interprétation ou une provocation ne déclenche une escalade avant que les négociations sérieuses puissent commencer. À ce stade, la réussite se mesurerait moins à l’importance des concessions qu’à la capacité des parties de prévoir leurs comportements et de communiquer pendant une crise.
Stabiliser avant de négocier
Lorsqu’une relation est fortement dégradée, même une proposition raisonnable peut être interprétée comme un piège. Les premières mesures devraient donc réduire l’incertitude sans exiger des parties qu’elles renoncent immédiatement à leurs principaux moyens de pression. Cette phase construirait le plancher de sécurité sur lequel les négociations suivantes pourraient s’appuyer.
Rétablir les communications
Les deux Corées devraient rétablir ou confirmer plusieurs canaux distincts : hotline militaire, liaison politique, communication maritime et contacts techniques nécessaires aux questions humanitaires. Chaque ligne devrait être testée régulièrement selon un horaire convenu. L’existence d’un téléphone rouge impressionne toujours un peu; encore faut-il que quelqu’un décroche et sache qui appeler ensuite.
Prévoir des moyens de remplacement
Un seul canal pourrait être interrompu par une panne, une décision politique ou un incident militaire. Le système devrait donc prévoir des moyens secondaires : liaison sécurisée, intermédiaire diplomatique, centre de communication de remplacement ou transmission par les facilitateurs. Les procédures d’authentification devraient empêcher qu’un faux message ou une communication mal attribuée provoque une réaction militaire.
Définir les personnes responsables
Chaque canal devrait posséder des interlocuteurs identifiés, des remplaçants et une chaîne de transmission précise. Une communication urgente ne doit pas se perdre entre un opérateur sans autorité et un dirigeant impossible à joindre. Les responsables devraient pouvoir confirmer rapidement la réception d’un message, demander une précision et transmettre une information aux autorités compétentes.
Protéger le dialogue contre les incidents
Les parties devraient adopter une clause de continuité les engageant à poursuivre les échanges même après un incident. Elles conserveraient le droit de suspendre une réunion particulière ou une contrepartie directement concernée, mais ne pourraient pas fermer l’ensemble des canaux sans consultation préalable, sauf en présence d’une menace militaire immédiate.
Maintenir une réunion minimale
Même pendant une crise, une rencontre technique ou politique devrait avoir lieu dans un délai prédéterminé. Elle pourrait se dérouler directement, à distance ou par l’intermédiaire des facilitateurs. Son objectif ne serait pas d’obliger les parties à se réconcilier en pleine confrontation, mais de confirmer les faits connus, préserver les communications et fixer la prochaine étape.
Reprendre des mécanismes déjà expérimentés
Les déclarations intercoréennes antérieures offrent des précédents utiles. La Déclaration de Panmunjom de 2018 prévoyait notamment des communications plus étroites, des discussions militaires, l’établissement d’un bureau de liaison et la reprise des réunions de familles séparées. Ces mécanismes n’ont pas résisté durablement à la dégradation politique, mais ils démontrent qu’ils sont techniquement et diplomatiquement concevables. Déclaration de Panmunjom
Notifier les activités militaires majeures
Les deux Corées, ainsi que les forces extérieures concernées, devraient communiquer à l’avance les activités militaires dépassant certains seuils. Une notification initiale pourrait préciser la période, la zone générale, la durée, l’ampleur approximative des forces mobilisées et les catégories principales d’équipement. Cette mesure ne demanderait pas la divulgation des plans opérationnels détaillés.
Concentrer l’effort sur les activités sensibles
La première phase ne pourrait pas couvrir immédiatement toutes les opérations militaires. Elle devrait cibler les activités les plus susceptibles d’être interprétées comme la préparation d’une attaque : exercices de grande ampleur, mouvements près de la zone démilitarisée, tirs d’artillerie dans les secteurs sensibles, mobilisation de missiles ou engagement de moyens aériens stratégiques.
Signaler les modifications importantes
Une activité annoncée peut changer de nature après sa notification. Toute augmentation importante du nombre de forces, prolongation inhabituelle, modification de zone ou ajout d’armements sensibles devrait donc être communiquée. Une absence de notification entraînerait une demande d’explication et une consultation urgente, mais ne serait pas automatiquement considérée comme la préparation d’une offensive.
Commencer par des gestes humanitaires
Les premiers gestes devraient produire un bénéfice directement perceptible sans modifier immédiatement l’équilibre militaire. Les parties pourraient échanger des listes actualisées de familles séparées, rétablir les canaux de recherche de personnes, faciliter l’acheminement de médicaments ou coordonner la prévention des maladies transmissibles et des catastrophes naturelles.
Protéger l’aide essentielle
L’aide alimentaire et médicale indispensable ne devrait pas être présentée comme une récompense politique accordée à Pyongyang. Son acheminement devrait respecter les sanctions applicables, comporter des mécanismes de suivi et viser directement les populations. Les exemptions humanitaires existantes pourraient être utilisées, avec l’appui des organismes internationaux compétents, plutôt que de créer des circuits opaques susceptibles d’alimenter la méfiance.
Choisir des gestes réalisables
La première mesure humanitaire devrait être suffisamment limitée pour être mise en œuvre rapidement, mais assez concrète pour être vérifiée. Une livraison médicale contrôlée, l’échange de renseignements sanitaires ou la préparation d’une rencontre de familles serait préférable à l’annonce d’un vaste programme dont le financement, l’accès et le calendrier demeurent incertains.
Désigner officiellement les facilitateurs
Les deux Corées devraient adresser une invitation commune aux facilitateurs et faire accepter leur rôle par les autres participants concernés. Cette désignation confirmerait que leur présence ne résulte pas de l’initiative unilatérale d’une puissance extérieure. Elle préciserait également que leur mandat ne leur permet ni d’arbitrer le conflit ni d’imposer un accord.
Définir le mandat initial
Durant la première phase, les facilitateurs seraient autorisés à organiser les réunions, transmettre des messages confidentiels, proposer des ordres du jour et intervenir lorsqu’un canal direct devient inutilisable. Ils recevraient les coordonnées des responsables politiques, militaires et humanitaires désignés par chaque partie. Leur mandat serait révisé avant l’ouverture des négociations plus substantielles.
Installer un secrétariat minimal
Une petite équipe commune devrait consigner les réunions, conserver les formulations acceptées et suivre l’exécution des mesures initiales. Elle pourrait fonctionner depuis un lieu accepté par les parties, avec des moyens sécurisés de communication et des bureaux de liaison temporaires. Cette mémoire institutionnelle empêcherait que les engagements disparaissent avec le remplacement d’un négociateur.
Adopter un protocole d’urgence
La phase 1 devrait produire une procédure simple applicable à tout incident grave :
- confirmation de la réception de l’alerte;
- échange des premières informations disponibles;
- demande officielle d’explication;
- consultation militaire urgente;
- intervention des facilitateurs si les récits divergent;
- décision sur une mesure temporaire et proportionnelle;
- poursuite de l’enquête sans fermeture des communications essentielles.
Cette procédure ne préjugerait pas de la responsabilité finale. Elle créerait un délai de réflexion entre l’incident et la réaction.
Une période d’observation
Une première période de fonctionnement pourrait être fixée — par exemple de trois à six mois — afin de tester les communications, les notifications et la capacité des parties à traiter les incidents. Cette durée constitue ici une proposition stratégique, non une modalité déjà négociée. Elle devrait être assez longue pour observer les comportements, sans permettre que la phase provisoire devienne un substitut permanent aux négociations politiques.
Des critères de progression
Le passage à la deuxième phase pourrait être envisagé lorsque plusieurs conditions seraient réunies :
● les canaux de communication ont été rétablis et testés;
● des interlocuteurs permanents ont été désignés;
● les activités militaires majeures sont notifiées;
● au moins une consultation d’urgence a été simulée ou utilisée;
● une première mesure humanitaire a été réalisée;
● les facilitateurs disposent d’un mandat et d’un accès aux parties;
● aucune violation grave n’est demeurée sans procédure d’examen.
Ces critères évalueraient la capacité du système à fonctionner, et non l’apparition soudaine d’une confiance politique complète.
Ne pas confondre prudence et immobilité
Une anomalie limitée ne devrait pas prolonger indéfiniment la phase 1. Si elle est expliquée, corrigée ou encadrée par une réponse proportionnelle, elle peut au contraire démontrer que le mécanisme fonctionne. Le véritable signal d’échec serait le refus persistant de communiquer, la répétition délibérée d’activités non déclarées ou l’utilisation des échanges pour préparer une escalade.
Synthèse stratégique — Installer les freins
La première phase ne produirait probablement aucune photographie historique ni grande cérémonie. Elle accomplirait quelque chose de plus utile : installer les freins du processus. Communications redondantes, notifications militaires, continuité du dialogue, gestes humanitaires et facilitateurs officiellement mandatés créeraient un minimum de prévisibilité. Une fois cette base éprouvée, la deuxième phase pourrait chercher non seulement à empêcher la détérioration, mais à démontrer que la coopération produit des résultats visibles.
Phase 2 — Obtenir des résultats visibles
Objectif — Démontrer l’utilité du dialogue
Après avoir installé les mécanismes destinés à empêcher une détérioration, la deuxième phase devrait produire des résultats concrets. Les populations, les forces armées et les gouvernements doivent pouvoir constater que le dialogue modifie réellement certains comportements. Il ne suffit plus que les parties se parlent : elles doivent commencer à résoudre des problèmes, réduire des risques et améliorer des conditions de vie.
Des résultats modestes, mais complets
Les premières réalisations n’ont pas besoin d’être spectaculaires. Elles doivent surtout être entièrement exécutées. Une mesure limitée, vérifiée et accompagnée de sa contrepartie possède davantage de valeur qu’une déclaration historique dont les modalités restent indéfinies. Cette phase testerait donc la capacité des parties à parcourir un cycle complet : négocier, appliquer, vérifier, corriger et maintenir.
Éviter la diplomatie du spectacle
Un résultat visible n’est pas nécessairement un sommet ou une cérémonie. Il peut s’agir d’un incident réglé sans échange de tirs, d’un exercice correctement notifié, d’une réunion tenue malgré une tension ou d’un projet sanitaire ayant atteint ses bénéficiaires. La visibilité recherchée doit démontrer l’efficacité du processus, non produire artificiellement une image d’harmonie.
Créer un mécanisme de prévention des incidents
Les communications rétablies durant la première phase devraient être intégrées à un mécanisme permanent de prévention des incidents. Une cellule conjointe pourrait recevoir les alertes, confirmer les faits disponibles et joindre immédiatement les autorités militaires ou civiles concernées. Les facilitateurs ou des experts neutres pourraient y participer lorsque les versions des parties sont incompatibles.
Définir les événements déclencheurs
L’activation du mécanisme ne devrait pas dépendre du bon vouloir politique du moment. Elle serait automatique après certains événements : échange de tirs, franchissement d’une ligne maritime ou terrestre, lancement non annoncé, intrusion aérienne, interruption prolongée d’une hotline ou découverte d’une activité militaire inhabituelle dans une zone surveillée.
Agir avant l’accusation publique
Lorsqu’un incident survient, les parties devraient d’abord confirmer sa nature par les canaux convenus avant de publier une accusation définitive. Elles pourraient communiquer les faits connus et les mesures de protection adoptées, mais s’engageraient à distinguer les informations établies des hypothèses. Ce délai réduirait la pression publique poussant les gouvernements à riposter avant même de comprendre ce qui s’est produit.
Tirer les leçons de chaque incident
Après chaque activation, le mécanisme produirait un court rapport : circonstances, communications échangées, délais de réaction, décisions prises et améliorations nécessaires. Même lorsqu’aucune responsabilité commune ne peut être établie, les parties peuvent apprendre qu’une ligne téléphonique a mal fonctionné, qu’un règlement était ambigu ou qu’un commandement n’avait pas reçu la bonne information.
Instituer des réunions régulières
Le dialogue ne devrait plus dépendre de convocations exceptionnelles. Des réunions politiques, militaires, humanitaires et techniques seraient inscrites à un calendrier régulier. Leur tenue deviendrait une obligation procédurale, même lorsqu’aucune avancée immédiate n’est attendue. Une réunion difficile qui a lieu peut préserver un processus; une réunion indéfiniment reportée ne produit que du silence.
Travailler à plusieurs niveaux
Les rencontres pourraient être réparties selon quatre niveaux complémentaires :
| Niveau | Fonction principale |
| Politique | Fixer les orientations et régler les blocages importants |
| Militaire | Prévenir les incidents et appliquer les mesures de confiance |
| Technique | Préparer les inspections, les projets et les échéanciers |
| Humanitaire | Organiser l’aide, les échanges familiaux et les mesures sanitaires |
Cette organisation éviterait qu’un désaccord entre les dirigeants immobilise tous les travaux spécialisés.
Prévoir une réunion de remplacement
Si une rencontre officielle est annulée, une réunion technique ou une consultation facilitée devrait automatiquement la remplacer. Le but ne serait pas de faire semblant que la crise n’existe pas, mais de préserver un minimum de continuité. Toute annulation devrait être accompagnée d’une explication et d’une nouvelle date.
Négocier un moratoire limité
La deuxième phase pourrait introduire un moratoire portant sur une activité militaire ou stratégique précisément définie. Il pourrait concerner une catégorie d’essais, certains lancements, les tirs dans une zone sensible ou le déploiement de capacités déterminées. Le moratoire ne serait pas présenté comme un désarmement définitif, mais comme une période d’observation permettant de tester la retenue réciproque.
Définir exactement sa portée
Le texte devrait préciser :
● les activités interdites;
● les équipements et les zones concernés;
● la date d’entrée en vigueur;
● la durée initiale;
● les exceptions autorisées;
● les moyens de vérification;
● la contrepartie correspondante;
● et les conséquences d’une violation.
Sans ces précisions, les parties pourraient respecter des interprétations différentes du même engagement et s’accuser ensuite mutuellement de mauvaise foi.
Prévoir une durée renouvelable
Le premier moratoire pourrait être relativement court, par exemple six mois, puis être renouvelé si son respect est confirmé. Cette durée est une proposition stratégique et non une modalité déjà acceptée. Elle offrirait assez de temps pour observer les comportements sans demander à une partie de prendre immédiatement un engagement irréversible.
Associer une contrepartie proportionnelle
Le moratoire devrait être accompagné d’une mesure correspondant à sa portée : adaptation ciblée de certaines activités militaires, exemption humanitaire, assistance énergétique limitée ou suspension temporaire d’une nouvelle mesure restrictive. La contrepartie devrait entrer en vigueur selon un calendrier connu et pouvoir être suspendue si la violation du moratoire est confirmée.
Ne pas surcharger le premier test
Le moratoire initial ne devrait pas chercher à couvrir l’ensemble du programme nucléaire et balistique nord-coréen. Plus son périmètre serait vaste, plus sa vérification et sa contrepartie deviendraient complexes. Son objectif serait de démontrer qu’un engagement de sécurité peut être défini, observé et respecté, avant d’entreprendre un plafonnement plus ambitieux.
Consolider les mesures humanitaires
Les premiers gestes de la phase précédente devraient devenir des programmes réguliers. Les parties pourraient établir un calendrier de rencontres de familles séparées, mettre en place des échanges vidéo pour les personnes incapables de voyager et créer une procédure permanente de vérification des liens familiaux. Elles pourraient également coopérer pour retrouver des personnes disparues ou identifier des dépouilles.
Protéger les personnes participantes
Les mesures humanitaires ne devraient pas exposer les bénéficiaires à des pressions politiques ou médiatiques. Les critères de participation, la protection des renseignements personnels et les conditions de déplacement devraient être convenus à l’avance. Les familles ne doivent pas devenir les figurantes d’une cérémonie diplomatique dont la répétition dépend ensuite de l’humeur des gouvernements.
Coopérer en matière de santé
Un premier programme sanitaire pourrait concerner une maladie transmissible, la santé maternelle, la vaccination, l’accès à l’eau ou la préparation aux épidémies. Une organisation internationale reconnue pourrait superviser l’achat du matériel, sa livraison et son utilisation. Les résultats seraient mesurés par des indicateurs sanitaires plutôt que par la valeur politique attribuée au projet.
Choisir un projet pilote
La deuxième phase devrait également lancer un projet pilote économique ou sanitaire limité dans le temps, le territoire et le nombre de participants. Un projet sanitaire serait probablement plus simple au départ, puisqu’il soulèverait moins de risques de financement militaire ou de détournement commercial. Un projet économique pourrait suivre s’il obtient les autorisations nécessaires et respecte les sanctions applicables.
Encadrer le financement
Les fonds pourraient être placés dans un compte contrôlé, les fournisseurs sélectionnés selon des règles transparentes et les biens vérifiés à leur destination. Les paiements directs susceptibles d’être détournés seraient limités. Un rapport indépendant préciserait les ressources engagées, les activités réalisées et les bénéficiaires atteints, sans divulguer inutilement des données personnelles.
Prévoir l’arrêt sans tout détruire
Si le projet pilote est détourné ou rendu inaccessible aux observateurs, son financement pourrait être suspendu. Cette suspension ne devrait pas entraîner automatiquement l’annulation des réunions familiales, la fermeture des hotlines ou la fin du moratoire. La réponse resterait liée au mécanisme défaillant, conformément au principe de réversibilité graduée.
Informer sans fabriquer une victoire
Les parties et les facilitateurs devraient publier périodiquement un bilan commun présentant les résultats obtenus, les retards et les désaccords encore ouverts. La communication devrait éviter aussi bien la propagande triomphaliste que le secret complet. Exagérer les progrès rendrait la prochaine difficulté plus dévastatrice; les minimiser empêcherait les populations de comprendre l’utilité du processus.
Mesurer les résultats
La réussite de la phase pourrait être évaluée à partir d’indicateurs simples :
● nombre d’incidents traités par le mécanisme convenu;
● délai moyen de réponse aux communications urgentes;
● proportion des réunions tenues;
● respect vérifié du moratoire;
● nombre de familles ou de personnes bénéficiant des mesures humanitaires;
● réalisation des objectifs du projet pilote;
● application effective des contreparties promises.
Ces indicateurs ne mesureraient pas encore la paix définitive. Ils indiqueraient si les parties deviennent capables de coopérer de manière prévisible.
Préparer la phase politique
Une fois plusieurs engagements appliqués, le processus disposerait de précédents utiles. Les négociateurs sauraient quels mécanismes fonctionnent, quelles formes de vérification sont acceptables et quelles contreparties peuvent réellement être livrées. Cette expérience permettrait d’aborder la troisième phase avec autre chose que des promesses : une méthode déjà testée.
Synthèse stratégique — Prouver avant de promettre davantage
La deuxième phase aurait réussi si le dialogue commençait à produire des effets que les parties ne voudraient pas perdre : moins d’incidents, des réunions prévisibles, un moratoire respecté, des familles réunies et un projet pilote utile. Ces résultats ne constitueraient pas encore un accord de paix. Ils apporteraient cependant la preuve essentielle qu’un engagement limité peut être exécuté et qu’une coopération encadrée peut procurer davantage de sécurité que la confrontation. C’est sur cette preuve, et non sur un nouvel élan d’optimisme, que pourrait commencer la négociation des trois grands protocoles politiques.
Phase 3 — Construire l’accord politique
Objectif — Transformer la coopération en obligations durables
Les deux premières phases auraient démontré que les parties peuvent communiquer, limiter certains risques et exécuter des engagements circonscrits. La troisième phase changerait d’échelle : il ne s’agirait plus seulement de stabiliser la relation, mais de négocier les règles politiques appelées à l’organiser durablement. Cette construction reposerait sur trois protocoles consacrés respectivement à la paix, au nucléaire et aux relations économiques.
Une architecture plutôt qu’une transaction unique
Les trois protocoles seraient négociés parallèlement, mais séparément. Chacun posséderait sa table de négociation, ses experts, son calendrier et ses mécanismes de vérification. Cette séparation empêcherait qu’un désaccord nucléaire suspende automatiquement les mesures humanitaires ou qu’un problème économique détruise les mécanismes de prévention militaire.
Coordonner sans fusionner
La séparation ne signifierait pas l’indépendance complète. Certaines concessions seraient nécessairement liées : une restriction nucléaire pourrait entraîner une contrepartie économique; une garantie de non-agression pourrait permettre une mesure de transparence militaire. Ces correspondances devraient être explicitement identifiées plutôt que laissées à des attentes implicites.
Trois protocoles sous un cadre commun
Un accord-cadre définirait les principes applicables aux trois dossiers : coexistence, règlement pacifique des différends, réciprocité, vérification, proportionnalité des réponses et maintien des mécanismes essentiels. Les protocoles préciseraient ensuite les obligations propres à chaque domaine. Cette structure permettrait de préserver une direction politique commune sans enfermer toute la paix dans une seule transaction indivisible.
S’appuyer sur les précédents sans les recopier
L’accord intercoréen de 1991 distinguait déjà la réconciliation, la non-agression et la coopération. La déclaration de 1992 traitait séparément de la dénucléarisation, tandis que les pourparlers à six ont ensuite associé mesures nucléaires, garanties de sécurité et contreparties économiques. Ces textes fournissent un vocabulaire et des précédents institutionnels utiles, même si leurs mécanismes se sont révélés insuffisants pour résister aux crises ultérieures. Accord intercoréen sur la réconciliation, la non-agression, les échanges et la coopération Déclaration commune sur la dénucléarisation de la péninsule
Une direction politique commune
Un comité directeur réunissant les deux Corées, les facilitateurs et, selon les sujets, les représentants des puissances concernées superviserait la cohérence générale. Il ne rédigerait pas chaque disposition, mais trancherait les questions dépassant un seul protocole : calendrier global, correspondance entre engagements, résolution des contradictions et préparation de la signature finale.
Trois tables spécialisées
Chaque protocole serait négocié par une table possédant une composition adaptée :
| Table de négociation | Participants principaux | Compétences requises |
| Paix et non-agression | Deux Corées, autorités militaires concernées et experts juridiques | Droit international, armistice, sécurité conventionnelle |
| Nucléaire et missiles | Deux Corées, puissances concernées et organismes de vérification | Nucléaire, balistique, renseignement technique, garanties |
| Sanctions, économie et coopération | Deux Corées, États responsables des sanctions et organisations compétentes | Droit des sanctions, financement, commerce, aide humanitaire |
Les facilitateurs assureraient la circulation des informations entre les tables sans permettre à l’une d’elles de prendre le contrôle des deux autres.
Un langage commun
Avant de rédiger les obligations, les parties devraient s’entendre sur les mots utilisés. Que signifie « dénucléarisation de la péninsule »? Quelles activités constituent un « essai »? Quelle différence existe entre une inspection, une visite technique et un accès contrôlé? Que couvre une garantie de non-agression? Une annexe de définitions réduirait la possibilité que les parties signent les mêmes phrases en leur attribuant des significations incompatibles.
Établir une situation de référence
Chaque protocole devrait aussi partir d’un état initial suffisamment documenté. Pour la sécurité conventionnelle, il faudrait identifier les mécanismes militaires existants et les principales zones de risque. Pour le nucléaire, une déclaration progressive des installations et capacités couvertes serait nécessaire. Pour l’économie, il faudrait dresser la liste des sanctions, exemptions, restrictions nationales et projets déjà autorisés.
Protocole 1 — Paix et non-agression
Affirmer la coexistence
Le premier protocole établirait que les deux Corées renoncent à employer la force pour imposer une réunification, renverser le gouvernement adverse ou modifier unilatéralement la situation territoriale. Cette reconnaissance de coexistence ne réglerait pas immédiatement toutes les questions constitutionnelles ou identitaires. Elle fixerait une règle plus urgente : aucun des deux systèmes ne peut chercher à supprimer l’autre par la guerre.
Définir la non-agression
Une déclaration générale de non-agression serait insuffisante si les comportements interdits ne sont pas précisés. Le protocole devrait couvrir les attaques directes, les incursions, les tirs non autorisés, les opérations de sabotage, certaines actions cybernétiques contre les infrastructures essentielles et le soutien à des groupes chargés de mener des actes violents sur le territoire adverse.
Préserver le droit à la défense
La non-agression ne supprimerait pas le droit de chaque partie de maintenir des forces défensives ou de répondre à une attaque immédiate. Elle devrait cependant interdire que cette exception soit utilisée pour justifier une escalade préventive reposant uniquement sur une intention supposée. Toute mesure défensive prise après un incident devrait demeurer nécessaire, proportionnelle et soumise à une consultation dès que la menace immédiate disparaît.
Gérer les frontières sans tout résoudre
Le protocole pourrait fixer des règles pratiques concernant la ligne de démarcation militaire et les secteurs maritimes contestés sans exiger un règlement territorial définitif. Les parties pourraient convenir que le respect opérationnel d’une ligne ne vaut pas renonciation à leurs revendications juridiques. Cette distinction permettrait de prévenir les incidents sans obliger immédiatement un gouvernement à abandonner une position historique.
Consolider les mesures militaires
Les mécanismes testés durant les deux premières phases deviendraient des obligations permanentes : hotlines, notifications d’exercices, zones de prudence, enquêtes conjointes et rencontres régulières entre commandements. De nouvelles mesures pourraient être ajoutées progressivement, notamment le retrait de certains équipements, la limitation de manœuvres près de la frontière ou l’observation réciproque d’activités déterminées.
Transformer les institutions de l’armistice
Le protocole devrait préparer le remplacement gradué des structures créées en 1953. Il préciserait quelles fonctions de la Commission d’armistice militaire, du Commandement des Nations unies et de la Commission de supervision des nations neutres sont maintenues, transférées ou confiées à de nouvelles institutions. Aucun mécanisme essentiel ne devrait être aboli avant que son successeur soit opérationnel.
Créer une commission intercoréenne de sécurité
Une commission permanente pourrait réunir des représentants politiques et militaires des deux Corées, accompagnés d’observateurs neutres lorsque nécessaire. Elle superviserait les notifications, examinerait les incidents, recommanderait des ajustements et préparerait de nouvelles mesures de confiance. Ses décisions techniques seraient consignées afin de préserver leur continuité.
Prévoir le règlement des différends
Le protocole établirait une séquence de règlement : consultation directe, réunion urgente de la commission, intervention des facilitateurs, examen technique indépendant et, si nécessaire, consultation des garants. L’absence d’entente sur la responsabilité ne devrait pas empêcher l’adoption de mesures temporaires destinées à éviter la répétition de l’incident.
Protocole 2 — Nucléaire et missiles
Partir de la situation réelle
Le protocole nucléaire ne pourrait être fondé sur l’hypothèse que les capacités existantes disparaîtront immédiatement. Il devrait reconnaître leur présence comme un problème de sécurité à réduire, sans nécessairement reconnaître juridiquement la Corée du Nord comme un État doté d’armes nucléaires. Cette distinction permettrait de négocier des limitations concrètes sans transformer une situation de fait en statut définitif.
Stabiliser avant de réduire
La première étape consisterait à empêcher l’augmentation ou la diversification de certaines capacités. Un gel ou un plafonnement vérifiable pourrait concerner des essais, des matières, des installations ou des catégories de vecteurs. Une fois cette stabilisation confirmée, le protocole pourrait prévoir des réductions graduelles, puis le démantèlement de capacités déterminées.
Diviser le programme en catégories
Les armes nucléaires, les matières fissiles, les installations de production, les sites d’essais, les missiles et les technologies de prolifération ne devraient pas être traités comme un seul objet. Chaque catégorie possède ses propres risques et moyens de vérification. Le protocole pourrait donc établir plusieurs séquences parallèles, certaines progressant plus rapidement que d’autres.
Organiser une transparence progressive
Pyongyang pourrait commencer par déclarer les installations directement couvertes par le premier plafonnement. Des déclarations plus complètes suivraient à mesure que les mesures de sécurité et les contreparties sont appliquées. Les informations sensibles seraient communiquées aux vérificateurs autorisés et ne seraient pas nécessairement rendues publiques dans leur totalité.
Cibler les inspections
Les premières inspections répondraient à des questions précises : une installation a-t-elle cessé son activité? Un stock déclaré demeure-t-il sous scellés? Un site a-t-il été démantelé conformément au calendrier? Cette approche limitée serait moins intrusive qu’un accès immédiat à l’ensemble du complexe militaire, tout en produisant des résultats vérifiables.
Encadrer les missiles
Le protocole devrait distinguer les essais, la production, le déploiement et l’exportation. Un moratoire sur certains lancements ne suffit pas s’il permet parallèlement une augmentation illimitée des stocks. À l’inverse, un plafonnement de la production peut être utile même si toutes les catégories de missiles ne sont pas immédiatement éliminées.
Prévenir la prolifération
L’interdiction de transférer des matières, technologies, composants ou savoir-faire liés aux armes nucléaires et aux missiles devrait constituer une obligation prioritaire. Cette disposition concernerait la Corée du Nord, mais également les puissances et réseaux susceptibles de lui fournir des capacités interdites. Les garants devraient déclarer et contrôler leurs propres engagements dans ce domaine.
Fournir des garanties de sécurité
Chaque limitation nord-coréenne devrait correspondre à une amélioration identifiable de sa sécurité : garantie de non-agression, adaptation d’une activité militaire, dialogue diplomatique ou contrepartie économique. Ces garanties ne signifieraient pas que les autres États renoncent à défendre la Corée du Sud. Elles viseraient à réduire l’utilité que Pyongyang attribue à l’expansion de son arsenal.
Maintenir l’objectif de long terme
La dénucléarisation pourrait demeurer l’objectif final du protocole sans être exigée comme condition préalable à toute paix. Le texte fixerait une direction, des étapes et des révisions périodiques. Si une réduction complète devient inaccessible à court terme, les plafonnements, interdictions de transfert et mécanismes de surveillance conserveraient leur valeur propre.
Protocole 3 — Sanctions, économie et coopération
Cartographier les mesures existantes
Avant de promettre un allègement, les négociateurs devraient déterminer qui possède l’autorité de le décider. Certaines sanctions relèvent du Conseil de sécurité, d’autres des États-Unis, de la Corée du Sud, du Japon ou d’autres gouvernements. Une annexe indiquerait, pour chaque mesure, l’autorité compétente, les conditions de modification et les exemptions déjà disponibles.
Construire une échelle de contreparties
L’allègement ne devrait pas prendre la forme d’un abandon général des sanctions. Le protocole établirait une échelle allant des exemptions humanitaires aux projets pilotes, puis aux suspensions temporaires et aux levées plus substantielles. Chaque niveau correspondrait à des engagements précis et vérifiés dans les autres protocoles.
Distinguer suspension et suppression
Une sanction pourrait d’abord être suspendue pour une période déterminée tout en demeurant juridiquement disponible. Si l’engagement correspondant est respecté pendant plusieurs cycles, elle pourrait être abrogée. Cette progression offrirait une récompense réelle sans obliger les gouvernements à abandonner immédiatement tout levier de réaction.
Protéger l’économie civile
Les projets autorisés devraient viser l’alimentation, la santé, l’énergie civile, les infrastructures, les communications ou la gestion des catastrophes. Leur conception devrait réduire les possibilités de transfert vers les programmes militaires. Les biens à double usage exigeraient des autorisations, une traçabilité et des inspections adaptées.
Encadrer les ressources
Les fonds pourraient être administrés par des mécanismes contrôlés, avec paiements directs aux fournisseurs, audits indépendants et vérification de la destination des biens. Cette surveillance ne devrait pas être punitive ou inutilement humiliante. Elle servirait à démontrer aux gouvernements responsables des sanctions que les contreparties produisent l’effet annoncé.
Préserver un corridor humanitaire
L’aide alimentaire et médicale essentielle devrait être isolée autant que possible des différends stratégiques. Une violation nucléaire ne devrait pas automatiquement interrompre les traitements, les vaccinations ou l’assistance vitale. Le protocole prévoirait un financement protégé et des procédures accélérées d’exemption.
Prévoir une réversibilité ciblée
Si un projet est détourné, seule l’autorisation ou la contrepartie concernée devrait d’abord être suspendue. Le rétablissement plus large des sanctions serait réservé aux violations graves ou répétées. Cette gradation empêcherait qu’un problème administratif limité fasse disparaître toutes les incitations économiques à respecter l’accord.
Créer des intérêts durables
À plus long terme, les projets devraient produire des relations que les parties auraient intérêt à préserver : infrastructures partagées, réseaux sanitaires, gestion de l’eau, prévention des catastrophes et chaînes d’approvisionnement civiles. L’objectif n’est pas de croire naïvement que le commerce supprime les conflits, mais de faire en sorte que leur reprise entraîne des pertes concrètes pour davantage d’acteurs.
Coordonner les trois protocoles
Construire une matrice des engagements
Chaque engagement lié à un autre protocole devrait être inscrit dans une matrice commune. Celle-ci préciserait l’action attendue, son moyen de vérification, sa contrepartie, son échéance et la réponse prévue en cas de violation.
| Action initiale | Vérification | Contrepartie coordonnée |
| Maintien d’un moratoire déterminé | Surveillance technique et rapport périodique | Autorisation d’un projet sanitaire |
| Notification régulière des exercices | Registre commun et observation convenue | Ajustement réciproque de certaines activités |
| Accès à une installation définie | Inspection contrôlée | Suspension temporaire d’une restriction ciblée |
| Plafonnement vérifié d’une capacité | Déclarations, capteurs et visites | Élargissement d’un projet économique |
| Respect prolongé de la non-agression | Rapports sur les incidents | Renforcement des garanties diplomatiques |
Ces correspondances seraient des options négociées, non des échanges déjà acceptés.
Empêcher le veto automatique
Un protocole ne devrait pas disposer du pouvoir de suspendre automatiquement les deux autres. Une violation nucléaire pourrait interrompre la contrepartie économique qui lui est associée, mais pas nécessairement les réunions familiales ou les communications militaires. Inversement, un incident frontalier ne devrait pas annuler une inspection nucléaire qui demeure utile à la sécurité commune.
Reconnaître les violations transversales
Certaines violations toucheraient néanmoins l’ensemble du processus. Une attaque militaire majeure, un nouvel essai nucléaire particulièrement déstabilisateur ou une fraude organisée dans plusieurs mécanismes pourrait justifier une consultation générale. La décision d’élargir la réponse devrait être collective, motivée et fondée sur la gravité observée plutôt que sur une clause automatique.
Synchroniser les calendriers
Les trois tables devraient travailler selon des cycles communs. À la fin de chaque cycle, le comité directeur examinerait ce qui a été convenu, ce qui peut entrer en vigueur et quelles contreparties sont disponibles. Cette synchronisation éviterait qu’un protocole accumule les obligations pendant qu’un autre reporte indéfiniment les bénéfices promis.
Préparer des annexes techniques
Le texte politique principal resterait relativement stable, tandis que des annexes préciseraient les sites, seuils, calendriers, méthodes d’inspection et listes de projets. Certaines annexes seraient publiques; d’autres demeureraient confidentielles pour protéger les renseignements militaires. Leur modification pourrait suivre une procédure plus souple que celle applicable à l’accord principal.
Tester les dispositions avant la signature
Lorsqu’une procédure est particulièrement complexe, les parties pourraient la simuler ou l’appliquer provisoirement. Une inspection expérimentale, une fausse alerte militaire ou un exercice de suspension de sanction permettrait de découvrir les problèmes avant qu’ils ne provoquent une véritable crise. Les protocoles seraient alors corrigés à partir de l’expérience plutôt que de suppositions.
Consulter les institutions nationales
La Corée du Sud devrait associer suffisamment tôt son Parlement, ses administrations et les principaux courants politiques afin que l’accord ne dépende pas uniquement du gouvernement en fonction. Les puissances garantes devraient également vérifier quelles dispositions exigent une autorisation législative, réglementaire ou budgétaire. Une promesse que son signataire n’a pas le pouvoir d’exécuter n’est pas une garantie; c’est une surprise programmée.
Protéger la négociation sans cacher l’accord
Les échanges exploratoires devraient demeurer confidentiels pour permettre les compromis. Cependant, les principes essentiels, les responsabilités institutionnelles et les conséquences financières ou militaires devraient être expliqués avant la formalisation. Cette transparence faciliterait l’appropriation politique et empêcherait que l’accord soit découvert seulement au moment où les gouvernements demandent son approbation.
Vérifier la capacité d’exécution
Avant de conclure la phase, chaque partie devrait démontrer qu’elle possède les institutions, les ressources et les autorités nécessaires à l’application des protocoles. Les équipes d’inspection devraient être formées, les budgets prévus, les canaux de communication testés et les décisions juridiques préparées. La phase suivante ne devrait pas servir à découvrir que personne ne sait comment exécuter ce qui vient d’être signé.
Des critères de progression
Le passage à la formalisation pourrait être envisagé lorsque :
● les trois protocoles possèdent un texte politiquement accepté;
● leurs obligations principales sont définies et vérifiables;
● les correspondances entre engagements et contreparties sont établies;
● les signataires et garants compétents sont identifiés;
● les annexes techniques essentielles sont suffisamment avancées;
● les mécanismes de règlement des différends sont opérationnels;
● les autorités nationales ont confirmé leur capacité juridique et matérielle d’agir;
● les divergences restantes sont clairement isolées et ne vident pas l’accord de son contenu.
Accepter qu’un protocole progresse plus lentement
Il est probable que la négociation nucléaire demeure plus difficile que celle des mesures humanitaires ou conventionnelles. La phase 3 ne devrait pas exiger que tous les protocoles atteignent simultanément leur objectif maximal. Elle devrait plutôt assurer qu’ils ont chacun franchi un seuil suffisant pour former un ensemble cohérent et que les questions non résolues possèdent une procédure de négociation future.
Synthèse stratégique — Construire trois ponts reliés
La troisième phase transformerait des expériences limitées de coopération en une architecture politique durable. Le protocole de paix réduirait le risque conventionnel, le protocole nucléaire contiendrait puis diminuerait les capacités les plus dangereuses, et le protocole économique fournirait les contreparties et les intérêts communs nécessaires à leur maintien. Aucun de ces ponts ne suffirait seul; les fusionner en une seule structure les rendrait pourtant trop faciles à faire tomber ensemble.
La crédibilité du processus viendrait précisément de cet équilibre : négocier séparément ce qui exige des compétences et des rythmes différents, coordonner ce qui doit l’être et préserver ce qui fonctionne lorsqu’un autre dossier ralentit. Une fois cette architecture politiquement acceptée, techniquement vérifiable et juridiquement exécutable, les parties pourraient passer à la quatrième phase : transformer les protocoles négociés en un accord de paix formel.
Phase 4 — Formaliser la paix
Objectif — Transformer l’entente en obligations
La quatrième phase convertirait les compromis politiques et techniques en instruments juridiquement et institutionnellement applicables. Les parties adopteraient un accord principal accompagné de protocoles, d’annexes, d’un calendrier et de mécanismes de supervision. Le but ne serait plus de déterminer ce que chacun pourrait accepter, mais de préciser ce que chacun s’engage réellement à faire.
Une signature ne suffit pas
La cérémonie de signature aurait une importance symbolique considérable, mais elle ne constituerait qu’un moment du processus. Un accord durable doit également définir son entrée en vigueur, les autorités chargées de l’appliquer, les moyens de vérifier son respect, les conséquences d’une violation et la manière de le modifier. Sans cette architecture, même la plus belle déclaration pourrait rejoindre assez rapidement la collection déjà bien garnie des promesses historiques.
Une formalisation préparée
Les textes ne devraient pas être présentés aux dirigeants avant que leurs principales ambiguïtés juridiques et techniques aient été résolues. Les équipes nationales vérifieraient les pouvoirs des signataires, les procédures d’approbation interne, la compatibilité avec les obligations existantes et les ressources nécessaires à l’exécution. Les facilitateurs s’assureraient que les versions linguistiques produisent les mêmes obligations.
Une famille d’instruments
La paix pourrait être formalisée par plusieurs textes coordonnés plutôt que par un document unique :
| Instrument | Fonction |
| Accord principal | Établir la coexistence, la non-agression et les principes communs |
| Protocole de sécurité | Encadrer les forces conventionnelles, la frontière et les incidents |
| Protocole nucléaire et balistique | Fixer les plafonnements, réductions et vérifications |
| Protocole économique et humanitaire | Organiser les contreparties, projets et protections |
| Protocole de transition de l’armistice | Remplacer progressivement les institutions de 1953 |
| Déclarations de garantie | Préciser les engagements des puissances extérieures |
| Annexes techniques | Définir les sites, seuils, échéanciers et méthodes |
| Acte final | Confirmer la cohérence de l’ensemble et son calendrier d’entrée en vigueur |
Cette architecture constitue une proposition stratégique. Sa forme juridique exacte devrait être établie par les parties et leurs spécialistes du droit international et constitutionnel.
Identifier clairement les signataires
Signer selon les responsabilités
Tous les participants ne devraient pas signer tous les textes. Une partie ne peut raisonnablement être tenue responsable d’un engagement qu’elle ne contrôle pas. Les deux Corées signeraient l’accord politique central; les acteurs militaires concernés participeraient à la transition de l’armistice; les puissances extérieures signeraient les garanties et dispositions engageant leurs propres forces, sanctions ou ressources.
Les deux Corées au centre
La Corée du Sud et la Corée du Nord seraient les principales signataires de l’accord de paix et de coexistence. Elles assumeraient les obligations de non-agression, de prévention des incidents, de coopération et de règlement pacifique de leurs différends. Cette centralité confirmerait que la paix appartient d’abord aux populations et aux institutions de la péninsule.
Traiter l’héritage de l’armistice
Le protocole remplaçant l’armistice devrait tenir compte de ses signataires militaires et des institutions qui continuent d’en appliquer certaines dispositions. L’accord de 1953 prévoit lui-même qu’il demeure en vigueur jusqu’à son remplacement par un règlement pacifique ou par des modifications mutuellement acceptables. La nouvelle architecture devrait donc établir une continuité juridique plutôt que proclamer abruptement la disparition de l’ancien système. Accord d’armistice coréen de 1953
Éviter les signatures décoratives
Une puissance extérieure ne devrait pas signer uniquement pour donner du prestige à la cérémonie. Sa signature devrait correspondre à des obligations déterminées : garantie de non-agression, adaptation d’une posture militaire, participation financière, modification d’une sanction nationale ou soutien à la vérification. L’accord préciserait les articles par lesquels chaque signataire est lié.
Associer sans accorder un veto
La Russie et le Japon pourraient signer les dispositions touchant leurs engagements, leur sécurité ou leur contribution économique. Leur participation à ces instruments ne leur donnerait pas automatiquement le pouvoir d’empêcher une décision strictement intercoréenne. Les compétences de chaque signataire seraient définies par protocole plutôt que déduites de son poids géopolitique.
Vérifier les pouvoirs juridiques
Avant la signature, chaque délégation devrait démontrer que son représentant possède l’autorité nécessaire. Les gouvernements préciseraient quelles dispositions peuvent entrer en vigueur immédiatement, lesquelles exigent une ratification ou une approbation parlementaire, et lesquelles nécessitent une décision distincte du Conseil de sécurité ou d’une autre institution.
Donner une structure à l’accord
Une hiérarchie explicite
L’accord principal établirait les principes supérieurs. Les protocoles préciseraient les obligations sectorielles et les annexes décriraient leur mise en œuvre. Le texte devrait indiquer quelle disposition prévaut lorsqu’une contradiction apparaît. Une annexe technique ne pourrait pas, par exemple, modifier discrètement un principe fondamental de non-agression.
Des versions linguistiques équivalentes
Les versions coréenne, anglaise et, selon les participants, chinoise ou d’autres langues devraient être authentifiées. Les termes les plus sensibles feraient l’objet d’un glossaire commun. Si plusieurs versions possèdent la même valeur juridique, une procédure devrait déterminer comment résoudre une divergence d’interprétation.
Des annexes publiques et confidentielles
Les principes, obligations générales, calendriers et conclusions de vérification devraient être accessibles au public. Les coordonnées d’installations, les horaires d’inspection, les caractéristiques de certains capteurs ou les informations révélant des vulnérabilités militaires pourraient demeurer confidentiels. Leur confidentialité ne les soustrairait pas au contrôle des institutions autorisées.
Enregistrer les instruments
Les traités et accords internationaux pertinents pourraient être transmis au Secrétariat des Nations unies conformément aux procédures applicables. L’article 102 de la Charte prévoit l’enregistrement et la publication des traités conclus par les membres de l’Organisation. Cet enregistrement renforcerait la traçabilité internationale de l’accord sans transformer l’ONU en partie à toutes ses obligations. Charte des Nations unies — Article 102
Installer les mécanismes de vérification
Vérifier chaque obligation importante
L’accord devrait associer à chaque engagement une méthode permettant d’en observer l’exécution. Une obligation invérifiable pourrait être maintenue comme principe politique, mais elle ne devrait pas déclencher automatiquement une contrepartie importante. Plus une mesure touche la sécurité ou l’allègement des sanctions, plus son critère de vérification doit être précis.
Répartir les fonctions
Aucun organisme ne posséderait nécessairement toutes les compétences. Une structure militaire pourrait surveiller la zone démilitarisée, une équipe spécialisée inspecter les installations nucléaires et un mécanisme financier contrôler les projets économiques. Un bureau central rassemblerait leurs conclusions sans modifier leurs évaluations techniques.
Établir trois conclusions possibles
Les rapports devraient distinguer :
● l’engagement respecté;
● la violation confirmée;
● l’information insuffisante.
La troisième catégorie empêcherait qu’un manque de données soit automatiquement interprété comme une preuve de culpabilité. Elle pourrait toutefois entraîner une demande d’information supplémentaire ou une inspection complémentaire.
Garantir l’accès nécessaire
Les droits d’accès seraient précisés pour chaque site ou activité : délai de préavis, personnes autorisées, équipements utilisables et zones protégées. Une procédure d’accès contrôlé permettrait de dissimuler les renseignements sans rapport avec l’inspection. Elle ne pourrait cependant pas être utilisée pour empêcher les vérificateurs de répondre à la question qui leur a été confiée.
Financer durablement la vérification
Le budget des mécanismes ne devrait pas dépendre d’un seul gouvernement. Les contributions seraient réparties entre les parties, les garants et des partenaires internationaux. Un financement pluriannuel protégerait les inspections contre les crises budgétaires et contre la menace d’un donateur mécontent de suspendre les ressources après un rapport défavorable.
Protéger l’indépendance
Les responsables de la vérification seraient nommés pour des mandats déterminés et ne pourraient être révoqués simplement parce qu’une conclusion dérange une partie. Les données originales seraient conservées dans un système sécurisé, avec des règles d’accès et une chaîne de traçabilité. Les rapports dissidents pourraient être annexés sans remplacer l’évaluation technique indépendante.
Établir un calendrier d’exécution
Commencer dès l’entrée en vigueur
Les mesures déjà testées — communications, réunions, notifications et aide essentielle — pourraient continuer sans interruption. D’autres obligations entreraient en vigueur à la signature, à la ratification ou après la confirmation d’une mesure correspondante. Le calendrier distinguerait clairement ces différents déclencheurs.
Organiser les premières échéances
Un calendrier indicatif pourrait être structuré ainsi :
| Échéance indicative | Mesures possibles |
| Jour de la signature | Maintien des hotlines, non-agression et publication de l’accord |
| Dans les 30 jours | Installation des commissions et désignation des vérificateurs |
| Dans les 90 jours | Premières déclarations, notifications et inspections ciblées |
| Dans les 6 mois | Première évaluation générale et exécution des contreparties associées |
| Après 12 mois | Révision du calendrier et ouverture de la séquence suivante |
| Périodiquement | Nouvelles réductions, nouveaux projets et adaptation des garanties |
Ces délais illustrent une méthode; ils devraient être négociés en fonction de la difficulté réelle de chaque engagement.
Associer chaque échéance à un responsable
Le calendrier devrait indiquer l’autorité chargée de chaque action. Une date sans responsable ne produit généralement qu’un retard dont tout le monde se dit innocent. Le texte identifierait donc le ministère, le commandement, l’organisme international ou le comité compétent, ainsi que l’autorité habilitée à constater l’exécution.
Prévoir les retards explicables
Un retard technique ne devrait pas être automatiquement qualifié de violation grave. La partie concernée pourrait demander une prolongation limitée en présentant ses motifs et un nouveau calendrier. Les retards répétés, non expliqués ou utilisés pour éviter l’exécution déclencheraient toutefois les mesures prévues par la réversibilité graduée.
Empêcher les contreparties tardives
L’accord devrait également protéger la partie qui a rempli son obligation. Lorsqu’une mesure est vérifiée, la contrepartie correspondante devrait être exécutée dans le délai fixé. Si son application dépend d’une autre institution, les autorisations nécessaires devraient avoir été préparées avant l’entrée en vigueur plutôt qu’après la réalisation de la concession.
Créer un comité de garants
Superviser sans gouverner
Le comité de garants réunirait les puissances ayant pris des engagements précis envers le processus. Sa fonction serait de coordonner leurs garanties, soutenir les mécanismes de vérification et intervenir lorsqu’un différend menace l’application générale. Il ne constituerait pas un gouvernement supérieur de la péninsule.
Une composition adaptée
Les États-Unis et la Chine seraient membres permanents en raison de leurs responsabilités militaires et stratégiques. La Russie et le Japon participeraient aux discussions générales, tout en exerçant un rôle décisionnel principalement dans les dossiers qui les concernent directement. D’autres États ou institutions pourraient être invités selon les questions examinées.
Limiter le consensus obligatoire
Exiger l’unanimité pour chaque décision donnerait à chaque garant un pouvoir de paralysie. Le consensus pourrait être réservé aux modifications fondamentales de leurs propres engagements. Les décisions procédurales, budgétaires ou techniques pourraient être adoptées selon une majorité qualifiée, sauf lorsqu’elles imposent une nouvelle obligation à un État qui ne l’a pas acceptée.
Appliquer le code de conduite
Le comité surveillerait également le respect du code adopté par les puissances garantes : non-ingérence, transparence, retenue militaire, consultation préalable et absence de contournement de l’accord. Une puissance soupçonnée d’avoir violé ce code ne participerait pas seule à l’évaluation de son propre comportement.
Maintenir les garanties pendant les crises
Une confrontation entre deux garants sur un autre théâtre ne devrait pas suspendre automatiquement leurs engagements coréens. Le comité conserverait un canal permanent permettant de protéger les communications, la surveillance et l’aide humanitaire. Cette continuité constituerait l’une des principales raisons de son existence.
Organiser le règlement des différends
Une procédure graduée
Lorsqu’un différend apparaît, l’accord prévoirait les étapes suivantes :
- demande d’explication;
- consultation directe;
- examen technique;
- réunion urgente de la commission compétente;
- facilitation ou médiation;
- suspension ciblée d’une contrepartie;
- consultation du comité de garants;
- mesures supplémentaires en cas de violation grave ou répétée.
Chaque étape disposerait d’un délai, d’un responsable et d’un résultat attendu.
Distinguer les faits de la réponse
Les vérificateurs détermineraient autant que possible ce qui s’est produit. Les parties et les institutions politiques décideraient ensuite de la réponse prévue par l’accord. Cette séparation empêcherait qu’un organisme technique devienne arbitre politique ou qu’un gouvernement modifie les faits pour justifier une sanction déjà choisie.
Maintenir des mesures provisoires
Pendant l’examen, les parties pourraient adopter des mesures temporaires : arrêt local d’une activité, renforcement de la surveillance, éloignement de certaines forces ou suspension d’un transfert. Ces mesures protégeraient la sécurité sans préjuger de la responsabilité finale.
Réserver l’arbitrage aux questions adaptées
Certaines disputes juridiques ou financières pourraient être soumises à un arbitrage accepté à l’avance. Les questions touchant directement la sécurité nationale ou l’emploi de la force resteraient probablement sous contrôle politique. L’accord devrait préciser les domaines arbitrables plutôt que de promettre un règlement obligatoire que les parties refuseraient au premier différend sérieux.
Protéger les mécanismes essentiels
Même lorsqu’un protocole est suspendu, les hotlines, l’aide vitale, la surveillance des zones dangereuses et les consultations urgentes devraient continuer. Ces fonctions ne seraient pas des avantages accordés à la partie adverse, mais des protections communes contre l’escalade.
Prévoir les clauses de révision
Réviser sans renégocier toute la paix
Un accord durable doit pouvoir évoluer. Les technologies militaires, les gouvernements, les sanctions et les rapports de force changeront. Des révisions périodiques permettraient d’adapter les annexes et les mécanismes sans rouvrir les principes fondamentaux à chaque modification.
Organiser des examens réguliers
Une conférence de révision pourrait avoir lieu après la première année, puis à intervalles déterminés. Elle examinerait l’application, les violations, l’efficacité des vérifications et la pertinence des contreparties. Elle pourrait accélérer, maintenir ou ralentir certaines étapes, mais devrait motiver ses décisions.
Prévoir une révision extraordinaire
Une transformation majeure — nouvelle technologie militaire, crise régionale, catastrophe ou changement important du régime de sanctions — pourrait déclencher une révision exceptionnelle. Cette procédure ne suspendrait pas automatiquement l’accord. Elle permettrait d’adapter les dispositions directement touchées.
Encadrer les amendements
Les annexes techniques pourraient être modifiées par les commissions compétentes selon une procédure simplifiée. Les protocoles exigeraient l’approbation de leurs signataires. Toute modification de l’accord principal nécessiterait une procédure plus exigeante et, lorsque nécessaire, une nouvelle approbation nationale.
Limiter les clauses d’expiration
Les mesures expérimentales pourraient posséder une date d’expiration ou de renouvellement. Les principes de non-agression, les communications d’urgence et la protection humanitaire ne devraient toutefois pas disparaître automatiquement faute d’une réunion tenue à temps. Leur continuité devrait être présumée jusqu’à une décision explicite des parties.
Encadrer le retrait
L’accord devrait reconnaître la possibilité juridique d’un retrait tout en la rendant prévisible. Une partie devrait fournir un préavis, expliquer ses motifs et participer à une consultation. Pendant cette période, les communications et les mesures destinées à prévenir une guerre resteraient en vigueur. Une attaque immédiate conserverait naturellement les droits de défense prévus par le droit international.
Assurer la légitimité politique
Obtenir les approbations nécessaires
En Corée du Sud et chez les puissances garantes, certaines obligations pourraient nécessiter un vote parlementaire, un financement ou une modification réglementaire. Ces procédures devraient être intégrées au calendrier. Leur utilisation ne devrait pas être traitée comme un obstacle regrettable, mais comme une manière de donner à l’accord une assise dépassant les dirigeants qui l’ont négocié.
Expliquer les compromis
Chaque gouvernement devrait présenter ce qu’il donne, ce qu’il obtient et ce qui demeure incertain. La paix ne devrait pas être vendue comme la disparition immédiate de toute menace. Elle devrait être défendue comme une méthode plus efficace pour réduire progressivement les risques, protéger les populations et répondre aux violations.
Créer une mémoire publique
Les textes publics, rapports de vérification et évaluations périodiques devraient être conservés dans un registre accessible. Cette mémoire limiterait les réinterprétations partisanes et permettrait aux populations de comparer les engagements aux résultats. Les informations militaires confidentielles demeureraient protégées.
Déterminer la réussite de la phase
Des conditions d’entrée en vigueur
L’accord pourrait entrer en vigueur lorsque :
● les principaux signataires ont achevé leurs procédures internes;
● les mécanismes de vérification disposent d’un mandat et d’un financement;
● les commissions responsables sont constituées;
● les calendriers et annexes essentiels sont authentifiés;
● les garanties indispensables sont officiellement déposées;
● les premières contreparties peuvent être exécutées;
● les procédures de règlement des différends sont fonctionnelles.
Une application provisoire pourrait maintenir certaines mesures urgentes pendant l’achèvement des ratifications.
Une mise en œuvre observable
La phase serait pleinement réussie lorsque les premières obligations auraient été exécutées et vérifiées, et non seulement lorsque les textes auraient été signés. La signature ouvrirait donc une courte période de validation durant laquelle les institutions commenceraient leurs activités, les premiers rapports seraient produits et les contreparties initiales seraient livrées.
Ne pas attendre la perfection
Tous les différends historiques n’auraient pas besoin d’être réglés avant la formalisation. Les parties devraient toutefois connaître les obligations qu’elles acceptent, les questions qu’elles reportent et les procédures permettant de poursuivre leur examen. Une ambiguïté reconnue et encadrée est moins dangereuse qu’un faux consensus destiné à sauver une cérémonie.
Synthèse stratégique — Faire survivre la paix à ses signataires
La quatrième phase donnerait à la paix une existence indépendante des relations personnelles entre les dirigeants. Des signataires clairement identifiés assumeraient des obligations qu’ils contrôlent. Des vérificateurs établiraient les faits, un calendrier organiserait l’exécution, les garants soutiendraient les engagements extérieurs et une procédure graduée empêcherait qu’un différend ne détruise immédiatement l’ensemble.
Formaliser la paix ne signifie donc pas figer pour toujours chaque détail. Cela signifie créer une structure assez solide pour résister aux violations et assez adaptable pour survivre aux changements politiques, technologiques et stratégiques. Une fois cette structure entrée en fonction, le processus pourrait poursuivre son objectif le plus profond : rendre progressivement la paix plus utile, plus concrète et plus avantageuse que le retour à la confrontation.
Phase 5 — Rendre la paix plus avantageuse que la confrontation
Objectif — Créer progressivement des intérêts communs
Un accord de paix peut réduire le risque de guerre sans éliminer les causes profondes de la confrontation. Pour devenir durable, il doit progressivement produire des avantages que les populations, les institutions et les gouvernements auraient intérêt à préserver. La cinquième phase chercherait donc à construire des fonctions communes dans les domaines où l’instabilité, les maladies, les catastrophes et les dommages environnementaux ne respectent aucune frontière.
De la paix signée à la paix vécue
Les premières phases auraient créé des règles de sécurité; la cinquième devrait leur donner une utilité quotidienne. Une liaison ferroviaire fonctionnelle, un système commun d’alerte aux inondations, un traitement médical accessible ou une rencontre familiale régulière rendraient la paix observable autrement que par l’absence de tirs. Les populations pourraient alors juger le processus à partir de résultats concrets.
Construire des intérêts, pas une dépendance aveugle
L’objectif ne serait pas de rendre une Corée entièrement dépendante de l’autre. Une dépendance asymétrique pourrait devenir un instrument de chantage, de surveillance ou de pression politique. Les projets devraient plutôt créer des intérêts réciproques, avec des solutions de remplacement et des procédures empêchant qu’une interruption locale paralyse un service essentiel.
Une interdépendance protégée
Les secteurs de coopération seraient sélectionnés selon plusieurs critères :
● bénéfice civil clairement identifiable;
● utilité pour les deux Corées;
● compatibilité avec les sanctions applicables;
● faible risque de détournement militaire;
● possibilité de vérifier les résultats;
● financement transparent;
● suspension ciblée en cas de problème;
● capacité de fonctionner malgré une crise politique limitée.
Ces critères distingueraient la consolidation de la paix d’une ouverture économique improvisée.
Des précédents à réexaminer
Les déclarations intercoréennes de 2007 et de 2018 envisageaient déjà des liaisons ferroviaires et routières, des projets économiques, des réunions familiales et diverses formes de coopération. Leur mise en œuvre a toutefois été interrompue par la dégradation politique et stratégique. La nouvelle approche reprendrait certaines de ces idées, mais les placerait sous des mécanismes plus précis de financement, de vérification et de continuité. Déclaration intercoréenne sur la paix et la prospérité de 2007 Déclaration de Panmunjom de 2018
Des infrastructures au service de la stabilité
Commencer par les fonctions essentielles
Les premiers projets d’infrastructure devraient répondre à des besoins civils clairement établis : eau potable, assainissement, transport, énergie locale, télécommunications d’urgence et remise en état de certains corridors. Les infrastructures améliorant directement des capacités militaires ou pouvant être facilement détournées devraient être exclues ou soumises à des contrôles renforcés.
Réaliser des études communes
Avant toute construction, des équipes techniques évalueraient l’état des réseaux, les besoins, les coûts et les risques environnementaux. Ces études pourraient être réalisées conjointement avec des avec des experts internationaux. Elles produiraient une base factuelle commune et empêcheraient que des investissements considérables soient annoncés avant même de savoir s’ils sont réalisables.
Rétablir progressivement les transports
Les corridors ferroviaires et routiers pourraient d’abord être utilisés pour des inspections, des échanges humanitaires ou des projets pilotes. Leur capacité serait ensuite augmentée à mesure que les règles douanières, les contrôles de sécurité et les sanctions sont clarifiés. Chaque corridor disposerait d’un registre des marchandises, d’horaires convenus et d’un mécanisme permettant de résoudre les interruptions.
Concevoir des corridors civils
L’ouverture d’une liaison ne devrait pas automatiquement autoriser tous les transports. Des corridors civils pourraient être limités à certaines catégories de biens et exploités selon des règles distinctes des infrastructures militaires. Des inspections confirmeraient que les marchandises correspondent aux autorisations accordées.
Coopérer sur l’eau et l’énergie
Les réseaux d’eau, les barrages et certaines installations énergétiques peuvent affecter les populations des deux côtés. Le partage de données sur les débits, les opérations de retenue et les risques d’inondation permettrait de prévenir des dommages en aval. Des projets énergétiques locaux — efficacité, microréseaux ou installations civiles contrôlées — pourraient améliorer la résilience sans créer immédiatement une dépendance envers un vaste réseau commun.
Protéger les infrastructures essentielles
Les parties devraient s’engager à ne pas attaquer, saboter ou manipuler les infrastructures communes. Des protocoles de cybersécurité protégeraient les systèmes de contrôle, les données opérationnelles et les communications. Aucune partie ne devrait pouvoir interrompre un service vital pour obtenir une concession dans un autre dossier.
Répartir les responsabilités
Chaque projet préciserait qui finance, construit, possède, exploite et entretient l’infrastructure. Un projet inauguré sans budget d’entretien est essentiellement une photographie coûteuse. Des fonds pluriannuels, des équipes formées et des réserves de pièces devraient donc être prévus avant sa mise en service.
Prévoir une exploitation conjointe
Une commission technique pourrait superviser les infrastructures traversant la frontière ou produisant des effets des deux côtés. Elle publierait des données sur leur fonctionnement, leurs interruptions et leur financement. Les décisions strictement opérationnelles ne devraient pas nécessiter une nouvelle négociation politique à chaque panne.
Une sécurité sanitaire commune
Reconnaître que les maladies traversent la frontière
Une épidémie au Nord ou au Sud peut rapidement devenir un enjeu pour toute la péninsule. La coopération sanitaire ne devrait donc pas être considérée uniquement comme une aide accordée par Séoul à Pyongyang. Elle constitue une protection réciproque contre des risques qui ne peuvent être contenus durablement par des barbelés.
Créer un mécanisme d’alerte sanitaire
Les deux Corées pourraient établir un système confidentiel d’alerte concernant certaines maladies transmissibles, les contaminations de l’eau et les ruptures de chaînes sanitaires essentielles. Les premières données pourraient être agrégées afin de protéger les renseignements personnels et de réduire les craintes liées à la divulgation d’informations sensibles.
Renforcer les capacités civiles
Les projets pourraient soutenir les laboratoires, la chaîne du froid, la santé maternelle, la vaccination, le diagnostic et le traitement de maladies transmissibles. Les équipements seraient sélectionnés selon leur usage civil, leur possibilité d’entretien et leur compatibilité avec les sanctions. La formation du personnel devrait accompagner toute livraison importante.
S’appuyer sur les mécanismes existants
Le Comité des sanctions créé par la résolution 1718 possède déjà un mécanisme d’exemptions humanitaires. Celui-ci exige notamment une description des bénéficiaires, des biens, des transferts financiers et des moyens empêchant le détournement. Cette procédure pourrait soutenir des projets sanitaires conformes aux sanctions au lieu de faire dépendre chaque initiative d’un contournement politique incertain. Conseil de sécurité — Exemptions humanitaires concernant la Corée du Nord
Créer un conseil sanitaire intercoréen
Un conseil réunissant autorités sanitaires, professionnels, organisations internationales et experts indépendants pourrait établir les priorités. Il ne prendrait pas le contrôle des systèmes nationaux, mais coordonnerait les alertes, les campagnes communes et l’évaluation des projets.
Protéger les données médicales
Les données sanitaires ne devraient pas être utilisées pour repérer des vulnérabilités militaires, identifier des opposants ou alimenter la propagande. Le conseil déterminerait les informations pouvant être partagées, leur niveau d’agrégation et les personnes autorisées à les consulter. Une violation de ces règles pourrait suspendre l’accès aux données concernées sans mettre fin aux traitements essentiels.
Sanctuariser les soins essentiels
Les médicaments vitaux, l’assistance aux enfants et les interventions contre une épidémie devraient être protégés contre les représailles politiques. Leur surveillance resterait nécessaire, mais leur interruption ne devrait pas servir de sanction ordinaire. Une population civile ne doit pas devenir la garantie involontaire du comportement de son gouvernement.
Renforcer la sécurité alimentaire
Comprendre les vulnérabilités
La coopération alimentaire devrait commencer par une évaluation des besoins, des rendements, de l’accès à l’eau, des capacités de stockage et des pertes après récolte. Les données pourraient être recueillies avec l’appui d’organismes internationaux. Le but serait d’identifier les interventions les plus utiles plutôt que de multiplier les livraisons sans stratégie durable.
Améliorer la résilience agricole
Les projets pourraient porter sur l’irrigation, les semences adaptées, la gestion des sols, la lutte contre les ravageurs, les serres, le stockage et la réduction des pertes. Les équipements susceptibles d’avoir un usage militaire ou industriel détourné seraient soumis à une autorisation particulière.
Prévenir les crises alimentaires
Un système d’alerte pourrait suivre les précipitations, les températures, les maladies animales, les rendements et les stocks disponibles. Les parties pourraient ainsi préparer une intervention avant qu’une mauvaise récolte ne devienne une urgence. Les informations agrégées seraient partagées avec les organisations chargées de l’aide.
Maintenir des réserves d’urgence
Des stocks alimentaires et sanitaires pourraient être prépositionnés dans des installations surveillées. Leur déclenchement reposerait sur des critères observables — catastrophe, récolte insuffisante ou rupture d’approvisionnement — plutôt que sur une négociation politique improvisée. La distribution serait contrôlée par des partenaires autorisés.
Éviter une dépendance permanente
L’aide alimentaire demeure nécessaire lorsqu’une urgence menace des vies, mais elle ne devrait pas remplacer le développement des capacités locales. Les projets viseraient une plus grande autonomie de production, de stockage et de distribution. La coopération devrait diminuer la vulnérabilité de la population, non accroître le pouvoir de ceux qui contrôlent son accès aux ressources.
Vérifier la destination
Les mécanismes de suivi devraient confirmer que l’aide atteint les bénéficiaires civils identifiés. Un accès raisonnable aux sites, des registres de distribution et des évaluations indépendantes seraient nécessaires. Si la surveillance devient impossible, le projet concerné pourrait être redessiné ou suspendu sans interrompre automatiquement les autres programmes.
Gérer ensemble les catastrophes
Préparer avant l’urgence
Les inondations, tempêtes, feux de forêt, glissements de terrain et accidents industriels peuvent rapidement dépasser les capacités locales. La coopération devrait être organisée avant la catastrophe, lorsque les gouvernements peuvent encore négocier calmement les responsabilités et les conditions d’accès.
Partager les alertes
Les services météorologiques, hydrologiques et sismiques pourraient transmettre certaines alertes selon des formats communs. Les autorités en aval devraient être informées des opérations susceptibles de modifier rapidement les niveaux d’eau. Les communications d’urgence devraient fonctionner indépendamment des négociations politiques ordinaires.
Définir les conditions d’intervention
Un protocole établirait comment une partie peut demander de l’aide, quels équipements peuvent traverser la frontière et qui coordonne les secours. Il préciserait également les conditions de déplacement du personnel étranger, la protection de ses communications et la durée de son accès.
Organiser des exercices conjoints
Des simulations sur table pourraient d’abord tester les communications et la prise de décision. Des exercices limités suivraient lorsque la confiance le permet. Ils pourraient concerner une inondation, un incendie ou une contamination de l’eau, sans mobiliser des capacités pouvant être interprétées comme militaires.
Prépositionner les ressources
Des trousses médicales, systèmes de purification, abris temporaires et équipements de première intervention pourraient être stockés près des zones vulnérables. Leur inventaire serait vérifié régulièrement. Cette préparation réduirait les délais liés aux exemptions, aux douanes et à l’organisation du transport pendant l’urgence.
Protéger l’action humanitaire
Les secours ne devraient pas devenir un moyen d’obtenir des renseignements sans rapport avec la catastrophe. Les intervenants respecteraient des zones d’accès convenues et des règles de confidentialité. En retour, les autorités devraient permettre une observation suffisante pour confirmer que l’aide est utilisée aux fins prévues.
Protéger l’environnement de la péninsule
Partager les données essentielles
La qualité de l’air, les bassins versants, les écosystèmes marins et les migrations animales traversent la frontière. Des équipes scientifiques pourraient commencer par échanger des données limitées sur les eaux, les forêts, les incendies, les polluants et les espèces menacées. Les méthodes de mesure seraient harmonisées afin que les résultats puissent être comparés.
Restaurer les forêts
La déforestation et l’érosion peuvent aggraver les inondations, réduire la fertilité des sols et affecter les cours d’eau partagés. Des pépinières contrôlées, des programmes de reboisement et la formation à la gestion des sols pourraient produire des avantages à la fois alimentaires, environnementaux et humanitaires.
Protéger les eaux partagées
Une commission pourrait surveiller la qualité et le débit de certaines rivières, identifier les sources de pollution et coordonner les travaux affectant l’autre partie. Elle pourrait recommander des seuils, des mesures correctives et des alertes, sans préjuger des revendications territoriales.
Surveiller les zones maritimes
La pollution, la surpêche et les accidents de navigation exigent également une coordination. Des protocoles pourraient organiser le signalement des déversements, la protection de certaines ressources et l’intervention après un accident. Ces mécanismes contribueraient indirectement à réduire les incidents dans les secteurs maritimes contestés.
Donner une fonction civile à certaines zones
À mesure que le risque militaire diminue, certaines parties de la zone démilitarisée pourraient faire l’objet de projets scientifiques ou environnementaux strictement encadrés. Toute ouverture devrait cependant être précédée du déminage, d’une évaluation écologique et d’un accord sur la sécurité. La conservation ne doit pas devenir un prétexte pour ignorer les dangers militaires encore présents.
Produire une connaissance commune
Les projets scientifiques conjoints auraient une valeur dépassant l’environnement. Ils habitueraient les institutions à recueillir des données ensemble, comparer leurs analyses et publier des conclusions communes. Cette capacité de produire des faits partagés constitue elle-même une infrastructure de paix.
Rendre permanents les échanges familiaux
Passer de l’événement au service régulier
Les réunions de familles séparées ne devraient plus dépendre exclusivement d’un sommet ou d’une période de rapprochement. Un bureau permanent pourrait enregistrer les demandes, vérifier les liens familiaux, transmettre les nouvelles et organiser les rencontres selon des critères connus.
Tenir compte du temps
La plupart des personnes directement séparées par la guerre sont maintenant très âgées. Les procédures devraient donc être rapides et proposer plusieurs formes de contact : rencontres physiques, appels vidéo, lettres, messages enregistrés et transmission de documents familiaux. Attendre le règlement de toutes les questions politiques reviendrait, dans bien des cas, à rendre la réunification personnelle biologiquement impossible.
Numériser les archives
Avec le consentement des personnes, les deux Corées pourraient numériser certains registres et créer un système protégé de recherche familiale. Les données seraient accessibles uniquement aux autorités et organisations autorisées. Leur utilisation à des fins de surveillance, de discrimination ou de propagande serait interdite.
Protéger la dignité des familles
Les participants devraient pouvoir décider du niveau de médiatisation de leur rencontre. Les échanges ne devraient pas être scénarisés uniquement pour démontrer la générosité d’un gouvernement. Un soutien psychosocial et médical pourrait être offert avant et après les rencontres, qui peuvent être aussi éprouvantes qu’émouvantes.
Préserver les contacts établis
Une fois un lien rétabli, les personnes devraient pouvoir maintenir une communication limitée et supervisée si nécessaire. Une rencontre unique suivie d’un nouveau silence de plusieurs années peut créer une douleur supplémentaire. La continuité des relations devrait devenir l’objectif véritable du programme.
Développer les échanges culturels
Commencer par des domaines accessibles
Les échanges pourraient concerner la langue, l’histoire familiale, les arts, le patrimoine, le sport et la recherche scientifique. Des projets modestes — exposition, traduction, conservation d’archives, rencontres universitaires ou événements sportifs — permettraient de tester les procédures avant d’élargir les programmes.
Éviter l’instrumentalisation
Les échanges culturels ne devraient pas servir à imposer une interprétation politique unique ni à obliger les participants à faire l’éloge d’un gouvernement. Les thèmes, la sélection des personnes et les règles de communication devraient être convenus. Les facilitateurs pourraient intervenir lorsqu’un programme se transforme en opération de propagande manifeste.
Protéger les participants
Les personnes participant aux échanges devraient connaître les règles, les risques et l’utilisation prévue des images ou déclarations. Aucun participant ne devrait être puni pour avoir respecté les conditions du programme. Des garanties particulières seraient nécessaires pour les chercheurs, artistes, étudiants et familles appelés à retourner dans leur pays.
Multiplier les relations institutionnelles
L’objectif à long terme serait de créer des liens entre organismes sanitaires, universités, associations culturelles, autorités locales et organisations professionnelles. Ces relations ne remplaceraient pas la diplomatie officielle, mais multiplieraient les canaux capables de survivre à une crise politique.
Maintenir des limites réalistes
Les échanges ne transformeront pas automatiquement les systèmes politiques ni les perceptions construites pendant des décennies. Leur valeur réside plutôt dans la création d’expériences directes, de connaissances partagées et de relations professionnelles. Ils réduisent lentement l’espace occupé par les représentations entièrement abstraites de l’adversaire.
Gouverner les intérêts communs
Créer un conseil de coopération
Un conseil intercoréen pourrait coordonner les projets d’infrastructure, de santé, d’alimentation, de sécurité civile et d’environnement. Il réunirait les ministères concernés, des experts techniques et, lorsque nécessaire, les organismes internationaux et bailleurs de fonds. Il ne disposerait pas d’une autorité générale sur les politiques économiques des deux Corées.
Évaluer chaque projet séparément
Tout projet devrait posséder :
● un objectif mesurable;
● un budget;
● des bénéficiaires identifiés;
● un calendrier;
● un mécanisme de vérification;
● une évaluation des risques de détournement;
● une procédure de plainte;
● des conditions d’expansion, de correction ou d’arrêt.
Cette discipline empêcherait qu’une coopération utile serve à dissimuler des activités étrangères à son mandat.
Distribuer les bénéfices
Les investissements ne devraient pas profiter uniquement aux autorités centrales, aux entreprises désignées ou aux régions politiquement privilégiées. Les critères de sélection des projets devraient considérer les besoins des populations et leur vulnérabilité. Les évaluations indiqueraient non seulement les sommes dépensées, mais les services réellement obtenus.
Prévenir la corruption
Les contrats, fournisseurs, intermédiaires et flux financiers seraient contrôlés selon des règles compatibles avec les sanctions et les normes convenues. Les paiements pourraient être effectués directement aux fournisseurs, avec des comptes séparés et des audits. Une irrégularité entraînerait d’abord l’examen du projet concerné plutôt qu’une accusation générale contre toute la coopération.
Ne pas privatiser la paix
Les entreprises peuvent fournir des capitaux, de la technologie et de l’expertise, mais elles ne devraient pas déterminer seules les priorités. Les projets essentiels devraient demeurer sous supervision publique et internationale. La rentabilité commerciale ne constitue pas le seul critère lorsqu’il s’agit de santé, d’eau ou de réunification familiale.
Protéger les projets pendant les crises
Chaque programme serait classé selon son degré de protection :
| Catégorie | Traitement en cas de crise |
| Services vitaux | Maintien presque automatique |
| Coopération humanitaire | Suspension seulement en cas de risque direct ou de détournement |
| Infrastructures communes | Fonctionnement minimal protégé |
| Projets économiques conditionnels | Suspension possible selon la violation correspondante |
| Expansion et nouveaux investissements | Report possible pendant la consultation |
Cette classification empêcherait qu’une crise politique interrompe indistinctement les soins, les communications et les projets commerciaux.
Prévoir des solutions de remplacement
Les services essentiels ne devraient pas dépendre d’une seule liaison, d’un seul fournisseur ou d’une seule source de financement. Des réserves, itinéraires secondaires et partenaires alternatifs réduiraient le pouvoir de chantage associé à une interruption. Une coopération résiliente rend la rupture plus coûteuse sans la rendre immédiatement catastrophique.
Mesurer l’avantage de la paix
Publier des indicateurs concrets
Le conseil de coopération pourrait suivre :
● le nombre de personnes bénéficiant des services sanitaires;
● les alertes de catastrophe transmises à temps;
● les familles ayant retrouvé un contact durable;
● la quantité de pertes agricoles évitées;
● la fiabilité des infrastructures communes;
● les projets vérifiés sans détournement;
● la proportion des programmes maintenus pendant une crise;
● les économies obtenues par la prévention des incidents.
Ces indicateurs permettraient de distinguer une véritable consolidation de la simple multiplication des annonces.
Mesurer aussi les vulnérabilités
L’évaluation devrait examiner les dépendances créées, les inégalités d’accès, les risques de corruption et les possibilités d’utilisation militaire. Un projet procurant des avantages économiques importants pourrait devoir être corrigé s’il donne à une partie la capacité d’interrompre un service vital ou d’exercer une surveillance abusive.
Réviser avant d’agrandir
Les projets commenceraient à petite échelle. Après une période déterminée, une évaluation indépendante déciderait s’ils doivent être maintenus, étendus, modifiés ou arrêtés. Cette progression empêcherait qu’un programme politiquement séduisant absorbe des ressources considérables avant d’avoir démontré son utilité.
Faire participer les bénéficiaires
Lorsque les conditions le permettent, les professionnels, familles et communautés concernés devraient pouvoir signaler les problèmes et évaluer les services. En Corée du Nord, cette participation serait nécessairement limitée par le système politique, ce qui renforce l’importance d’observateurs indépendants et de données vérifiables. La coopération ne doit pas servir à excuser l’absence de voix des populations auxquelles elle prétend bénéficier.
Une phase sans véritable fin
Passer de l’accord à la normalité
Contrairement aux phases précédentes, la cinquième n’aurait pas de point final précis. Elle évoluerait avec les besoins, les technologies et le degré de confiance. Certains projets deviendraient des services ordinaires administrés par les deux Corées; d’autres conserveraient longtemps une supervision internationale.
Réduire graduellement la fragilité
Le processus pourrait être considéré comme consolidé lorsque les institutions communes continuent de fonctionner malgré une alternance politique, un incident militaire limité ou une crise entre les grandes puissances. La paix ne serait plus seulement protégée par la crainte des conséquences de la guerre, mais par l’utilité croissante des relations construites.
Ne pas confondre coopération et réconciliation complète
Des projets communs peuvent fonctionner alors que persistent des divergences profondes sur l’histoire, les droits humains, les alliances ou la réunification. La cinquième phase ne chercherait pas à produire artificiellement une identité commune. Elle établirait la capacité de coopérer malgré ces désaccords.
Conserver les mécanismes de sécurité
La multiplication des échanges ne justifierait pas l’affaiblissement prématuré de la vérification. Les hotlines, inspections, notifications et procédures de règlement devraient demeurer actifs. Une paix prospère peut encore connaître des crises; elle doit conserver les outils permettant de les contenir.
Synthèse stratégique — Donner quelque chose à perdre à la confrontation
La paix devient durable lorsqu’elle cesse d’être seulement une promesse politique et commence à protéger des vies, réunir des familles, prévenir des catastrophes, améliorer l’alimentation et faire fonctionner des infrastructures utiles. Chaque résultat crée une raison supplémentaire de résoudre le prochain différend sans détruire ce qui a été construit.
L’objectif n’est pas de rendre les deux Corées tellement dépendantes qu’une rupture provoquerait une catastrophe. Il est de créer une interdépendance maîtrisée : assez importante pour donner un coût concret à la confrontation, mais assez encadrée pour résister au chantage, au détournement et aux crises politiques.
La réussite de cette cinquième phase se mesurerait donc à une transformation fondamentale du calcul stratégique. Saboter l’accord ne ferait plus seulement perdre une occasion diplomatique abstraite. Cela menacerait des systèmes de santé, des mécanismes d’alerte, des ressources alimentaires, des infrastructures, des relations familiales et des institutions que les deux sociétés auraient appris à utiliser. La paix deviendrait alors non seulement possible, mais progressivement plus rationnelle, plus utile et plus difficile à abandonner que la confrontation.
Partie IV — Éprouver et mesurer la paix
8. Mettre le processus à l’épreuve avant même sa signature
Cadre des simulations
Comprendre la fonction du test
Tester la paix comme on teste un système financier
Les institutions financières utilisent des tests de résistance pour déterminer si elles pourraient supporter une récession, une chute des marchés ou une crise de liquidité. Un accord de paix devrait subir un exercice comparable avant son adoption. Il ne suffit pas de vérifier si ses mécanismes fonctionnent lorsque les dirigeants coopèrent. Il faut simuler ce qui se produit lorsque surviennent une provocation militaire, un changement de gouvernement, un veto extérieur ou une contestation des faits.
Chercher les points de rupture
Le test ne viserait pas à prédire exactement la prochaine crise. Il servirait à repérer les endroits où l’accord risque de céder : autorité mal définie, délai trop long, information inaccessible, contrepartie impossible à suspendre ou décision dépendant d’un acteur qui refuse de participer. Chaque faiblesse découverte avant la signature pourrait encore être corrigée sans conséquences militaires.
Des scénarios plausibles
Les scénarios retenus représenteraient cinq catégories de risque :
| Scénario | Vulnérabilité testée |
| Tir de missile nord-coréen | Violation ou provocation militaire |
| Changement de doctrine à Washington | Instabilité des garanties extérieures |
| Blocage par Pékin ou Moscou | Paralysie multilatérale |
| Gouvernement plus hostile à Séoul | Alternance politique intérieure |
| Violation contestée | Incertitude technique et divergence d’interprétation |
Ces scénarios ne prétendent pas épuiser toutes les possibilités. Ils testent cependant les principales pressions capables de briser simultanément la confiance, la coordination et la volonté politique.
Organiser une simulation réaliste
Une simulation contradictoire
Chaque exercice devrait réunir les représentants des parties, les facilitateurs, les vérificateurs et les garants concernés. Certaines équipes défendraient leurs positions habituelles, tandis qu’une équipe indépendante introduirait des difficultés supplémentaires : communications interrompues, données contradictoires, pression médiatique, désaccord entre alliés ou fausse information circulant sur les réseaux sociaux.
Tester les décisions sous contrainte
Les participants ne recevraient pas toutes les informations au début de l’exercice. Ils devraient agir avec des données partielles, comme dans une véritable crise. La simulation mesurerait le temps nécessaire pour joindre les responsables, établir les faits, protéger les populations, consulter les garants et décider d’une réponse.
Vérifier les autorités
Un test révélerait rapidement si les personnes présentes possèdent réellement le pouvoir d’agir. Qui peut demander une inspection? Qui autorise la suspension d’une contrepartie? Qui parle aux forces armées? Qui peut convoquer le comité des garants? Si chaque réponse exige de remonter une chaîne politique improvisée, l’accord possède déjà une vulnérabilité.
Éprouver les communications
Les exercices devraient volontairement rendre un canal inutilisable afin de vérifier les solutions de remplacement. Une hotline principale pourrait être coupée, un message mal traduit ou un interlocuteur indisponible. Les équipes devraient alors utiliser les canaux secondaires sans perdre la traçabilité des échanges.
Protéger le processus pendant la crise
Tester les règles de retenue
La simulation examinerait également si les gouvernements peuvent attendre l’enquête sans paraître inactifs. Des mesures de protection immédiates doivent être possibles, mais elles ne devraient pas devenir automatiquement des représailles. L’accord doit offrir aux dirigeants une manière visible de protéger leur population tout en laissant aux mécanismes d’urgence le temps d’établir les faits.
Préserver un noyau de sécurité
Dans chaque scénario, certaines fonctions resteraient actives :
● hotlines politiques et militaires;
● systèmes d’alerte;
● surveillance des zones sensibles;
● consultations urgentes;
● assistance humanitaire vitale;
● protection des populations civiles;
● conservation des données et des preuves.
Ce noyau empêcherait qu’une violation désactive précisément les outils nécessaires pour éviter son aggravation.
Compartimenter la réaction
Le test vérifierait si une réponse peut rester liée à l’obligation violée. La suspension d’un projet économique associé à un moratoire ne devrait pas interrompre les réunions familiales ou la surveillance militaire. L’élargissement des mesures serait réservé aux violations graves, répétées ou manifestement destinées à détruire l’ensemble de l’accord.
Tester la reprise autant que la crise
Un bon mécanisme ne doit pas seulement indiquer comment suspendre une contrepartie. Il doit préciser comment la rétablir. Chaque scénario comprendrait donc une sortie : explication jugée suffisante, mesure corrective, inspection supplémentaire, nouvel engagement ou période de respect démontré. Sans procédure de reprise, toute suspension temporaire risque de devenir une rupture permanente.
Transformer l’épreuve en amélioration
Produire des corrections
Après chaque exercice, un rapport présenterait les délais, les décisions, les informations manquantes et les contradictions observées. Les parties modifieraient ensuite les protocoles, les annexes et les responsabilités. Le scénario serait rejoué jusqu’à ce que le mécanisme puisse absorber la crise sans dépendre d’une improvisation héroïque.
Des répercussions positives avant la signature
Cette mise à l’épreuve produirait plusieurs avantages. Elle formerait les équipes, établirait des relations entre les responsables, testerait les communications et donnerait aux gouvernements une meilleure compréhension des coûts de leurs propres décisions. Elle montrerait également aux populations que l’accord n’a pas été conçu uniquement pour les jours faciles.
Renforcer la dissuasion contre le sabotage
Si les réponses sont connues à l’avance, une partie peut moins facilement espérer qu’une provocation divisera ses interlocuteurs ou fera disparaître toutes leurs obligations. Le test de résistance transforme l’accord en système prévisible : les conséquences d’une violation sont identifiables, mais les conditions permettant de revenir au respect le sont également.
Scénario 1 — Pyongyang effectue un tir de missile
Comprendre la menace initiale
Le déclenchement de la crise
Alors que le processus est en vigueur, les systèmes de surveillance détectent le lancement d’un missile depuis le territoire nord-coréen. Les premières informations ne permettent pas encore d’établir sa portée, sa trajectoire, sa charge, son objectif ni son appartenance à une catégorie couverte par le moratoire. Des alertes sont diffusées et la pression politique monte immédiatement à Séoul, Washington et Tokyo.
Ne pas présumer que tous les tirs sont identiques
Le scénario doit être testé sous plusieurs variantes. Le lancement peut être annoncé ou non, réussir ou échouer, demeurer dans une zone prévue ou survoler un autre territoire. Il peut s’agir d’un système à courte portée, d’un vecteur intercontinental, d’un engin présenté comme spatial ou d’un missile transportant une charge inconnue. Il peut aussi être isolé, répété ou accompagné de mouvements militaires.
Le droit de protéger les populations
La continuité du processus n’empêcherait pas la Corée du Sud, le Japon ou les forces alliées d’activer leurs systèmes d’alerte, de suivre la trajectoire et de prendre les mesures défensives nécessaires. L’accord ne devrait jamais obliger un gouvernement à attendre passivement lorsqu’une menace immédiate est possible. Il devrait toutefois distinguer ces protections d’une frappe de représailles ou d’une escalade militaire.
Le risque pour les transports civils
Un lancement non annoncé peut également mettre en danger l’aviation et la navigation civiles, même s’il ne vise aucun territoire. La trajectoire, les zones de retombée et la transmission d’avis aux organismes concernés feraient donc partie de l’évaluation. L’Organisation de l’aviation civile internationale a déjà examiné les risques posés par les lancements non annoncés à la sécurité des vols. OACI — Lancements de missiles non annoncés
Stabiliser les premières heures
Activer immédiatement le protocole
Dès la détection, le centre conjoint de prévention des incidents ouvrirait un dossier d’urgence. Il confirmerait l’heure, le lieu approximatif, la trajectoire disponible et les systèmes ayant produit les observations. La hotline militaire serait utilisée pour informer Pyongyang de l’activation du mécanisme et demander une première explication.
Maintenir plusieurs canaux
Si Pyongyang ne répond pas par la hotline militaire, la demande serait transmise par le canal politique, les facilitateurs et, si nécessaire, une représentation diplomatique convenue. L’absence de réponse serait consignée, mais elle ne devrait pas immédiatement être interprétée comme la preuve d’une attaque imminente. Le délai acceptable dépendrait de la trajectoire et du niveau de menace.
Une première fenêtre de retenue
Si le missile ne présente plus de menace immédiate et qu’aucune attaque n’est en cours, les parties appliqueraient une courte période de retenue. Pendant cette fenêtre, elles pourraient renforcer leur surveillance et leur protection, mais éviteraient les représailles irréversibles. Cette période pourrait durer quelques heures seulement lorsque le risque est élevé; sa fonction serait de laisser le temps aux faits essentiels d’émerger.
Demander une explication officielle
Pyongyang devrait préciser la nature de l’activité, son objectif déclaré, les autorités responsables, la catégorie du vecteur et les raisons d’une éventuelle absence de notification. Si le lancement était présenté comme accidentel, le Nord devrait fournir des informations permettant d’évaluer cette explication. S’il était revendiqué comme un essai, la question deviendrait de savoir quelles obligations il enfreint.
Déterminer les obligations applicables
Séparer trois évaluations
Le mécanisme devrait examiner trois questions distinctes :
- le lancement représentait-il une menace militaire immédiate?
- violait-il un engagement contenu dans l’accord?
- violait-il des obligations internationales existantes?
Une réponse différente peut s’appliquer à chacune. Un tir peut ne pas constituer une attaque directe tout en enfreignant un moratoire et les résolutions applicables du Conseil de sécurité.
Ne pas effacer le droit existant
Le nouvel accord ne remplacerait pas automatiquement le régime juridique international concernant les programmes balistiques nord-coréens. Les mesures du Conseil de sécurité relatives à la Corée du Nord continueraient de s’appliquer tant qu’elles ne sont pas modifiées par l’autorité compétente. Le Comité créé par la résolution 1718 supervise notamment les sanctions liées aux programmes nucléaires et balistiques. Conseil de sécurité — Comité concernant la Corée du Nord
Traiter l’argument du lancement spatial
Si Pyongyang affirme avoir lancé un satellite, cette déclaration serait examinée, mais elle ne suffirait pas à mettre fin à la procédure. Les technologies employées, les obligations prévues par l’accord et les résolutions internationales seraient évaluées séparément. Le mécanisme devrait avoir défini avant la crise si un lancement spatial entre dans le moratoire et quelles notifications particulières il exige.
Construire une base factuelle fiable
Recueillir les données techniques
L’équipe indépendante rassemblerait :
● données radar;
● observations satellitaires;
● trajectoire estimée;
● signaux infrarouges;
● informations maritimes et aériennes;
● avis de navigation éventuellement transmis;
● images accessibles;
● déclarations des parties;
● fragments ou débris récupérés.
Les méthodes sensibles pourraient rester confidentielles, mais l’équipe devrait pouvoir publier une conclusion suffisamment motivée.
Protéger les sources sans cacher la conclusion
Les États refuseront probablement de révéler toutes leurs capacités de surveillance. Ils pourraient donc transmettre certaines données brutes à un groupe restreint d’experts autorisés. Le rapport public indiquerait le niveau de confiance, les faits établis et les limites de l’analyse sans dévoiler les performances précises des capteurs.
Vérifier l’intégrité de l’information
Le scénario devrait inclure la circulation d’une fausse vidéo, d’une trajectoire erronée ou d’un message attribué à tort à un gouvernement. Les communications officielles seraient authentifiées et les données numériques conserveraient une chaîne de traçabilité. Une attaque informatique contre un radar ou une hotline devrait être envisagée comme une possibilité distincte du lancement lui-même.
Coordonner l’intervention du trio
Le rôle de Heidi Tagliavini
Tagliavini maintiendrait le canal politique avec Pyongyang et Séoul. Elle chercherait à déterminer si le lancement constitue une décision de rupture, une tentative de pression ou une action que le régime souhaite encore contenir. Elle transmettrait les demandes d’explication et préparerait les conditions politiques d’une réunion urgente.
Le rôle de Thomas Greminger
Greminger coordonnerait l’examen des implications militaires. Son équipe comparerait le lancement aux catégories, zones et seuils définis dans le protocole. Elle évaluerait également les mesures défensives prises par les autres acteurs afin d’éviter qu’une réaction temporaire ne soit interprétée comme la préparation d’une attaque.
Le rôle de Jan Eliasson
Eliasson réunirait les puissances garantes et les institutions concernées. Son objectif serait d’empêcher des réponses contradictoires : négociation immédiate pour certains, rupture totale pour d’autres. Il rappellerait la procédure convenue et vérifierait quelles décisions relèvent de chaque État, du comité des garants ou du Conseil de sécurité.
Qualifier la gravité et choisir la réponse
Qualifier la gravité
Le tir serait ensuite classé selon sa nature, ses conséquences et le comportement de Pyongyang après l’incident.
| Niveau | Situation indicative | Première réponse prévue |
| 1 — Anomalie | Notification tardive ou activité dont la couverture est ambiguë | Explication, correction et clarification des règles |
| 2 — Violation limitée | Tir unique couvert par un moratoire, sans menace directe ni victime | Suspension de la contrepartie liée et consultation urgente |
| 3 — Violation grave | Tir à longue portée, survol dangereux, dissimulation ou répétition | Suspension élargie, inspection renforcée et réunion des garants |
| 4 — Menace majeure | Missile armé, attaque, victimes ou préparation militaire coordonnée | Mesures défensives immédiates et réponse internationale proportionnée |
Cette classification serait indicative. La trajectoire, l’intention observable, les dommages et la coopération ultérieure influenceraient l’évaluation finale.
Suspendre la contrepartie liée
Si le tir enfreint un moratoire confirmé, la première mesure politique serait la suspension de la contrepartie qui lui correspond. Il pourrait s’agir d’un projet économique, d’un allègement réversible ou d’une adaptation militaire déterminée. La suspension entrerait en vigueur selon la procédure déjà inscrite dans l’accord, sans qu’il soit nécessaire de renégocier toute la réponse.
Maintenir les fonctions vitales
Les hotlines, les inspections utiles, l’aide médicale essentielle et les mécanismes de surveillance resteraient actifs. Les interrompre réduirait la connaissance de la situation et augmenterait les risques pour les populations. Les rencontres familiales ne devraient pas devenir la sanction automatique d’un tir de missile auquel les familles n’ont évidemment pas participé.
Éviter de récompenser la provocation
Maintenir le dialogue ne signifie pas offrir une nouvelle concession pour convaincre Pyongyang de revenir à l’accord. Les contreparties suspendues seraient rétablies uniquement après les mesures correctives prévues. Cette règle réduirait l’incitation à provoquer une crise pour obtenir une renégociation plus avantageuse.
Contrôler l’ensemble des réactions
Examiner aussi la réaction des autres parties
Le test ne devrait pas évaluer seulement le comportement nord-coréen. Il vérifierait également si Séoul, Washington et Tokyo respectent les délais de consultation et la proportionnalité convenue. Une réaction dépassant manifestement les mesures prévues pourrait elle-même alimenter l’escalade et devrait faire l’objet d’un examen.
Prévoir les conditions de reprise
Le rétablissement de la contrepartie pourrait exiger plusieurs actions :
● cessation de l’activité interdite;
● explication officielle;
● transmission des informations convenues;
● accès technique ou inspection supplémentaire;
● réaffirmation du moratoire;
● correction de la procédure de notification;
● période limitée sans nouvelle violation.
La combinaison exacte dépendrait de la gravité du tir.
Corriger une ambiguïté véritable
Si l’enquête conclut que le lancement n’était pas clairement couvert par le texte, aucune partie ne devrait prétendre que l’accord était plus précis qu’il ne l’était. Le protocole serait amendé afin de définir la catégorie concernée. Une contrepartie pourrait demeurer temporairement suspendue pendant cette clarification, mais une accusation de violation délibérée exigerait davantage qu’une rédaction déficiente.
Répondre à une violation reconnue
Si Pyongyang reconnaît avoir contrevenu au moratoire, cette reconnaissance ne supprimerait pas la conséquence prévue. Elle pourrait cependant accélérer la procédure de reprise si le régime cesse l’activité, fournit les informations nécessaires et accepte une mesure corrective. L’accord devrait rendre la coopération après une violation plus avantageuse que sa dissimulation.
Faire face à une aggravation
Répondre à une violation répétée
Si les tirs se poursuivent malgré les consultations, la réponse monterait graduellement : suspension de plusieurs contreparties, renforcement de la surveillance, report de nouveaux projets et consultation sur le rétablissement de sanctions. L’élargissement resterait lié à la répétition et à la volonté apparente de vider l’accord de son contenu.
Traiter une menace immédiate
Si le missile vise un territoire, transporte une charge dangereuse ou provoque des victimes, les mesures défensives ne seraient pas retardées par la procédure ordinaire. Les canaux de communication resteraient néanmoins ouverts afin d’éviter une mauvaise évaluation de l’ampleur de l’attaque et de prévenir une escalade nucléaire. La gestion de la menace immédiate et l’examen de la survie de l’accord se dérouleraient alors simultanément.
Simuler plusieurs complications
Avant la signature, le scénario devrait être rejoué avec différentes difficultés :
● Pyongyang ne répond pas pendant plusieurs heures;
● les données américaines et chinoises divergent;
● le missile tombe près d’un navire civil;
● un second lancement survient pendant la consultation;
● une cyberattaque perturbe un système d’alerte;
● une vidéo falsifiée prétend montrer une explosion;
● une puissance garante demande la rupture immédiate;
● l’enquête demeure incapable de déterminer la charge transportée.
L’accord est véritablement testé lorsque la réponse n’est plus évidente.
Évaluer et renforcer le mécanisme
Mesurer la performance du mécanisme
L’exercice devrait mesurer :
● le délai de détection et d’alerte;
● le temps nécessaire pour joindre Pyongyang;
● la rapidité de la consultation militaire;
● la capacité de fusionner les données;
● le délai avant la première évaluation indépendante;
● le respect de la retenue provisoire;
● la cohérence des messages publics;
● la proportionnalité de la contrepartie suspendue;
● la clarté des conditions de reprise.
Ces indicateurs montreraient si le protocole peut fonctionner à la vitesse réelle d’une crise balistique.
Repérer les échecs critiques
Le test serait considéré comme insuffisant si personne ne peut joindre un décideur, si les parties ne s’entendent pas sur la définition d’un missile couvert, si les vérificateurs n’accèdent pas aux données, si les garants donnent des instructions contradictoires ou si la seule réponse disponible consiste à rompre l’accord. Chacun de ces résultats exigerait une correction avant la signature.
Réviser puis recommencer
Après l’exercice, les parties modifieraient les définitions, délais, chaînes de communication et pouvoirs de suspension. Elles rejoueraient ensuite le même scénario. La réussite ne signifierait pas que les participants approuvent tous la décision finale, mais qu’ils savent comment elle sera prise et qu’ils conservent les moyens d’empêcher l’escalade.
Synthèse du scénario — Absorber le choc sans normaliser la violation
Un tir de missile nord-coréen constituerait une épreuve grave et pourrait enfreindre simultanément le moratoire, les protocoles de notification et les obligations internationales applicables. Le maintien du processus ne devrait jamais servir à banaliser cette violation. Il devrait permettre d’y répondre avec davantage de précision : protection immédiate, établissement des faits, suspension de la contrepartie liée et exigences claires avant la reprise.
Le véritable test n’est donc pas de savoir si l’accord peut empêcher à jamais tout lancement. Aucun texte ne possède ce pouvoir. Il est de déterminer si un lancement produit une réponse assez ferme pour protéger la crédibilité de l’accord, assez proportionnelle pour éviter une escalade incontrôlée et assez structurée pour conserver une voie de retour au respect. C’est précisément dans ce moment de tension que l’existence d’un processus devient plus utile que son abandon.
Scénario 2 — Washington change de gouvernement ou de doctrine
Partir de la situation américaine présente
Un changement de doctrine déjà observable
Au moment de la rédaction de ce texte, Donald Trump exerce la présidence des États-Unis. Son approche de la diplomatie accorde une place considérable à la relation directe entre dirigeants, aux annonces présidentielles et à la personnalisation des résultats. Cette méthode peut ouvrir rapidement un canal politique, comme elle l’a fait avec la Corée du Nord en 2018, mais elle rend aussi le processus vulnérable aux préférences et aux décisions d’une seule personne. Maison-Blanche — Administration du président Donald Trump
Une vulnérabilité déjà expérimentée
Le sommet de Singapour de 2018 avait produit une déclaration commune engageant Washington et Pyongyang à construire de nouvelles relations, établir un régime de paix et travailler à la dénucléarisation. Ses objectifs demeuraient toutefois généraux et dépendaient largement de la relation personnelle entre Donald Trump et Kim Jong-un. Lorsque le sommet de Hanoï s’est terminé sans accord en 2019, aucune architecture institutionnelle suffisamment développée n’a pu préserver la dynamique politique.
Une doctrine n’exige pas toujours une alternance
Le scénario ne suppose donc pas nécessairement l’arrivée immédiate d’un nouveau président. Une doctrine peut changer au sein d’une même administration : priorité donnée à un sommet, retour à la pression maximale, exigence d’une transaction globale ou subordination du dossier coréen à une autre rivalité. Le test doit vérifier si l’accord résiste aussi bien à l’alternance qu’aux revirements du président en fonction.
Une distinction factuelle nécessaire
L’idée que le président chercherait personnellement à s’enrichir par le processus constitue une interprétation de ses motivations et ne peut pas être présentée comme un fait établi sans preuve vérifiable. En revanche, le risque institutionnel peut être testé objectivement : avantage privé potentiel, apparence de conflit d’intérêts, participation d’entreprises liées à des responsables, utilisation d’un sommet pour promouvoir une marque ou confusion entre fonction publique et négociation commerciale.
Construire le scénario électoral
Des élections fédérales imminentes
Les élections fédérales américaines de 2026 sont prévues le 3 novembre. L’ensemble de la Chambre des représentants est renouvelé tous les deux ans, tandis qu’environ le tiers des sièges du Sénat arrive à échéance au même moment. Cette différence signifie qu’une contestation étendue pourrait désorganiser profondément la Chambre sans faire disparaître la continuité institutionnelle du Sénat. Commission électorale fédérale — Calendrier de 2026 Chambre des représentants — Élections biennales Sénat américain — Durée des mandats
Une trajectoire hypothétique
La simulation suppose que plusieurs élections serrées à la Chambre sont contestées devant les tribunaux et les autorités des États. Certaines certifications sont retardées, les deux partis revendiquent la majorité et les élus se divisent sur la reconnaissance de plusieurs résultats. À l’ouverture du nouveau Congrès, la Chambre ne parvient pas à établir rapidement une direction stable ou à fonctionner normalement.
Une paralysie politiquement aggravée
Une contestation de quelques sièges ne rendrait pas automatiquement toute la Chambre juridiquement inexistante. La paralysie simulée résulterait d’une combinaison plus sévère : certifications retardées, majorité incertaine, contestations internes, incapacité à élire durablement un président de la Chambre et refus partisan de faire progresser les lois budgétaires ou les mesures liées à l’accord coréen.
Le Congrès juge ses propres élections
La Constitution américaine confie à chaque chambre le pouvoir de juger les élections, les résultats et les qualifications de ses membres. Elle exige également un quorum pour conduire ses travaux. Le test devrait donc intégrer les décisions des États, les recours judiciaires et les procédures internes du Congrès, sans supposer qu’une seule institution pourrait résoudre immédiatement toutes les contestations. Constitution annotée — Pouvoir du Congrès sur les élections de ses membres Constitution annotée — Quorum au Congrès
Déclencher la crise politique
Une annonce présidentielle inattendue
Pendant la période de contestation électorale, le président annonce une modification de la politique américaine. Il affirme vouloir reprendre personnellement le contrôle du dossier coréen, suspend certaines réunions techniques et propose un sommet direct avec Kim Jong-un. Il présente cette initiative comme une occasion de conclure rapidement une entente plus avantageuse.
Une proposition commerciale controversée
Des informations apparaissent ensuite selon lesquelles des entreprises privées liées au président, à sa famille, à des proches ou à des partenaires politiques pourraient bénéficier de projets touristiques, immobiliers ou financiers associés à l’ouverture économique de la Corée du Nord. Dans la simulation, ces informations ne sont pas immédiatement considérées comme prouvées. Elles déclenchent toutefois une procédure d’examen en raison du risque de conflit d’intérêts et de l’atteinte possible à la crédibilité du processus.
Une Chambre incapable d’agir normalement
La Chambre ne peut adopter les crédits supplémentaires, modifier certaines sanctions ou tenir une surveillance politique cohérente. Des commissions concurrentes publient des conclusions opposées sur la légitimité de l’initiative présidentielle. Le Sénat continue de fonctionner, mais sa capacité à approuver un traité ou des nominations est affaiblie par la polarisation.
Pyongyang exploite l’incertitude
La Corée du Nord affirme ne plus savoir quelles promesses américaines pourront être exécutées. Elle demande des avantages immédiats avant que la situation politique ne se détériore davantage et menace de suspendre certaines inspections. Pékin soutient la poursuite du dialogue, tandis que Tokyo et Séoul craignent qu’un accord présidentiel improvisé réduise leur sécurité.
Cartographier les pouvoirs américains
Distinguer négocier et engager
Le président américain peut conduire la diplomatie, reconnaître des interlocuteurs et négocier des arrangements relevant de ses pouvoirs exécutifs. Il ne peut cependant pas garantir seul toutes les décisions nécessaires au processus. Les crédits, certaines modifications législatives et la mise en œuvre durable de plusieurs contreparties nécessitent l’intervention du Congrès.
Identifier la forme de chaque engagement
L’accord devrait préciser la base juridique américaine de chaque obligation :
| Forme d’engagement | Force institutionnelle | Vulnérabilité principale |
| Déclaration présidentielle | Rapide à adopter | Facilement modifiable politiquement |
| Engagement administratif | Applicable par les ministères compétents | Réversible par une nouvelle directive |
| Accord exécutif autorisé | Appuyé par une loi ou un pouvoir existant | Dépend de la portée exacte de l’autorisation |
| Loi fédérale | Engage l’administration dans les limites constitutionnelles | Peut être modifiée par un futur Congrès |
| Traité | Approbation des deux tiers des sénateurs présents | Difficile à obtenir dans un contexte polarisé |
| Résolution ou mécanisme multilatéral | Ajoute une protection internationale | Dépend des institutions et pouvoirs concernés |
Aucune forme ne garantit à elle seule une permanence absolue. Leur combinaison réduit cependant la possibilité qu’une seule décision efface tout le processus.
Le rôle constitutionnel du Sénat
La Constitution donne au président le pouvoir de conclure des traités avec l’avis et le consentement du Sénat, à condition d’obtenir l’approbation des deux tiers des sénateurs présents. Cette exigence peut renforcer la durabilité d’un engagement, mais elle rend aussi sa ratification difficile lorsque la polarisation est élevée. Constitution annotée — Pouvoir de conclure les traités
Le pouvoir financier du Congrès
Les engagements nécessitant des dépenses ne devraient pas dépendre de fonds que le Congrès n’a pas encore autorisés. Avant la signature, les négociateurs devraient distinguer les ressources déjà disponibles, les crédits pluriannuels, les sommes conditionnelles et les nouveaux financements exigeant une loi. Promettre une contrepartie sans moyen légal de la financer recréerait exactement le problème que le test cherche à prévenir.
Stabiliser le processus pendant la paralysie
Activer une consultation institutionnelle
Dès l’annonce du changement de doctrine, les États-Unis devraient convoquer une consultation avec les deux Corées, les facilitateurs et les garants. L’administration expliquerait quelles mesures sont modifiées, suspendues ou maintenues. Une déclaration présidentielle ou une publication sur les réseaux sociaux ne devrait pas suffire à redéfinir juridiquement les obligations américaines.
Maintenir les engagements encore valides
Les mesures dont la base juridique, le financement et le mandat demeurent valides continueraient d’être appliquées. Les hotlines, échanges de données, inspections autorisées et activités humanitaires ne seraient pas suspendus uniquement parce que le Congrès traverse une crise politique. Le fonctionnement minimal du processus serait séparé des nouvelles décisions exigeant une intervention législative.
Geler les modifications irréversibles
Pendant la période d’incertitude, aucune partie ne devrait être poussée à exécuter une concession irréversible en échange d’une contrepartie américaine que Washington n’est plus certain de pouvoir fournir. Les mesures déjà convenues pourraient continuer, mais les nouvelles transactions dépendant d’une loi ou d’un financement seraient placées en attente.
Ne pas punir les Corées pour la crise américaine
La paralysie de Washington ne devrait pas être qualifiée automatiquement de violation nord-coréenne ou intercoréenne. Si une contrepartie américaine est retardée, l’obligation nord-coréenne directement associée pourrait être temporairement gelée selon la procédure convenue. Les autres protocoles continueraient de fonctionner.
Protéger la légitimité électorale américaine
Ne pas choisir le vainqueur depuis l’étranger
Les deux Corées, les garants et les facilitateurs devraient s’abstenir de reconnaître un résultat contesté avant la conclusion des procédures américaines compétentes. Le processus de paix ne doit pas devenir un instrument permettant à un acteur étranger de renforcer un parti, un candidat ou une interprétation des élections.
Refuser les concessions électorales
Pyongyang ne devrait pas offrir un geste spectaculaire destiné à favoriser politiquement un candidat ou un parti américain. Washington ne devrait pas non plus demander une annonce nord-coréenne principalement conçue pour influencer le scrutin. Tout engagement pris durant la période électorale serait évalué selon les mécanismes ordinaires et non selon sa valeur pour une campagne.
Authentifier les instructions
Les fonctionnaires américains participant au processus devraient disposer de mandats écrits et vérifiables. Si des autorités concurrentes transmettent des instructions incompatibles, les facilitateurs demanderaient une confirmation par les voies administratives et juridiques reconnues. Ils ne choisiraient pas simplement l’interlocuteur dont la position facilite le plus la négociation.
Isoler les contestations du fonctionnement technique
Les différends électoraux resteraient traités par les institutions américaines. Les équipes militaires, diplomatiques et techniques continueraient d’exécuter les obligations qui ne sont pas légalement suspendues. Cette séparation empêcherait la crise politique intérieure de devenir immédiatement une crise de sécurité dans la péninsule.
Institutionnaliser les engagements américains
Construire plusieurs points d’ancrage
Les engagements les plus importants devraient être soutenus simultanément par un texte international, une autorisation nationale, une institution responsable et un financement identifiable. Plus une obligation dépend d’un seul décret ou d’une relation présidentielle, plus elle est vulnérable à un revirement.
Associer le Congrès avant la signature
Des représentants des deux partis et des deux chambres devraient être informés avant que les engagements américains soient finalisés. Leur participation ne garantirait pas l’absence de contestation, mais elle permettrait de repérer les dispositions politiquement inapplicables et de construire un soutien dépassant l’administration en fonction.
Échelonner les approbations
Les mesures ne nécessitant pas de nouvelle loi pourraient entrer en vigueur en premier. Les obligations exigeant un vote seraient déclenchées seulement après leur approbation. L’accord éviterait ainsi de demander à Pyongyang ou à Séoul d’exécuter une concession majeure sur la simple promesse qu’un Congrès futur agira.
Utiliser des échéanciers conditionnels
Une disposition pourrait prévoir : « dans les trente jours suivant l’adoption de l’autorisation américaine » plutôt qu’imposer une date absolue que Washington ne contrôle plus. Cette souplesse protégerait l’accord contre un retard institutionnel sans permettre aux États-Unis de reporter indéfiniment leur obligation.
Préparer une continuité budgétaire
Financer le noyau essentiel à l’avance
Les communications, inspections et fonctions du secrétariat devraient disposer de ressources pluriannuelles ou de fonds déjà engagés. Une paralysie budgétaire américaine ne devrait pas interrompre immédiatement la surveillance ou le travail des facilitateurs.
Diversifier les contributions
Le financement des mécanismes communs serait partagé entre plusieurs États et institutions. Les États-Unis pourraient demeurer un contributeur important sans devenir l’unique source de ressources. Si Washington retarde un versement, un fonds de continuité pourrait maintenir temporairement les opérations essentielles.
Séparer les engagements financés
Chaque projet devrait indiquer si son financement est américain, international, intercoréen ou mixte. Cette traçabilité permettrait de suspendre le volet devenu indisponible sans bloquer les contributions des autres partenaires.
Interdire les promesses non autorisées
Ni le président ni les négociateurs ne devraient annoncer des dépenses dont le financement n’a pas été juridiquement sécurisé. Les partenaires seraient informés du statut exact de chaque somme : autorisée, appropriée, conditionnelle ou seulement envisagée. Cette franchise peut paraître moins grandiose, mais elle coûte beaucoup moins cher qu’une promesse inexécutable.
Prévenir la personnalisation du processus
Séparer le sommet de la négociation
Une rencontre entre le président américain et Kim Jong-un pourrait soutenir le processus, mais elle ne devrait pas le remplacer. Les textes, vérifications et contreparties seraient préparés par les équipes responsables avant le sommet. Les dirigeants pourraient confirmer ou débloquer un compromis; ils ne devraient pas improviser seuls des obligations impossibles à exécuter.
Refuser le contrôle de l’image
Aucun dirigeant ne devrait pouvoir présenter le processus comme sa propriété personnelle. Les communiqués seraient publiés au nom des parties et des institutions concernées. Les facilitateurs conserveraient leur autonomie et ne participeraient pas à une mise en scène laissant croire qu’ils travaillent pour la réputation politique d’un seul président.
Maintenir les réunions techniques
Si le président exige la suspension des groupes de travail afin de concentrer toute l’attention sur un sommet, les autres parties devraient demander leur maintien. Une photographie entre dirigeants ne peut pas remplacer les centaines de décisions techniques nécessaires à une paix durable.
Protéger la succession
Les communications, archives et engagements ne seraient pas conservés uniquement par des conseillers personnels du président. Le département d’État, le département de la Défense et les autres institutions compétentes posséderaient les dossiers, les coordonnées et les responsabilités nécessaires pour assurer la continuité après un remplacement d’équipe.
Prévenir les intérêts privés
Traiter l’apparence comme un risque
Il n’est pas nécessaire de prouver immédiatement un enrichissement personnel pour reconnaître que l’apparence d’un conflit d’intérêts peut affaiblir l’accord. Si les parties croient qu’une décision de sécurité favorise une entreprise liée à un négociateur, elles peuvent soupçonner l’ensemble du processus d’être orienté vers un bénéfice privé.
Imposer une déclaration des intérêts
Les responsables, conseillers et intermédiaires participant aux décisions économiques devraient déclarer leurs intérêts financiers pertinents. Le système fédéral américain utilise déjà la divulgation financière pour repérer et traiter certains conflits d’intérêts dans l’exécutif; le processus coréen ajouterait des règles spécifiques concernant les projets issus de l’accord. Office of Government Ethics — Divulgation financière
Exclure les bénéficiaires liés
Une entreprise contrôlée par un dirigeant participant à la négociation, sa famille immédiate ou un intermédiaire agissant pour eux ne devrait pas recevoir directement un contrat découlant de l’accord. Toute exception juridiquement possible devrait être examinée publiquement par une autorité indépendante avant son approbation.
Séparer les décisions commerciales
Les projets touristiques, immobiliers ou miniers ne seraient pas négociés dans le même canal que les garanties de sécurité. Ils suivraient des appels d’offres, des règles de sanctions, des audits et des évaluations environnementales. Aucun accès commercial ne devrait devenir la récompense personnelle d’un responsable politique.
Répondre aux allégations
Ouvrir un examen indépendant
Lorsqu’une allégation crédible apparaît, un mécanisme éthique indépendant vérifierait les intérêts financiers, les participants aux réunions, les projets envisagés et les décisions prises. Son déclenchement ne constituerait pas une déclaration de culpabilité. Il protégerait à la fois le processus et les personnes injustement accusées.
Suspendre la transaction concernée
Pendant l’examen, le projet commercial ou le contrat visé serait suspendu. Les négociations de paix, les inspections et les programmes humanitaires continueraient. Cette séparation empêcherait qu’une controverse financière réelle ou fabriquée soit utilisée pour détruire l’ensemble du processus.
Protéger les facilitateurs
Les facilitateurs devraient refuser tout avantage, financement privé ou participation à un projet commercial lié aux négociations. Leurs déplacements, honoraires et dépenses seraient financés par le mécanisme officiel. Leur réputation ne devrait pas servir de caution à une transaction qu’ils ne peuvent pas vérifier.
Publier les conclusions
L’autorité d’examen publierait les faits établis, les conflits constatés et les mesures correctives, dans les limites nécessaires à la protection des renseignements sensibles. Si aucune preuve n’est trouvée, elle le dirait clairement. Si un conflit existe, la personne ou l’entreprise concernée serait écartée du projet.
Résister à un changement de doctrine
Demander une notification formelle
Toute modification importante de la politique américaine devrait être transmise officiellement aux parties. La notification préciserait les engagements concernés, la base juridique invoquée et la date d’application. Une déclaration politique générale ne serait pas présumée abroger des obligations précises.
Distinguer les niveaux de changement
La réponse dépendrait de la portée du revirement :
| Niveau | Changement américain | Première réponse |
| 1 — Rhétorique | Nouveau langage sans modification opérationnelle | Demande de clarification |
| 2 — Administratif | Remplacement des négociateurs ou révision interne | Maintien des mécanismes et période d’adaptation |
| 3 — Opérationnel | Suspension d’une contrepartie ou d’une activité convenue | Consultation et gel de l’obligation correspondante |
| 4 — Juridique | Retrait ou violation d’un engagement formalisé | Procédure de différend et mobilisation des garants |
| 5 — Stratégique | Menace militaire ou abandon général du processus | Mesures de protection et réponse multilatérale |
Cette classification empêcherait de traiter une phrase présidentielle et une violation juridique comme des événements identiques.
Conserver un délai de consultation
Sauf menace immédiate, une décision américaine de retrait ou de suspension ne devrait pas produire tous ses effets le jour de son annonce. Un délai permettrait aux parties d’examiner les motifs, proposer une correction et déterminer les obligations directement touchées.
Refuser le remplacement unilatéral de l’accord
Un président pourrait proposer une nouvelle transaction personnelle, mais il ne devrait pas pouvoir obliger les autres signataires à abandonner l’architecture existante. Les parties resteraient libres de négocier une modification selon les clauses prévues. Tant qu’elle n’est pas adoptée, les engagements encore valides continueraient de s’appliquer.
Coordonner la réponse du trio
Le rôle de Heidi Tagliavini
Tagliavini maintiendrait les échanges avec Washington, Séoul et Pyongyang. Elle chercherait à distinguer la position officielle américaine, les annonces politiques et les propositions encore exploratoires. Elle empêcherait Pyongyang d’interpréter chaque déclaration comme une rupture définitive tout en transmettant clairement les inquiétudes provoquées par le changement.
Le rôle de Thomas Greminger
Greminger vérifierait si la nouvelle doctrine modifie les exercices, déploiements, garanties militaires ou mécanismes de surveillance. Il proposerait des mesures temporaires empêchant qu’un changement administratif soit interprété comme la préparation d’une attaque.
Le rôle de Jan Eliasson
Eliasson réunirait les garants, les partenaires financiers et les institutions internationales. Il chercherait des ressources de remplacement, préserverait les engagements multilatéraux et rappellerait que la participation américaine ne se limite pas à la volonté présidentielle du moment.
Une position commune
Le trio publierait une évaluation commune distinguant ce qui continue, ce qui est suspendu et ce qui nécessite une décision américaine. Cette clarté empêcherait les parties de sélectionner l’interprétation qui sert le mieux leur stratégie.
Gérer une Chambre paralysée
Continuer ce qui est déjà autorisé
Les organismes américains poursuivraient les activités relevant de mandats et de financements encore valides. Les facilitateurs tiendraient un registre précis de ces engagements afin d’éviter qu’une paralysie politique soit confondue avec une disparition juridique de l’État américain.
Suspendre ce qui exige une nouvelle loi
Les mesures nécessitant un vote de la Chambre seraient reportées. Les partenaires ne devraient pas contourner le Congrès par une interprétation artificiellement large des pouvoirs présidentiels. Une paix durable ne gagne rien à être construite sur une décision susceptible d’être annulée par les tribunaux.
Utiliser les mécanismes de remplacement
Lorsque cela est légalement possible, d’autres garants ou organismes internationaux pourraient assurer temporairement un financement ou une fonction logistique. Ils ne remplaceraient pas les obligations proprement américaines, mais empêcheraient l’arrêt des services communs.
Ajuster les échéanciers
Le comité directeur pourrait prolonger certains délais sans rouvrir tout l’accord. Cette prolongation serait limitée, motivée et révisée périodiquement. Si la paralysie se prolonge, les parties pourraient renégocier la contrepartie directement concernée.
Préparer la sortie de crise
Reconnaître les autorités établies
Lorsque les procédures électorales, judiciaires et parlementaires ont déterminé les représentants habilités à agir, les parties mettraient fin aux arrangements provisoires. Les facilitateurs ne jugeraient pas eux-mêmes la légitimité politique du résultat; ils vérifieraient quelle autorité est reconnue par le droit américain applicable.
Présenter un état des engagements
La nouvelle direction du Congrès et l’administration recevraient un rapport indiquant les obligations respectées, suspendues et en attente. Cette transmission réduirait le risque que les nouveaux responsables découvrent le processus uniquement à travers les accusations de leurs adversaires.
Réaffirmer ou contester formellement
Washington disposerait d’un délai déterminé pour confirmer ses engagements, proposer une révision ou déclencher la procédure de retrait. Le silence ne devrait pas prolonger indéfiniment l’incertitude. Les autres parties sauraient alors quelles contreparties peuvent reprendre.
Corriger les vulnérabilités révélées
Si la crise a démontré qu’un financement, une autorité ou un engagement dépendait excessivement de la Chambre, l’accord serait modifié. L’objectif ne serait pas de contourner la démocratie américaine, mais de rendre explicite ce que ses institutions peuvent réellement garantir.
Simuler plusieurs complications
Ajouter des contestations juridiques
Le test devrait examiner une situation dans laquelle plusieurs tribunaux rendent des décisions divergentes, certaines certifications restent incomplètes et la Chambre conteste elle-même des sièges. Les participants devraient distinguer l’incertitude politique de l’absence complète d’autorité juridique.
Ajouter une paralysie budgétaire
Une variante comprendrait l’expiration de certains crédits et l’interruption partielle des activités gouvernementales. Le test déterminerait quels employés, paiements, inspections et communications peuvent légalement continuer.
Ajouter une initiative présidentielle parallèle
Le président annoncerait un sommet dans un lieu lié à des intérêts privés ou proposerait un projet économique dont les bénéficiaires sont inconnus. Les facilitateurs devraient refuser d’endosser la transaction tant que l’examen éthique et juridique n’est pas terminé, sans fermer le canal politique.
Ajouter une réaction nord-coréenne
Pyongyang suspendrait une inspection en affirmant que Washington ne peut plus fournir sa contrepartie. Le mécanisme devrait déterminer si cette suspension est autorisée, prématurée ou disproportionnée. Il chercherait ensuite une mesure temporaire maintenant le plafonnement militaire pendant le règlement du différend.
Évaluer et renforcer le mécanisme
Mesurer la continuité
L’exercice devrait mesurer :
● le nombre d’engagements poursuivis malgré la paralysie;
● le temps nécessaire pour identifier l’autorité américaine compétente;
● la capacité de maintenir les financements essentiels;
● la cohérence des communications de Washington;
● le délai d’examen d’un conflit d’intérêts;
● la réaction des autres garants;
● la proportionnalité des suspensions nord-coréennes;
● la capacité de reprendre le calendrier après la crise.
Ces indicateurs montreraient si l’accord possède une existence réellement institutionnelle.
Repérer les échecs critiques
Le test échouerait si toutes les communications dépendent d’un conseiller présidentiel, si les financements disparaissent immédiatement, si personne ne connaît la base juridique des engagements ou si un intérêt commercial privé peut modifier les garanties de sécurité. Il échouerait également si Pyongyang peut utiliser la crise pour suspendre indistinctement toutes ses obligations.
Réviser les ancrages
Les parties pourraient renforcer certaines dispositions par une loi, un financement multilatéral, une autorité administrative plus précise ou une procédure de succession. Les projets exposés aux intérêts privés seraient séparés ou soumis à de nouvelles règles de transparence.
Rejouer sous une administration opposée
Le scénario devrait finalement être repris en inversant les préférences politiques : une nouvelle administration rejette la doctrine de sa prédécesseure, remplace les négociateurs et exige une révision. Si l’accord ne peut survivre qu’à des gouvernements qui l’approuvent entièrement, il n’a pas encore réussi son test.
Synthèse du scénario — Institutionnaliser sans contourner la démocratie
Un processus de paix crédible ne peut pas empêcher les États-Unis de tenir des élections, de modifier leur politique ou de débattre de leurs engagements. Il ne devrait d’ailleurs pas essayer de soustraire la politique étrangère au contrôle démocratique. Il doit plutôt empêcher que chaque élection, querelle partisane ou préférence présidentielle fasse disparaître instantanément des obligations touchant la sécurité de millions de personnes.
La solution repose sur plusieurs protections complémentaires : textes juridiquement identifiés, participation du Congrès, financements durables, mécanismes multilatéraux, échéanciers conditionnels, transparence financière et séparation entre diplomatie publique et intérêts commerciaux privés. Aucun de ces outils ne peut rendre un engagement américain irréversible. Ensemble, ils peuvent rendre son abandon plus lent, plus visible et politiquement plus coûteux.
Le test doit aussi protéger la crédibilité des agents du processus. Les facilitateurs ne peuvent devenir les figurants d’un sommet personnel ni la caution morale d’une transaction commerciale. Leur rôle est de préserver l’accord, d’établir ce qui demeure applicable et d’offrir une trajectoire de reprise lorsque les institutions américaines recommencent à fonctionner.
La véritable résistance de l’accord apparaîtrait lorsque Washington traverse une crise sans entraîner immédiatement les deux Corées dans sa paralysie. Si les communications, inspections, protections humanitaires et obligations déjà autorisées continuent; si les nouvelles concessions attendent une autorité légitime; et si les intérêts privés sont séparés des décisions de sécurité, le processus peut survivre au changement de doctrine comme au changement de gouvernement.
Scénario 3 — Pékin ou Moscou bloque une décision
Comprendre les motifs possibles du blocage
Des garants qui possèdent leurs propres intérêts
La Chine et la Russie ne participeraient pas au processus comme des observateurs désintéressés. Elles chercheraient à réduire le risque de guerre, mais aussi à protéger leur influence, leur sécurité et leurs relations avec Pyongyang. Leur soutien serait donc plus probable lorsque l’accord renforce simultanément la stabilité régionale et leur propre position stratégique.
Les priorités de Pékin
La Chine cherche principalement à éviter une guerre à sa frontière, un effondrement du régime nord-coréen, des déplacements massifs de population et une expansion de la présence militaire américaine. Elle souhaite aussi empêcher que la Corée du Nord devienne complètement incontrôlable ou que la péninsule soit utilisée pour renforcer une coalition stratégique dirigée contre elle.
Les priorités de Moscou
La Russie cherche à préserver son influence en Asie du Nord-Est, maintenir ses relations stratégiques avec Pyongyang et empêcher les puissances occidentales de contrôler seules l’architecture régionale. La guerre en Ukraine a également rapproché Moscou et Pyongyang, donnant à la Russie de nouvelles raisons de s’opposer aux mécanismes susceptibles de restreindre ou d’exposer cette coopération.
Un blocage n’a pas toujours la même signification
Un veto peut protéger un intérêt stratégique légitime, servir de levier dans une négociation ou chercher délibérément à paralyser le processus. L’accord devrait donc distinguer une objection limitée à une disposition, un refus d’assumer un nouvel engagement et une tentative de bloquer des mesures ne relevant pas de l’acteur concerné.
Définir le périmètre de chaque puissance
Les décisions strictement intercoréennes
Les deux Corées n’auraient pas besoin de l’autorisation de Pékin ou de Moscou pour maintenir leurs hotlines, tenir une réunion, organiser des rencontres familiales ou appliquer une mesure de prévention des incidents relevant de leurs propres autorités. Les puissances garantes pourraient être informées sans disposer d’un pouvoir de décision.
Les décisions engageant une puissance
La Chine devrait naturellement consentir à une obligation concernant sa frontière, ses ressources, ses sanctions nationales ou son soutien financier. La Russie devrait faire de même pour les engagements qui lui sont attribués. Aucun État ne peut être lié à une nouvelle obligation sans l’avoir acceptée.
Les décisions relevant du Conseil de sécurité
La modification des sanctions adoptées par le Conseil de sécurité exige une décision de celui-ci. La Chine et la Russie, comme les trois autres membres permanents, peuvent empêcher l’adoption d’une résolution substantielle par leur vote négatif. Les autres parties ne pourraient pas simplement déclarer que ces sanctions ont disparu parce qu’elles jugent le veto injustifié.
Une carte de l’indispensabilité
Avant la signature, chaque décision devrait être classée selon l’autorité nécessaire :
| Catégorie de décision | Autorisation indispensable |
| Communication et coopération intercoréennes | Deux Corées |
| Engagement propre à un garant | Garant concerné |
| Projet financé par un groupe volontaire d’États | États participants |
| Exemption prévue par le régime de sanctions | Autorité compétente selon la procédure existante |
| Modification d’une sanction du Conseil de sécurité | Conseil de sécurité |
| Changement d’un protocole de paix | Signataires du protocole concerné |
Cette carte empêcherait qu’une puissance transforme une participation limitée en droit de regard général.
Sous-scénario A — Pékin bloque une nouvelle décision sur les sanctions
Un précédent en 2022
En mai 2022, la Chine et la Russie ont opposé leur veto à un projet de résolution qui aurait renforcé les sanctions contre la Corée du Nord après de nouveaux tirs balistiques. Pékin a expliqué que des sanctions supplémentaires risquaient d’aggraver les tensions et la situation humanitaire, et qu’un retour au dialogue exigeait également des mesures de la part des États-Unis. Cet exemple montre que la Chine peut bloquer une décision non parce qu’elle approuve nécessairement les activités nord-coréennes, mais parce qu’elle rejette l’instrument proposé pour y répondre. Ministère chinois des Affaires étrangères — Explication du vote du 26 mai 2022
Le déclenchement simulé
Dans notre scénario, une violation nord-coréenne est confirmée pendant l’application de l’accord. Les États-Unis proposent une nouvelle résolution imposant des restrictions supplémentaires et demandent au comité des garants de soutenir unanimement cette réponse. Séoul et Tokyo considèrent la mesure nécessaire pour préserver la crédibilité du protocole nucléaire.
L’objection chinoise
Pékin refuse d’appuyer la résolution. Il affirme que la violation doit recevoir une réponse, mais que les sanctions proposées toucheraient excessivement la population, menaceraient les projets de coopération et pousseraient Pyongyang à abandonner l’accord. Il demande plutôt une suspension ciblée des contreparties et une reprise immédiate des consultations.
Une dimension stratégique supplémentaire
La Chine soupçonne également Washington d’utiliser la crise pour justifier un renforcement permanent de ses systèmes antimissiles, de sa surveillance et de sa coopération militaire avec le Japon et la Corée du Sud. Elle conditionne son soutien à l’absence de nouvelles mesures américaines qu’elle considère comme dirigées contre ses propres capacités stratégiques.
Déterminer ce que le veto chinois bloque réellement
La nouvelle résolution est bloquée
Le veto empêcherait l’adoption des sanctions supplémentaires proposées au Conseil de sécurité. Il ne supprimerait pas les sanctions déjà en vigueur et ne modifierait pas automatiquement les obligations contenues dans l’accord de paix. Le centre de vérification continuerait donc de documenter la violation.
Les mesures intercoréennes continuent
Les deux Corées maintiendraient les communications, la surveillance de la zone démilitarisée, les réunions techniques et les fonctions humanitaires. Si la violation concerne le protocole nucléaire, la contrepartie économique directement associée pourrait être suspendue sans fermer les mécanismes de sécurité conventionnelle.
Les États appliquent leurs propres compétences
Les États-Unis, la Corée du Sud ou le Japon pourraient adopter des mesures nationales relevant de leurs lois, à condition qu’elles respectent l’accord et le principe de proportionnalité. Ils ne pourraient pas présenter ces mesures comme des sanctions du Conseil de sécurité ni obliger les autres garants à les appliquer.
La Chine conserve ses obligations existantes
Le refus d’appuyer de nouvelles sanctions ne libérerait pas Pékin des résolutions déjà adoptées ni des garanties qu’il a signées. Si la Chine cessait également d’exécuter une obligation existante, ce comportement constituerait un différend distinct exigeant sa propre procédure.
Chercher une réponse acceptable pour Pékin
Décomposer la proposition contestée
Les facilitateurs sépareraient les mesures destinées à répondre directement à la violation de celles qui modifient plus largement l’équilibre régional. Une sanction financière ciblée, une inspection supplémentaire et un nouveau déploiement antimissile ne devraient pas être présentés comme un seul ensemble indivisible.
Demander une contre-proposition
La Chine ne pourrait pas simplement opposer son veto et quitter la discussion. Le code de conduite des garants lui demanderait de présenter une solution de remplacement répondant à la violation : suspension ciblée, médiation, inspection renforcée, engagement correctif ou mesure économique réversible.
Préserver la proportionnalité
Si la contre-proposition chinoise est insuffisante, les autres garants pourraient appliquer les réponses qu’ils contrôlent. Ils devraient toutefois expliquer pourquoi celles-ci demeurent liées à la violation et ne servent pas à obtenir un avantage stratégique plus large contre la Chine.
Offrir une voie de convergence
Un compromis pourrait combiner la suspension de la contrepartie associée, une inspection renforcée et un délai imposé à Pyongyang pour revenir au respect. De nouvelles sanctions seraient réexaminées seulement si la violation se répète. Pékin obtiendrait une réponse graduée; les autres parties préserveraient la crédibilité de l’accord.
Sous-scénario B — Moscou bloque un mécanisme de surveillance
Un précédent en 2024
Le 28 mars 2024, la Russie a opposé son veto au renouvellement du Groupe d’experts chargé d’assister le Comité des sanctions concernant la Corée du Nord. Le projet avait obtenu treize votes favorables; la Russie a voté contre et la Chine s’est abstenue. Le mandat du groupe a donc pris fin, même si les sanctions qu’il surveillait sont demeurées en vigueur. Nations unies — Pratique du Conseil de sécurité concernant la Corée du Nord en 2024
Les raisons invoquées par Moscou
La Russie soutenait que le régime de sanctions était devenu détaché de la réalité et que le travail du Groupe d’experts reflétait excessivement les positions occidentales. Plusieurs autres membres ont plutôt estimé que ce veto affaiblissait un mécanisme indépendant de surveillance. Le désaccord portait donc autant sur la légitimité du système que sur les faits qu’il devait examiner.
Le déclenchement simulé
Dans notre scénario, l’organisme de vérification découvre des indices laissant croire qu’un transfert militaire interdit a eu lieu entre la Corée du Nord et la Russie. Il demande des renseignements supplémentaires et recommande une inspection ou une enquête indépendante. Moscou rejette cette conclusion, bloque le renouvellement du mandat concerné et menace de suspendre sa participation au comité des garants.
Le risque de conflit d’intérêts
La Russie deviendrait simultanément puissance garante, partie mise en cause et acteur capable de bloquer le mécanisme chargé d’examiner les faits. Cette concentration des rôles représente précisément le genre de vulnérabilité que le test doit révéler avant la signature.
Préserver la surveillance malgré le veto russe
Les obligations demeurent en vigueur
La disparition d’un groupe d’experts ne supprime pas les règles qu’il était chargé de surveiller. Les sanctions existantes et les engagements contenus dans l’accord continueraient de s’appliquer tant qu’ils ne sont pas légalement modifiés. La difficulté porterait sur l’établissement des faits et non sur l’existence des obligations.
Créer une capacité de remplacement
Les signataires pourraient mandater un organisme distinct pour vérifier les obligations propres à l’accord de paix. Celui-ci recueillerait les données, inspecterait les activités couvertes et transmettrait ses conclusions aux parties. Il ne prétendrait pas exercer les pouvoirs du Conseil de sécurité ni remplacer juridiquement son Comité des sanctions.
Un précédent multilatéral
Après la fin du Groupe d’experts en 2024, onze États ont créé l’Équipe multilatérale de surveillance des sanctions afin de continuer à documenter les violations et les contournements. Ce mécanisme ne possède pas le statut du Groupe d’experts de l’ONU, mais il démontre qu’un veto peut interrompre une institution sans faire disparaître toute capacité de surveillance. Ministère japonais des Affaires étrangères — Création de l’Équipe multilatérale de surveillance
Éviter une surveillance de coalition
Un mécanisme composé uniquement d’adversaires de Moscou ou de Pyongyang risquerait toutefois d’être perçu comme politiquement orienté. Le processus de paix devrait chercher une participation plus large : experts suisses et suédois, organismes techniques internationaux, États non directement engagés et procédures permettant à la Russie de présenter ses données sans contrôler la conclusion.
Traiter le conflit d’intérêts russe
Écarter le garant de sa propre enquête
Lorsqu’une allégation concerne directement la Russie, celle-ci pourrait présenter sa défense et contester les données, mais ne devrait pas participer à la décision déterminant la validité de l’enquête. Cette règle ne présumerait pas sa culpabilité; elle appliquerait un principe élémentaire d’impartialité.
Protéger les renseignements sensibles
Les preuves pourraient provenir de satellites, de services de renseignement ou de données commerciales. Un groupe restreint d’experts examinerait les informations non publiques et publierait une conclusion motivée sans révéler les capacités techniques des États contributeurs.
Distinguer contestation et obstruction
La Russie aurait le droit de contester la méthodologie, demander une expertise supplémentaire et produire ses propres éléments de preuve. Elle ne pourrait pas utiliser cette contestation pour supprimer les données originales, révoquer les experts ou empêcher toute publication.
Suspendre seulement l’engagement concerné
Si Moscou refuse l’enquête ou viole une garantie précise, les autres parties pourraient suspendre sa fonction dans ce dossier. Sa participation aux communications d’urgence ou aux discussions sans rapport direct pourrait continuer, à moins que son comportement ne représente une menace plus générale.
Activer un protocole commun contre les blocages
Exiger une objection écrite
Toute puissance bloquant une décision devrait présenter ses motifs, les intérêts affectés, les dispositions contestées et les solutions de remplacement qu’elle accepterait. Cette obligation rendrait le veto plus transparent et permettrait de distinguer une véritable contrainte stratégique d’une tactique de paralysie.
Déterminer l’autorité nécessaire
Le secrétariat juridique établirait si le consentement de la puissance est réellement indispensable. Si la décision ne modifie aucune de ses obligations et ne relève pas d’une institution où elle possède légalement un veto, son opposition serait enregistrée sans empêcher les autres parties d’agir.
Maintenir provisoirement la situation
Pendant la consultation, les obligations existantes continueraient. Aucune nouvelle concession irréversible ne serait exigée dans le dossier bloqué, mais les autres protocoles poursuivraient leur calendrier. Cette continuité empêcherait le garant d’obtenir automatiquement la suspension générale qu’il recherche peut-être.
Fixer une échéance
La consultation disposerait d’un délai déterminé. À son expiration, la décision serait soit adoptée sous une forme modifiée, soit reportée, soit poursuivie par les acteurs juridiquement compétents. Un veto ne devrait pas créer une période d’incertitude sans fin.
Limiter le pouvoir de blocage
Abandonner l’unanimité générale
Le comité des garants ne devrait pas fonctionner par consensus sur toutes les questions. Une puissance disposerait d’un droit de consentement sur ses propres obligations, mais pas sur chaque réunion, inspection, projet humanitaire ou mesure intercoréenne.
Utiliser des décisions à géométrie variable
Une décision pourrait engager uniquement les membres qui l’approuvent, à condition de ne pas modifier les droits des autres. Les garanties et projets seraient ainsi organisés en coalitions fonctionnelles plutôt qu’en un bloc où l’acteur le moins coopératif fixe toujours la vitesse de tous.
Réserver certaines décisions fondamentales
L’unanimité ou l’accord de tous les signataires concernés resterait nécessaire pour modifier les principes de non-agression, les frontières opérationnelles, les obligations nucléaires centrales ou les garanties de sécurité attribuées à une puissance. La souplesse ne doit pas permettre de réécrire l’accord par une coalition temporaire.
Interdire le veto croisé
La Russie ne devrait pas pouvoir bloquer un projet sanitaire parce qu’elle conteste une décision concernant l’Ukraine. La Chine ne devrait pas pouvoir suspendre une réunion familiale pour protester contre une mesure américaine à Taïwan. Les différends extérieurs seraient discutés séparément, sauf s’ils modifient directement l’exécution de l’accord coréen.
Éviter les solutions illégales
Ne pas contourner le Conseil de sécurité
Si une sanction de l’ONU demeure en vigueur, une coalition d’États ne peut pas légalement la lever à sa place. Elle peut utiliser les exemptions existantes, modifier ses propres sanctions ou proposer une nouvelle résolution. Le processus devrait décrire honnêtement les limites de ces solutions.
Ne pas fabriquer une fausse autorisation
Une mesure volontaire prise par plusieurs États ne devrait pas être présentée comme une décision de la communauté internationale entière. Son texte préciserait les participants, la base juridique et les États qui ne s’y associent pas.
Protéger la crédibilité des vérificateurs
La création d’un mécanisme de remplacement ne devrait pas servir à obtenir automatiquement la conclusion souhaitée. Les experts, méthodes, règles de preuve et possibilités de contestation seraient définis avant la première enquête.
Maintenir la possibilité d’un retour
Même lorsqu’un mécanisme alternatif est créé, la porte resterait ouverte à une réintégration de la Chine ou de la Russie. Leur retour exigerait l’acceptation du mandat, des règles d’indépendance et des conclusions déjà valablement produites.
Coordonner la réponse du trio
Le rôle de Heidi Tagliavini
Tagliavini mènerait des consultations séparées avec Pékin, Moscou, Séoul et Pyongyang. Elle chercherait à identifier l’intérêt précis protégé par le blocage et la formulation qui permettrait de le traiter sans accorder un veto général. Elle maintiendrait également le dialogue si les échanges publics deviennent accusatoires.
Le rôle de Thomas Greminger
Greminger déterminerait les conséquences militaires du blocage. Il vérifierait si l’absence de décision modifie les inspections, les notifications ou l’équilibre des forces. Il proposerait des mesures temporaires afin d’empêcher qu’un vide institutionnel augmente immédiatement le risque de confrontation.
Le rôle de Jan Eliasson
Eliasson coordonnerait les consultations au Conseil de sécurité, au comité des garants et auprès des institutions multilatérales. Il chercherait à préserver la légalité des mesures, organiser les contributions alternatives et maintenir une possibilité de compromis avec la puissance qui bloque.
Une recommandation commune
Le trio publierait une évaluation distinguant la décision véritablement bloquée, les fonctions qui peuvent continuer et les solutions juridiquement disponibles. Cette recommandation réduirait la possibilité pour chaque camp de prétendre que le veto paralyse tout — ou, à l’inverse, qu’il ne produit aucune conséquence.
Proportionner la réponse au blocage
Qualifier le comportement
Le refus serait classé selon sa portée :
| Niveau | Forme de blocage | Première réponse |
| 1 — Objection limitée | Demande de modification d’une disposition | Consultation et nouvelle formulation |
| 2 — Refus d’engagement | Puissance refusant une nouvelle obligation propre | Recherche d’un autre garant ou réduction du projet |
| 3 — Blocage institutionnel | Veto empêchant une décision multilatérale | Maintien des mesures existantes et solutions légales alternatives |
| 4 — Obstruction répétée | Refus systématique accompagné de pressions extérieures | Limitation du rôle décisionnel dans les autres dossiers |
| 5 — Sabotage de l’accord | Violation directe, dissimulation ou menace | Suspension ciblée du statut de garant et consultation générale |
Cette échelle distinguerait l’exercice légitime d’une compétence du détournement systématique du processus.
Ne pas punir Pyongyang automatiquement
Un veto chinois ou russe ne devrait pas être attribué à la Corée du Nord sans preuve de coordination. Si une contrepartie promise à Pyongyang devient impossible, son obligation correspondante pourrait être gelée. Les autres engagements nord-coréens demeureraient applicables.
Ne pas récompenser le garant qui bloque
La puissance ne devrait pas recevoir une concession sans rapport avec son objection uniquement pour retirer son veto. Toute modification devrait répondre à un intérêt directement touché ou améliorer la qualité de la décision. Autrement, chaque crise créerait une incitation à bloquer davantage.
Préserver les conséquences prévues
Si la décision bloquée devait répondre à une violation confirmée, les parties appliqueraient les mesures qu’elles contrôlent déjà : suspension de la contrepartie liée, inspections renforcées, report de nouveaux avantages et consultation diplomatique. L’absence de sanction supplémentaire ne signifierait pas l’absence de réponse.
Simuler plusieurs complications
Ajouter une crise entre Washington et Pékin
Une confrontation liée à Taïwan survient au même moment. Pékin menace de suspendre toute coopération coréenne si les États-Unis renforcent leur présence militaire régionale. Le test doit déterminer quelles obligations chinoises continuent malgré cette crise extérieure.
Ajouter une aggravation de la guerre en Ukraine
Moscou conditionne son soutien au processus coréen à une concession occidentale concernant l’Ukraine. Les facilitateurs devraient refuser ce marchandage tout en préservant les canaux permettant à la Russie d’exécuter ses engagements coréens.
Ajouter une réaction de Pyongyang
La Corée du Nord affirme que le désaccord entre les garants rend l’accord inutilisable et suspend une inspection. Le mécanisme devrait vérifier si la contrepartie correspondante est réellement bloquée et si la suspension nord-coréenne demeure proportionnelle.
Ajouter un désaccord entre Pékin et Moscou
La Chine souhaite maintenir le processus, mais la Russie bloque une décision; ou l’inverse. Le test vérifierait si une puissance peut coopérer sans être obligée de suivre l’autre. Leur proximité stratégique ne devrait pas être traitée comme une identité automatique de positions.
Évaluer et renforcer le mécanisme
Mesurer la continuité
L’exercice devrait mesurer :
● le nombre de mécanismes intercoréens demeurés actifs;
● le temps nécessaire pour définir la portée du veto;
● la rapidité de présentation d’une contre-proposition;
● la capacité de maintenir la vérification;
● le respect des sanctions encore applicables;
● la proportionnalité des mesures alternatives;
● la cohérence des autres garants;
● la capacité de ramener la puissance bloquante à la table.
Ces indicateurs montreraient si le processus peut survivre à une division entre grandes puissances.
Repérer les dépendances critiques
Le test échouerait si une seule puissance peut interrompre les hotlines, supprimer toutes les données de vérification ou bloquer des projets n’engageant aucune de ses ressources. Il échouerait également si les autres parties ne peuvent répondre qu’en violant le droit international ou en abandonnant l’accord.
Corriger la gouvernance
Les parties pourraient modifier les règles de vote, élargir les sources de financement, créer une capacité de vérification de remplacement ou préciser les décisions ne nécessitant pas l’accord des garants. Ces corrections seraient apportées avant qu’un véritable veto ne révèle la faiblesse.
Rejouer avec un blocage prolongé
Le scénario devrait être simulé sur plusieurs mois. Une solution qui fonctionne pendant quarante-huit heures peut devenir insuffisante si le Conseil de sécurité demeure paralysé, si les rapports cessent d’être produits ou si les contreparties promises ne peuvent plus être accordées. La résistance se mesure dans la durée.
Synthèse du scénario — Rendre le veto circonscrit plutôt que contagieux
La Chine et la Russie possèdent des intérêts réels pouvant les conduire à bloquer une décision : prévention d’un effondrement nord-coréen, opposition à l’expansion militaire américaine, protection de leur influence ou préservation de leur coopération avec Pyongyang. Ces intérêts ne disparaîtront pas parce qu’un accord de paix les qualifie d’inconvénients. Ils doivent être anticipés, délimités et intégrés à la gouvernance.
Les précédents de 2022 et de 2024 démontrent que le risque est concret. Pékin a déjà refusé de nouvelles sanctions qu’il jugeait contre-productives. Moscou a déjà mis fin, par son veto, au mandat du Groupe d’experts surveillant les sanctions nord-coréennes. Dans les deux cas, la décision particulière a été bloquée, mais toutes les règles existantes n’ont pas disparu.
La solution consiste à construire une architecture où chaque puissance demeure indispensable seulement là où son consentement, ses ressources ou son autorité juridique sont réellement nécessaires. Les accords intercoréens autonomes continuent; les obligations existantes demeurent; les réponses contrôlées par d’autres acteurs peuvent être appliquées; et des mécanismes de remplacement peuvent préserver certaines fonctions sans prétendre posséder des pouvoirs qu’ils n’ont pas.
Un veto conserverait ainsi sa portée juridique ou politique réelle, mais ne deviendrait plus un bouton d’arrêt général. La réussite du test serait démontrée si Pékin ou Moscou peut bloquer une décision précise sans interrompre les communications, les inspections, l’aide humanitaire et les autres avancées de la paix.
Scénario 4 — Un gouvernement plus hostile arrive au pouvoir à Séoul
Comprendre la nature du risque
Une alternance démocratique légitime
Un gouvernement sud-coréen plus hostile au processus de paix pourrait être élu dans le respect des règles démocratiques. Il pourrait juger les concessions précédentes excessives, considérer les mécanismes de coopération comme inefficaces ou privilégier la dissuasion militaire. Cette réorientation ne constituerait pas automatiquement une violation de l’accord. Un processus de paix durable doit accepter que les électeurs puissent changer de gouvernement et que celui-ci dispose d’une marge réelle pour modifier ses politiques.
Ne pas neutraliser la démocratie
Institutionnaliser la paix ne signifie pas retirer la politique coréenne aux citoyens sud-coréens. Aucun accord ne devrait rendre impossible une révision démocratique, protéger un gouvernement contre l’alternance ou obliger une nouvelle administration à poursuivre chaque initiative de ses prédécesseurs. La résilience recherchée consiste plutôt à imposer une procédure avant la rupture : évaluation, justification, consultation, décision légalement autorisée et protection des mécanismes essentiels.
Une hostilité à plusieurs degrés
Un gouvernement peut adopter une rhétorique plus ferme sans vouloir mettre fin à l’accord. Il peut suspendre un projet économique, demander des inspections plus intrusives ou renforcer certaines activités militaires. Il peut également décider que Pyongyang a vidé l’accord de son contenu et chercher à s’en retirer. Le scénario doit distinguer ces niveaux au lieu de traiter toute critique de la politique de paix comme un sabotage.
Le véritable point de rupture
Le risque devient majeur lorsque le nouveau gouvernement ferme les communications, interrompt les inspections, empêche les réunions techniques et utilise les mécanismes humanitaires comme moyens de pression. Il retire alors les instruments permettant de déterminer si la menace nord-coréenne augmente réellement. Même une administration favorable à une politique de fermeté devrait avoir intérêt à conserver ces sources d’information et ces procédures de désescalade.
Construire le scénario électoral
Une campagne dominée par la sécurité
Après plusieurs années d’application difficile, une élection présidentielle sud-coréenne se déroule dans un contexte de tensions. Des essais nord-coréens, un incident maritime et des accusations de détournement économique alimentent le débat. Un candidat d’opposition affirme que le processus de paix a accordé trop d’avantages à Pyongyang sans réduire suffisamment la menace.
Une promesse de révision complète
Le candidat promet de rétablir une politique de « sécurité avant coopération ». Il annonce qu’une fois élu, il réexaminera les projets économiques, les limitations militaires, les mécanismes d’inspection et les relations avec les facilitateurs. Il évite cependant de préciser quels engagements seraient suspendus, renégociés ou maintenus.
Une victoire incontestable
Le candidat remporte l’élection de manière régulière et dispose d’un mandat démocratique pour modifier la politique gouvernementale. Sa formation ne possède toutefois pas nécessairement une majorité suffisante à l’Assemblée nationale pour modifier toutes les lois, retirer tous les financements ou approuver la suspension d’accords ayant reçu le consentement parlementaire.
Une période de transition vulnérable
Entre l’élection et l’entrée en fonction, les autorités sortantes continuent d’administrer les mécanismes de paix, tandis que la future équipe prépare sa révision. Pyongyang peut chercher à tester la nouvelle administration, accélérer une activité militaire ou exiger une confirmation immédiate des engagements sud-coréens. Cette période devient donc un premier test de continuité institutionnelle.
Déclencher la crise politique
Une annonce dès l’entrée en fonction
Dans son discours inaugural, le nouveau président affirme que la paix ne peut reposer sur des concessions unilatérales. Il annonce la suspension des rencontres politiques de haut niveau et ordonne une révision de quatre-vingt-dix jours de tous les engagements intercoréens. Il souhaite également accroître la visibilité de certains exercices conjoints avec les États-Unis.
Une volonté de reprendre le contrôle
La nouvelle administration demande que toutes les communications avec Pyongyang passent par le cabinet présidentiel. Elle remet en question le mandat des facilitateurs et interdit temporairement aux fonctionnaires de proposer de nouvelles contreparties. Certains conseillers recommandent également de suspendre les réunions techniques afin de démontrer que la politique précédente est terminée.
Une réaction nord-coréenne calculée
Pyongyang dénonce l’annonce comme une préparation à l’abandon de l’accord. Il réduit sa participation à certaines inspections, menace de fermer une hotline et place des unités militaires en état d’alerte renforcée. Il évite toutefois de rompre officiellement l’accord, laissant à Séoul la responsabilité apparente du premier retrait.
Une inquiétude chez les garants
Washington soutient le droit de Séoul de réévaluer sa politique, mais craint qu’une rupture désordonnée augmente le risque militaire. Pékin accuse la nouvelle administration de provoquer Pyongyang. Le Japon demande un renforcement de la dissuasion, tandis que la Russie affirme que les garanties occidentales perdent toute crédibilité. Une alternance nationale commence ainsi à produire des conséquences régionales.
Cartographier les pouvoirs sud-coréens
Un président disposant de pouvoirs importants
La Constitution sud-coréenne autorise le président à conclure et ratifier les traités, à recevoir les représentants diplomatiques et à diriger les forces armées. Une nouvelle administration possède donc une capacité considérable de modifier la diplomatie, la posture militaire et l’application administrative d’un accord. Constitution de la République de Corée
Une Assemblée nationale qui ne peut être ignorée
L’Assemblée nationale doit consentir à certaines catégories de traités, notamment ceux concernant l’assistance mutuelle, la sécurité, les organisations internationales, les forces étrangères ou les obligations financières importantes. Elle autorise également les dépenses et adopte les lois nécessaires à l’exécution des engagements. Une paix appuyée uniquement sur les pouvoirs présidentiels resterait donc beaucoup plus facile à renverser.
Un statut particulier pour les accords intercoréens
La Loi sur le développement des relations intercoréennes prévoit que le président conclut et ratifie ces accords après délibération du Conseil d’État. Le consentement de l’Assemblée nationale est requis lorsqu’un accord impose une lourde charge financière ou concerne des matières législatives. Si l’Assemblée a approuvé sa conclusion ou sa ratification, son accord est aussi nécessaire pour en suspendre les effets. Loi sud-coréenne sur le développement des relations intercoréennes
Une suspension demeure possible
La même loi permet au président de suspendre tout ou partie d’un accord intercoréen pour une période déterminée lorsque surviennent des changements importants, ou lorsque la sécurité nationale, l’ordre public ou le bien-être collectif l’exigent. L’institutionnalisation ne rend donc pas les accords intouchables. Elle peut toutefois obliger le gouvernement à préciser leur statut, leur durée de suspension et, dans certains cas, à obtenir l’accord du Parlement.
Distinguer l’autorité politique de l’autorité juridique
Le scénario devrait cartographier chaque engagement selon son fondement : décision présidentielle, règlement administratif, loi, budget, accord intercoréen, traité international ou mandat multilatéral. La nouvelle administration ne disposerait pas des mêmes pouvoirs sur chacun.
Cette cartographie empêcherait qu’une déclaration politique soit interprétée comme l’abolition immédiate de toutes les obligations.
| Fondement de l’engagement | Exemple | Possibilité de modification |
| Décision administrative | Composition d’une délégation | Modification relativement rapide |
| Protocole militaire exécutif | Notification d’un exercice | Révision selon les dispositions du protocole |
| Loi nationale | Financement ou mandat institutionnel | Intervention de l’Assemblée nationale |
| Accord intercoréen approuvé | Obligations politiques ou financières importantes | Procédure de suspension prévue par la loi |
| Traité international | Garanties engageant plusieurs États | Procédure de retrait ou de modification du traité |
| Mandat indépendant | Inspection ou vérification | Modification selon les règles constitutives |
Stabiliser la période de révision
Accepter le droit d’examiner
Les facilitateurs et les garants devraient reconnaître publiquement le droit du nouveau gouvernement de réévaluer les engagements. Chercher à l’empêcher nourrirait l’idée que le processus de paix appartient aux anciennes autorités ou aux puissances extérieures. La question n’est pas de savoir si la révision peut avoir lieu, mais comment empêcher qu’elle produise un vide de sécurité.
Définir une période transitoire
La révision de quatre-vingt-dix jours pourrait être reconnue comme une procédure légitime à condition que les obligations existantes demeurent applicables jusqu’à une décision formelle. Les nouveaux engagements et les extensions de projets pourraient être temporairement gelés. Les mécanismes destinés à prévenir une guerre, vérifier les activités et protéger les personnes continueraient de fonctionner.
Demander un inventaire public
La nouvelle administration devrait publier la liste des engagements examinés et les classer selon quatre catégories : maintenus, suspendus provisoirement, proposés pour renégociation ou considérés comme violés. Chaque décision devrait comporter un fondement juridique et une justification sécuritaire. Cette transparence empêcherait qu’un accord soit démantelé progressivement par une série d’instructions informelles.
Préserver la chaîne de commandement
Les forces sud-coréennes et américaines devraient recevoir des instructions écrites précisant les règles demeurant en vigueur pendant la révision. Aucun commandement local ne devrait devoir deviner si une zone tampon, une notification ou une procédure d’urgence s’applique encore. L’incertitude administrative peut devenir aussi dangereuse qu’une décision politique hostile.
Protéger les mécanismes essentiels
Une indépendance fonctionnelle, non absolue
Les hotlines, inspections et programmes humanitaires ne peuvent être entièrement soustraits à l’autorité d’un gouvernement élu. Ils peuvent cependant disposer d’une indépendance fonctionnelle : mandat légal, financement établi, personnel professionnel, procédures écrites et conditions précises de suspension. Cette architecture oblige le gouvernement à prendre une décision formelle plutôt qu’à laisser les mécanismes mourir par négligence.
Sanctuariser les hotlines
Les lignes militaires et civiles devraient être exploitées par des centres permanents et non par les cabinets personnels des dirigeants. Leur entretien, leurs tests et leur utilisation en cas d’urgence constitueraient des obligations techniques. Un gouvernement pourrait limiter certains échanges politiques, mais la fermeture d’une hotline militaire exigerait une notification, une consultation et la mise en place d’un canal de remplacement.
Donner plusieurs gardiens aux communications
Les canaux devraient être répartis entre plusieurs institutions : forces armées, ministère de l’Unification, autorités maritimes et secrétariat du processus. Si le gouvernement réduit les contacts d’un ministère, les communications nécessaires à la prévention des incidents pourraient continuer par un autre canal autorisé.
Maintenir les inspections
Les inspections ne devraient pas dépendre du renouvellement mensuel d’une autorisation politique. Leur calendrier, leur financement et leurs droits d’accès seraient établis dans les protocoles. Une administration pourrait demander une révision des méthodes, contester une conclusion ou suspendre sa participation selon la procédure prévue; elle ne pourrait pas effacer rétroactivement les données déjà recueillies.
Protéger les données de vérification
Les rapports, images, relevés techniques et historiques d’inspection devraient être conservés par une institution neutre et protégés contre la destruction ou la modification politique. Le nouveau gouvernement y aurait accès selon les règles convenues. Cette continuité lui fournirait d’ailleurs une meilleure base pour déterminer si sa méfiance envers Pyongyang est justifiée.
Maintenir les réunions techniques
Les réunions politiques de haut niveau pourraient être suspendues pendant la révision, mais les rencontres militaires, sanitaires et techniques devraient suivre leur calendrier. Si une délégation refuse de participer, la séance aurait tout de même lieu pour enregistrer les informations disponibles, identifier les décisions impossibles et fixer une nouvelle date.
Préserver les mécanismes humanitaires
Les réunions de familles séparées, les recherches de personnes et les soins essentiels ne devraient pas être interrompus uniquement pour marquer un changement de doctrine. Les programmes seraient administrés par des organismes possédant des critères publics, des fonds réservés et une surveillance indépendante. Une suspension resterait possible en cas de détournement ou de danger réel pour les participants, mais pas comme simple instrument de communication politique.
Protéger sans figer
Certains mécanismes conserveraient une protection presque automatique; d’autres pourraient être ralentis pendant la révision.
| Mécanisme | Traitement pendant l’alternance |
| Hotlines militaires | Maintien automatique |
| Alertes maritimes et aériennes | Maintien automatique |
| Conservation des données d’inspection | Maintien automatique |
| Aide médicale essentielle | Maintien, sauf risque documenté de détournement |
| Réunions techniques | Poursuite ou remplacement par une consultation facilitée |
| Nouveau projet économique | Report possible |
| Élargissement d’un programme | Report pendant l’évaluation |
| Nouvelle contrepartie stratégique | Décision après consultation politique |
Distinguer réorientation et violation
Premier niveau — Le changement rhétorique
Le gouvernement annonce une doctrine plus ferme, remplace ses négociateurs et demande davantage de vérification. Il ne suspend aucune obligation précise. Les facilitateurs demanderaient des clarifications et adapteraient les modalités du dialogue, mais aucune sanction ou contre-mesure ne serait justifiée.
Deuxième niveau — La révision administrative
Séoul suspend l’ouverture de nouveaux projets, réduit certaines rencontres politiques et révise ses lignes directrices. Les mécanismes existants continuent. Cette réorientation relèverait largement de la discrétion gouvernementale, sous réserve des engagements déjà adoptés et des autorisations budgétaires.
Troisième niveau — La suspension formelle
Le gouvernement suspend une contrepartie ou une disposition en utilisant la procédure prévue. Il doit alors identifier la clause invoquée, fixer la durée de la suspension et participer à une consultation. Pyongyang pourrait suspendre la mesure réciproque directement liée, mais non l’ensemble du processus.
Quatrième niveau — La violation institutionnelle
L’administration ferme les communications, empêche les inspections ou refuse d’appliquer une obligation sans suivre la procédure de suspension. Les facilitateurs devraient constater la rupture procédurale, demander une correction et saisir les garants ou les institutions compétentes.
Cinquième niveau — La préparation d’une confrontation
Séoul adopte des mesures incompatibles avec la non-agression ou menace explicitement de recourir à la force en dehors du droit de légitime défense. Les mécanismes de crise seraient immédiatement activés. Les garants devraient chercher à protéger la Corée du Sud sans approuver une escalade contraire à l’accord ou au droit international.
| Niveau | Comportement sud-coréen | Première réponse proposée |
| 1 — Rhétorique | Nouvelle doctrine et négociateurs remplacés | Clarification et maintien des mécanismes |
| 2 — Administratif | Gel de nouvelles initiatives | Adaptation du calendrier |
| 3 — Suspension régulière | Clause de suspension officiellement utilisée | Consultation et suspension liée |
| 4 — Violation | Mécanisme essentiel fermé sans procédure | Demande de correction et médiation urgente |
| 5 — Menace stratégique | Action hostile ou préparation offensive | Mesures immédiates de protection et consultation des garants |
Coordonner la réponse du trio
Le rôle de Heidi Tagliavini
Tagliavini rencontrerait la nouvelle équipe afin de comprendre ses objectifs réels. Elle chercherait à distinguer les engagements qu’elle souhaite abandonner de ceux qu’elle veut simplement renforcer ou renégocier. Elle maintiendrait parallèlement un canal avec Pyongyang pour éviter que chaque annonce sud-coréenne soit interprétée comme la préparation d’une attaque.
Le rôle de Thomas Greminger
Greminger établirait les conséquences militaires de chaque modification proposée. Il préciserait quelles mesures peuvent être suspendues sans créer un risque immédiat et lesquelles constituent des infrastructures de sécurité indispensables. Il préparerait également des options permettant d’augmenter la dissuasion sud-coréenne tout en maintenant les notifications et les procédures de désescalade.
Le rôle de Jan Eliasson
Eliasson réunirait les puissances garantes afin qu’elles adoptent une réponse cohérente. Washington ne devrait pas profiter de l’alternance pour prendre seul le contrôle du processus; Pékin et Moscou ne devraient pas présenter toute révision comme une violation. Eliasson chercherait à préserver le soutien international aux inspections, à l’aide essentielle et au secrétariat.
Une recommandation commune
Le trio présenterait au nouveau gouvernement une évaluation séparant les décisions immédiatement disponibles, celles exigeant l’approbation de l’Assemblée nationale et celles nécessitant une négociation avec les autres signataires. Il ne lui demanderait pas de conserver intégralement la politique précédente, mais de choisir une trajectoire légalement et militairement maîtrisée.
Répondre aux préoccupations légitimes
Examiner les résultats réels
Un gouvernement hostile peut soulever des critiques fondées. Certaines inspections peuvent être insuffisantes, des contreparties peuvent avoir été accordées trop rapidement ou un projet peut présenter un risque de détournement. Le processus doit être capable de reconnaître ces problèmes sans qualifier automatiquement toute critique de sabotage.
Organiser un audit contradictoire
La révision devrait inclure des experts choisis par la nouvelle administration, l’Assemblée nationale, les organismes de vérification et les facilitateurs. Ils examineraient les engagements respectés, les violations, les coûts, les bénéfices sécuritaires et les vulnérabilités. Les conclusions minoritaires pourraient être publiées afin d’éviter un faux consensus.
Renforcer plutôt qu’abolir
Si une inspection est trop limitée, l’administration pourrait proposer davantage de capteurs, une fréquence accrue ou une procédure d’accès complémentaire. Si un projet économique est insuffisamment contrôlé, elle pourrait exiger des paiements directs aux fournisseurs et de nouveaux audits. Une politique de fermeté peut ainsi renforcer l’accord plutôt que le détruire.
Accepter un ralentissement
Le calendrier général pourrait être prolongé si le gouvernement démontre qu’une vérification supplémentaire est nécessaire. Les contreparties dépendant de l’étape contestée seraient retardées dans la même proportion. Ce ralentissement serait préférable à une poursuite artificielle suivie d’une rupture plus brutale.
Encadrer la posture militaire
Distinguer défense et provocation
La nouvelle administration conserve le droit de protéger la Corée du Sud et d’entraîner ses forces. Elle pourrait reprendre certains exercices ou en modifier l’ampleur. Elle devrait toutefois notifier les activités couvertes par l’accord et expliquer comment elles demeurent compatibles avec les zones, seuils et mesures de confiance adoptés.
Prévenir l’escalade symétrique
Pyongyang pourrait répondre à un exercice sud-coréen par un lancement, auquel Séoul répondrait par un nouveau déploiement. Le mécanisme de prévention des incidents devrait intervenir avant que chaque mesure devienne la justification de la suivante. Les facilitateurs compareraient les actions aux obligations précises plutôt qu’aux intentions publiquement attribuées.
Maintenir une capacité de correction
Si l’activité sud-coréenne dépasse les seuils convenus, elle pourrait être réduite, déplacée ou accompagnée d’une observation. Si la menace nord-coréenne rend cette adaptation dangereuse, une consultation urgente déterminerait les mesures temporaires de protection. Le droit à la défense serait conservé sans permettre qu’il serve de formule universelle pour ignorer l’accord.
Protéger le consensus démocratique
Informer l’Assemblée nationale
La nouvelle administration devrait présenter son évaluation à l’Assemblée nationale avant toute suspension exigeant son consentement. Des audiences pourraient entendre les responsables militaires, les vérificateurs, les organisations humanitaires et les représentants des communautés frontalières. Cette procédure rendrait visibles les coûts et les bénéfices d’une rupture.
Donner une place à l’opposition
Le parti ayant construit le processus précédent doit pouvoir défendre ses résultats, mais il ne devrait pas monopoliser sa mémoire. À l’inverse, le nouveau gouvernement ne devrait pas exclure tous les fonctionnaires et experts ayant participé aux négociations. Une commission parlementaire pluraliste pourrait conserver l’historique des engagements et distinguer les faits des récits partisans.
Utiliser les institutions déjà disponibles
La Corée du Sud possède déjà un Comité pour le développement des relations intercoréennes et un système de plans pluriannuels. En 2026, ce comité réunissait des membres gouvernementaux et civils pour examiner le cinquième plan directeur, lequel devait ensuite être étudié par le gouvernement, communiqué à l’Assemblée et rendu public. Ces structures pourraient être renforcées afin que la politique intercoréenne repose sur un débat institutionnel plus large. Ministère sud-coréen de l’Unification
Ne pas créer une politique étrangère parallèle
L’Assemblée, les collectivités, les organisations civiles et les experts peuvent soutenir la continuité, mais ils ne doivent pas se substituer au gouvernement dans la conduite des négociations. Leur rôle consiste à autoriser, financer, surveiller, documenter et contester les décisions selon leurs compétences. Une résilience démocratique ne se construit pas en créant un deuxième exécutif non élu.
Prévenir une exploitation nord-coréenne
Ne pas laisser Pyongyang choisir la politique de Séoul
La Corée du Nord pourrait chercher à diviser les institutions sud-coréennes, soutenir indirectement certains discours ou menacer de provoquer une crise si la nouvelle politique est maintenue. Les facilitateurs devraient rappeler que l’orientation politique de Séoul appartient aux citoyens et aux institutions sud-coréennes.
Maintenir les obligations nord-coréennes
La révision menée à Séoul ne suspendrait pas automatiquement les engagements de Pyongyang. Celui-ci devrait continuer les notifications, inspections et communications tant que les obligations correspondantes demeurent appliquées. Une provocation destinée à influencer le débat sud-coréen serait évaluée comme telle et pourrait entraîner la réponse proportionnelle prévue.
Offrir une voie d’adaptation
Pyongyang devrait néanmoins disposer d’un moyen de répondre aux préoccupations du nouveau gouvernement. Il pourrait accepter une vérification supplémentaire, prolonger un moratoire ou participer à une réunion militaire spéciale. Une concession nord-coréenne clairement vérifiée donnerait à Séoul un argument concret pour préserver certaines composantes de l’accord.
Préparer une sortie ordonnée
Permettre la renégociation
Si le gouvernement estime qu’une disposition ne protège plus suffisamment la sécurité sud-coréenne, il devrait pouvoir proposer son remplacement. La demande préciserait le risque observé, la modification recherchée et la contrepartie éventuellement offerte. L’ancienne disposition demeurerait applicable pendant une période déterminée, sauf danger immédiat.
Encadrer le retrait
Un retrait complet devrait exiger une notification écrite, une consultation avec les autres signataires, l’examen des conséquences militaires et, lorsque le droit sud-coréen le prévoit, l’intervention de l’Assemblée nationale. Un délai de transition permettrait de protéger les personnes, les données, les projets essentiels et les forces présentes à la frontière.
Conserver un noyau après le retrait
Même si Séoul quittait une partie de l’accord, certaines fonctions pourraient subsister dans des instruments séparés : hotlines, notifications d’urgence, protection des familles, accès humanitaire et enquêtes sur les incidents. La fin d’un protocole politique ne devrait pas nécessairement abolir les outils empêchant une guerre accidentelle.
Reconstruire une voie de retour
Le texte devrait préciser comment une obligation suspendue peut être rétablie. Une nouvelle inspection, une correction nord-coréenne, un vote parlementaire ou une révision du protocole pourrait permettre la reprise. Sans voie de retour, chaque suspension risque de devenir définitive simplement parce que personne ne sait comment y mettre fin.
Simuler plusieurs complications
Ajouter une provocation nord-coréenne
Pendant la révision sud-coréenne, Pyongyang effectue un tir limité ou refuse une inspection. L’exercice doit déterminer si la nouvelle administration utilise la procédure graduée ou présente immédiatement l’incident comme la preuve que tout l’accord doit être abandonné.
Ajouter une pression américaine
Washington demande à Séoul d’accroître rapidement certains exercices et déploiements. La simulation vérifie si l’alliance peut adapter sa posture tout en respectant les notifications et les consultations prévues par le processus de paix.
Ajouter une division parlementaire
L’Assemblée nationale refuse d’approuver la suspension d’un accord, mais le président ordonne aux ministères de réduire son application. Le scénario doit déterminer quelles obligations continuent, quelles contestations peuvent être portées devant les institutions compétentes et comment éviter une paralysie opérationnelle.
Ajouter une contestation populaire
Des manifestations soutiennent la nouvelle politique, tandis que les régions frontalières et les familles séparées craignent la disparition des mécanismes de coopération. Le gouvernement doit expliquer ses choix et démontrer que les mesures de sécurité proposées réduisent effectivement le risque.
Ajouter un incident maritime
Un échange de tirs survient pendant que les canaux politiques sont ralentis. Les hotlines, la commission militaire et les mécanismes d’enquête doivent fonctionner sans attendre que le débat national sur l’accord soit réglé. Leur capacité à le faire constitue précisément la mesure de leur indépendance institutionnelle.
Évaluer et renforcer le mécanisme
Mesurer la continuité
L’exercice devrait mesurer :
● le nombre de mécanismes demeurés actifs;
● le temps nécessaire pour joindre la nouvelle administration;
● la proportion des réunions techniques maintenues;
● la continuité des inspections et de la conservation des données;
● le maintien des programmes humanitaires essentiels;
● la capacité de l’Assemblée nationale à exercer ses responsabilités;
● la clarté juridique des décisions de suspension;
● la réaction de Pyongyang et des puissances garantes;
● et la possibilité de rétablir une mesure suspendue.
Repérer les dépendances personnelles
Si une hotline cesse de fonctionner parce qu’un conseiller présidentiel retire son autorisation, son architecture est trop fragile. Si une inspection disparaît avec le remplacement d’un ministre, son mandat est insuffisant. Si une réunion humanitaire dépend entièrement d’un sommet politique, elle n’est pas encore institutionnalisée.
Repérer les excès d’indépendance
L’évaluation doit aussi détecter l’excès inverse. Une institution ne devrait pas pouvoir engager des fonds, modifier une posture militaire ou négocier une nouvelle obligation sans autorité démocratique. La continuité doit protéger les fonctions déjà autorisées, non créer un pouvoir autonome échappant au contrôle politique.
Corriger les fondations juridiques
Les mécanismes trop dépendants de l’exécutif pourraient recevoir un mandat législatif, un budget pluriannuel ou une procédure de suspension plus précise. Les obligations les plus importantes pourraient être soumises à l’approbation parlementaire. Les fonctions techniques seraient confiées à des administrations permanentes plutôt qu’aux cabinets politiques.
Rejouer avec une majorité différente
La simulation devrait être répétée avec plusieurs configurations : président hostile et Assemblée favorable à l’accord, président et Parlement hostiles, gouvernement minoritaire ou coalition divisée. Un mécanisme qui fonctionne uniquement lorsque toutes les institutions partagent la même orientation reste vulnérable.
Synthèse du scénario — Faire survivre la paix à l’alternance
L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement plus hostile à Séoul ne devrait ni être traitée comme une anomalie démocratique ni entraîner automatiquement la disparition du processus. La nouvelle administration doit conserver le droit de réviser les politiques, renforcer la défense, suspendre certaines initiatives et proposer la renégociation des engagements.
Cette liberté politique doit cependant s’exercer à travers des institutions et des procédures connues. Les hotlines, inspections, réunions techniques, archives et mécanismes humanitaires devraient continuer pendant l’évaluation, sauf risque précis et documenté. Les mesures politiques ou économiques pourraient être ralenties; les infrastructures empêchant une escalade ne devraient pas disparaître par simple instruction informelle.
La réussite du scénario ne consiste donc pas à rendre la paix irréversible. Dans une démocratie, aucune politique importante ne devrait échapper indéfiniment au jugement des citoyens. Elle consiste à rendre sa modification ordonnée, transparente et proportionnelle. Une paix durable doit pouvoir être critiquée, révisée et même partiellement suspendue sans que la péninsule perde, du jour au lendemain, tous les moyens qui l’empêchent de retomber dans la guerre.
Scénario 5 — Une violation demeure contestée
Comprendre le danger de l’incertitude
Une violation apparente n’est pas encore une violation établie
Dans une péninsule aussi militarisée, un événement inquiétant peut être détecté en quelques secondes et interprété avant que ses causes soient connues. Un radar enregistre une trajectoire, une explosion survient près de la frontière ou une communication militaire est interrompue. Ces faits peuvent signaler une attaque, mais aussi une erreur technique, un accident, une activité mal déclarée ou une opération destinée à faire accuser un tiers.
L’incertitude n’empêche pas la peur
Les gouvernements ne peuvent pas attendre passivement pendant qu’une menace potentielle se développe. Les forces doivent protéger les populations, surveiller les mouvements militaires et se préparer à une aggravation. Toutefois, ces mesures de précaution ne devraient pas être confondues avec des représailles destinées à punir une violation dont l’auteur, la nature ou l’intention demeurent contestés.
Une accusation peut créer sa propre escalade
Une accusation publique définitive enferme rapidement un gouvernement dans son premier récit. S’il promet de répondre, reconnaître ensuite une erreur devient politiquement coûteux. L’adversaire place ses forces en alerte, ce qui produit de nouveaux signaux inquiétants et semble confirmer l’accusation initiale. Une interprétation erronée peut alors déclencher exactement la crise qu’elle prétendait avoir détectée.
Le véritable objectif de l’enquête
Une enquête technique indépendante ne servirait pas uniquement à désigner un coupable. Elle devrait établir ce qui s’est produit, déterminer quelles obligations s’appliquent, identifier les responsabilités possibles et recommander les corrections nécessaires. Une erreur accidentelle peut exiger une modification des procédures même si elle ne justifie aucune sanction.
Construire le scénario
Un incident près de la frontière
Une explosion endommage une installation sud-coréenne de surveillance située près de la zone démilitarisée et blesse légèrement deux militaires. Des capteurs acoustiques indiquent qu’un projectile pourrait provenir du Nord, mais une partie des données radar est manquante en raison d’une interruption momentanée du réseau.
Une première conclusion militaire
Le commandement sud-coréen considère qu’un tir nord-coréen constitue l’explication la plus probable. Il renforce ses positions, interrompt temporairement certains déplacements dans la zone et demande l’autorisation d’effectuer un tir de démonstration contre une position nord-coréenne non occupée.
Un démenti de Pyongyang
La Corée du Nord affirme n’avoir effectué aucun tir. Elle prétend que l’explosion résulte d’une munition sud-coréenne défectueuse ou d’un ancien explosif demeuré dans la zone. Elle refuse l’accusation et avertit qu’elle répondra à toute attaque contre son territoire.
Des images contradictoires
Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux semble montrer un tir d’artillerie nord-coréen quelques secondes avant l’explosion. Une autre séquence prétend montrer une détonation directement sur l’installation sud-coréenne. L’origine, l’heure et l’intégrité des deux vidéos sont inconnues. Des comptes liés à plusieurs pays les diffusent comme des preuves définitives.
Une pression pour agir
L’opinion publique sud-coréenne exige une réponse. Certains responsables politiques accusent le gouvernement de faiblesse, tandis que Pyongyang place ses unités frontalières en état d’alerte. Washington, Pékin et Moscou reçoivent des évaluations techniques différentes. Une enquête qui durerait plusieurs semaines ne suffirait pas : il faut d’abord empêcher les premières heures d’incertitude de devenir une confrontation.
Stabiliser les premières heures
Activer immédiatement le protocole
Dès l’incident, le mécanisme commun d’enquête devrait être activé automatiquement. Cette activation ne signifierait ni que les deux parties sont également responsables ni que l’événement est sans gravité. Elle confirmerait simplement que les faits sont encore incomplets et qu’une procédure convenue doit les établir.
Maintenir les communications
Les hotlines militaires devraient être utilisées pour transmettre l’heure, le lieu général et la nature de l’incident. Séoul demanderait à Pyongyang de confirmer ses activités dans le secteur concerné. Pyongyang pourrait répondre sans divulguer immédiatement tous ses renseignements militaires, mais son silence prolongé serait consigné dans l’enquête.
Demander une déclaration conservatoire
Chaque partie devrait transmettre rapidement une première déclaration précisant ses activités pertinentes : tirs, exercices, déplacements, travaux de démolition, incidents techniques ou pertes de communication. Cette déclaration pourrait être complétée ultérieurement, mais toute modification importante devrait être expliquée.
Préserver une fenêtre de retenue
Pendant une première période — par exemple six à douze heures — les parties s’abstiendraient de toute action punitive irréversible. Elles pourraient placer leurs forces en protection, évacuer une zone, déplacer des civils ou renforcer la surveillance. Elles ne devraient pas effectuer un tir de représailles, détruire une installation adverse ou interrompre l’ensemble du processus avant l’examen des premières données.
Le droit de répondre à une menace immédiate
Cette période de retenue ne supprimerait pas le droit de défendre les populations contre une attaque en cours. Si plusieurs tirs se poursuivent, qu’une unité franchit la frontière ou qu’un système d’armes prépare manifestement une nouvelle attaque, les forces concernées peuvent agir immédiatement. L’enquête devrait ensuite examiner séparément l’incident initial et la nécessité de la réponse défensive.
Séparer les questions
Première question — Que s’est-il produit?
L’équipe doit d’abord reconstruire l’événement sans présumer de son auteur. Quelle était la nature de l’explosion? Un projectile a-t-il atteint l’installation? Une munition locale a-t-elle explosé? Le dommage peut-il provenir d’une défaillance, d’un drone, d’une mine ou d’un sabotage?
Deuxième question — D’où venait l’action?
Si un projectile ou un appareil est confirmé, il faut déterminer sa trajectoire, son point de départ probable et les systèmes capables de l’avoir produit. Une direction générale ne suffit pas nécessairement à attribuer l’action à un gouvernement. Le tir peut provenir d’une unité régulière, d’un accident, d’un acteur non autorisé ou d’un dispositif manipulé.
Troisième question — Quelle obligation a été enfreinte?
Une activité peut être dangereuse sans contrevenir exactement au protocole invoqué. L’enquête devrait déterminer si l’incident enfreint l’armistice, une zone d’exclusion, une obligation de notification, un moratoire, une règle de non-agression ou plusieurs engagements simultanément.
Quatrième question — Quelle était l’intention?
La violation peut être accidentelle, négligente, autorisée à un niveau local ou décidée par les dirigeants. L’intention influence la réponse politique, mais elle est souvent plus difficile à établir que les faits matériels. Le rapport devrait pouvoir conclure qu’une obligation a été violée sans prétendre connaître une intention que les preuves ne démontrent pas.
Cinquième question — Comment les parties ont-elles réagi?
L’enquête devrait aussi examiner les réactions suivant l’incident. Une partie initialement victime peut commettre une violation distincte en franchissant la frontière, en visant une installation sans lien avec la menace ou en refusant les procédures de désescalade. Une enquête crédible ne s’arrête pas au premier événement si l’escalade produit de nouvelles obligations enfreintes.
Constituer une équipe indépendante
Une composition prédéfinie
L’équipe d’enquête ne devrait pas être improvisée après chaque crise. Sa composition générale, ses règles de nomination et ses compétences seraient établies dans l’accord. Elle réunirait des experts en armement, radars, explosifs, imagerie, communications, cybersécurité et droit applicable.
Une direction neutre
La direction de l’enquête serait confiée à une personne ou une institution acceptée par les deux parties. Des représentants des deux Corées pourraient participer, présenter des preuves et contester les analyses, mais ne devraient pas pouvoir modifier seuls les conclusions.
Partir des institutions existantes
La Commission de supervision des nations neutres participe déjà à des inspections et à des enquêtes spéciales concernant de possibles violations de l’armistice. Ses officiers suisses et suédois constituent donc un point d’appui réel. Son mandat devrait toutefois être adapté par accord si l’enquête exige un accès réciproque ou des compétences dépassant ses fonctions actuelles. Forces armées suisses — Commission de supervision des nations neutres
Un précédent instructif
Après les incursions de drones du 26 décembre 2022, une enquête spéciale du Commandement des Nations unies, observée par la Commission de supervision des nations neutres, a conclu que des drones nord-coréens avaient violé l’armistice, que les tentatives sud-coréennes de les neutraliser dans son espace aérien étaient conformes aux règles et que l’envoi ultérieur de drones sud-coréens au-delà de la zone démilitarisée constituait lui aussi une violation. Cet exemple montre qu’une enquête peut distinguer plusieurs actions au lieu de produire un verdict entièrement favorable à un camp. Commandement des Nations unies — Enquête spéciale sur l’incident du 26 décembre 2022
Éviter les conflits d’intérêts
Un État ou un commandement directement impliqué ne devrait pas diriger seul l’enquête sur sa propre conduite. Lorsqu’un membre de l’équipe possède un conflit réel ou apparent, il devrait le déclarer et se retirer de la décision concernée. L’enquête doit être assez indépendante pour que ses conclusions puissent être acceptées même lorsqu’elles déplaisent aux autorités qui l’ont demandée.
Préserver les preuves
Sécuriser le lieu
Les premières forces présentes devraient protéger le site, secourir les personnes et empêcher le déplacement inutile des débris. Les coordonnées, photographies initiales, conditions météorologiques et positions des équipements seraient enregistrées. Une nécessité opérationnelle peut obliger à déplacer un objet dangereux, mais ce déplacement devrait être documenté.
Établir une chaîne de possession
Chaque débris, fichier, image ou prélèvement recevrait un identifiant. Les personnes l’ayant recueilli, transporté, analysé ou copié seraient consignées. Cette chaîne de possession empêcherait qu’une partie rejette ultérieurement une preuve simplement parce que personne ne peut démontrer comment elle a été conservée.
Préserver les données numériques
Les radars, caméras, capteurs acoustiques, téléphones militaires et systèmes de contrôle peuvent écraser automatiquement leurs données. Une procédure d’urgence devrait imposer leur copie immédiate, accompagnée d’empreintes numériques permettant de détecter toute modification. Les journaux des interruptions, mises à jour et accès administratifs seraient également conservés.
Conserver les communications
Les appels de hotline, ordres transmis aux unités et messages d’alerte pourraient éclairer la chronologie et l’intention. Leur accès devrait être limité aux informations pertinentes. L’enquête ne doit pas devenir un prétexte pour obtenir des secrets militaires sans rapport avec l’incident.
Protéger les témoins
Les militaires, techniciens et civils ayant observé l’événement devraient être interrogés rapidement, séparément et sans recevoir à l’avance le récit officiel attendu. Leur identité pourrait demeurer confidentielle si leur sécurité l’exige. Les contradictions entre témoignages seraient analysées plutôt que dissimulées.
Construire une base factuelle
Croiser plusieurs catégories de données
Aucune source ne devrait déterminer seule la conclusion. L’équipe pourrait comparer :
● les trajectoires radar;
● les données acoustiques;
● les images satellitaires;
● les enregistrements vidéo;
● les débris et résidus explosifs;
● les conditions météorologiques;
● les journaux de communication;
● les activités militaires déclarées;
● et les témoignages disponibles.
La convergence de plusieurs sources indépendantes serait plus convaincante qu’une image spectaculaire isolée.
Évaluer la fiabilité des capteurs
Un capteur peut être mal calibré, endommagé ou perturbé par l’environnement. L’équipe vérifierait son historique d’entretien, son emplacement, ses angles morts et les données d’autres systèmes. Une mesure ne deviendrait pas fausse parce qu’elle est imparfaite, mais son degré d’incertitude devrait apparaître dans l’évaluation.
Analyser les débris
La composition métallique, les traces chimiques, les numéros de série et les caractéristiques de fabrication peuvent aider à identifier un système d’arme. Ces éléments ne prouvent toutefois pas toujours qui l’a utilisé. Une munition peut avoir été récupérée, copiée, transférée ou délibérément placée pour orienter l’enquête.
Vérifier les images publiques
Les vidéos diffusées en ligne devraient être examinées à partir de leur fichier original lorsque celui-ci est disponible. L’équipe vérifierait les métadonnées, les ombres, la météo, les repères géographiques, la continuité des images et les traces de génération ou de montage. Une capture recompressée et publiée par un compte anonyme ne devrait jamais être traitée comme une preuve définitive.
Intégrer la menace cybernétique
L’interruption des radars pourrait résulter d’une panne, d’une cyberattaque ou d’une manipulation interne. Les enquêteurs devraient préserver les journaux des systèmes et examiner les accès inhabituels. L’attribution cybernétique demeurerait distincte de l’analyse de l’explosion : le même acteur n’est pas nécessairement responsable des deux événements.
Protéger les renseignements sensibles
Un accès contrôlé
Les parties pourraient permettre aux enquêteurs de répondre à une question précise sans exposer l’ensemble de leurs capacités militaires. Elles pourraient masquer certains paramètres, limiter la consultation à des experts habilités ou fournir les données dans une salle sécurisée. L’accès contrôlé ne devrait toutefois pas supprimer les éléments nécessaires pour vérifier la conclusion.
Des intermédiaires techniques
Lorsqu’une partie refuse de transmettre directement une donnée à son adversaire, un expert neutre pourrait l’examiner et publier une conclusion limitée : le système fonctionnait, une trajectoire a été détectée ou aucune activité correspondante n’apparaît. Les renseignements bruts resteraient confidentiels, mais leur existence et leur valeur probante seraient enregistrées.
Distinguer confidentialité et absence de preuve
Une partie ne pourrait pas simplement affirmer qu’elle possède une preuve secrète impossible à examiner. Si aucune procédure neutre ne permet de la vérifier, cette information pourrait orienter les mesures de prudence, mais elle ne devrait pas suffire à justifier une sanction définitive.
Fixer un échéancier réaliste
Un rapport initial rapide
Dans les premières vingt-quatre heures, l’équipe devrait confirmer la nature générale de l’événement, les mesures prises pour préserver les preuves et les principales incertitudes. Elle ne serait pas obligée d’attribuer la responsabilité à ce stade.
Une évaluation préliminaire
Dans un délai de quelques jours, elle pourrait établir les hypothèses les mieux soutenues, identifier les données manquantes et recommander le maintien, l’assouplissement ou le renforcement des mesures temporaires. Une conclusion préliminaire devrait toujours être présentée comme révisable.
Un rapport final
Le rapport final serait remis lorsque les analyses essentielles seraient terminées. L’accord pourrait prévoir une cible, par exemple trente jours, avec possibilité de prolongation motivée. Un délai trop court favoriserait une conclusion politique; un délai sans limite permettrait d’enterrer l’incident.
Une enquête non unanime
Les représentants des parties ne seraient pas obligés de signer la même interprétation. Le rapport pourrait présenter les faits acceptés, les conclusions majoritaires, les opinions divergentes et l’évaluation des experts neutres. Une absence de consensus ne devrait pas empêcher la publication des éléments établis.
Communiquer pendant l’enquête
Une formulation commune minimale
Les parties devraient publier une déclaration confirmant qu’un incident est survenu, qu’une enquête a été déclenchée et que des mesures de sécurité temporaires sont appliquées. Elles conserveraient le droit de présenter leurs préoccupations, mais éviteraient d’annoncer une culpabilité définitive avant le rapport préliminaire.
Corriger rapidement les fausses informations
Lorsqu’une vidéo ou une donnée diffusée publiquement est démontrée fausse, l’équipe devrait le signaler sans attendre le rapport final. Cette correction ne confirmerait pas automatiquement l’hypothèse adverse; elle retirerait simplement une fausse preuve de la discussion.
Informer les personnes touchées
Les militaires blessés, leurs familles et les communautés frontalières devraient recevoir des informations vérifiées sur les risques et les mesures de protection. La confidentialité militaire ne doit pas produire un vide rempli par les rumeurs.
Publier les degrés de certitude
Le rapport devrait indiquer si une conclusion est certaine, hautement probable, probable ou impossible à établir avec les informations disponibles. Ces catégories seraient définies à l’avance. Elles empêcheraient les gouvernements de transformer une probabilité technique en certitude politique.
Coordonner l’intervention du trio
Le rôle de Heidi Tagliavini
Tagliavini maintiendrait les communications politiques et obtiendrait l’engagement des parties à ne pas prendre de mesure punitive avant l’évaluation préliminaire. Elle chercherait les formulations permettant à chaque gouvernement de pratiquer la retenue sans paraître nier le risque.
Le rôle de Thomas Greminger
Greminger coordonnerait le volet militaire et technique. Il vérifierait la préservation des preuves, préciserait les mesures défensives compatibles avec l’accord et aiderait l’équipe à distinguer une anomalie, une violation limitée et une menace immédiate.
Le rôle de Jan Eliasson
Eliasson informerait les puissances garantes et leur demanderait de ne pas publier d’attribution définitive à partir de leurs seuls renseignements. Il organiserait l’accès aux capacités techniques supplémentaires — satellites, laboratoires, expertise cybernétique — et chercherait un accord sur la réponse à appliquer après le rapport.
Une séparation des responsabilités
Le trio ne conduirait pas lui-même toutes les analyses. Les techniciens établiraient les faits, les facilitateurs protégeraient le processus et les parties décideraient de la réponse selon l’accord. Cette séparation empêcherait les mêmes personnes de recueillir les preuves, négocier le compromis et juger la violation.
Formuler plusieurs conclusions possibles
Conclusion 1 — Violation confirmée
Les preuves démontrent qu’une unité nord-coréenne a effectué le tir et que celui-ci contrevient à une obligation précise. La procédure graduée serait appliquée : demande d’explication, mesure corrective, suspension de la contrepartie liée et, selon la gravité ou la répétition, intervention des garants.
Conclusion 2 — Accident nord-coréen
Le projectile provient du Nord, mais résulte d’une défaillance ou d’une erreur non autorisée. La violation matérielle demeure, mais la réponse peut privilégier la correction : enquête interne, modification des procédures, déplacement temporaire de l’équipement concerné et compensation pour les dommages.
Conclusion 3 — Accident sud-coréen
L’explosion provient d’une munition ou d’un équipement sud-coréen. Séoul devrait reconnaître publiquement la conclusion, retirer son accusation et corriger ses procédures. Pyongyang devrait réduire les mesures d’alerte adoptées en réponse. Aucun camp ne devrait transformer cette correction en humiliation politique.
Conclusion 4 — Responsabilités partagées
Un événement initial nord-coréen est suivi d’une réaction sud-coréenne contraire à l’accord, ou l’inverse. Chaque action serait qualifiée séparément. Une partie ne pourrait pas effacer sa propre violation en invoquant celle de l’adversaire.
Conclusion 5 — Attribution insuffisante
L’équipe confirme l’explosion, mais ne peut déterminer son origine avec assez de certitude. Aucune sanction punitive ne devrait être imposée sur cette seule base. Les parties pourraient néanmoins renforcer temporairement la surveillance, corriger les lacunes techniques et maintenir une enquête ouverte.
Conclusion 6 — Manipulation délibérée
Les preuves révèlent qu’un tiers, une unité non autorisée ou une opération clandestine a cherché à provoquer une confrontation. La réponse viserait l’auteur démontré et les vulnérabilités exploitées. Les deux Corées auraient alors un intérêt commun à empêcher que l’opération atteigne son objectif.
Répondre à la non-coopération
Un refus n’est pas automatiquement un aveu
Une partie peut refuser un accès pour protéger un secret militaire légitime. Ce refus affaiblit la capacité de l’enquête, mais ne prouve pas nécessairement sa culpabilité. L’équipe devrait proposer un accès contrôlé, une observation indirecte ou l’examen des données par un intermédiaire neutre.
Consigner les conséquences du refus
Si aucune solution n’est acceptée, le rapport préciserait quelle information a été refusée, pourquoi elle était importante et quelles conclusions demeurent impossibles. La non-coopération pourrait constituer une violation procédurale distincte si l’accord imposait l’accès demandé.
Éviter la récompense du secret
Une partie ne devrait pas pouvoir empêcher toute conclusion en détruisant ou retenant les preuves. Lorsque plusieurs éléments indépendants convergent et que le refus n’est pas raisonnablement justifié, les enquêteurs pourraient en tenir compte dans leur appréciation. Cette possibilité devrait être prévue avant la crise.
Proportionner les mesures temporaires
Protéger sans punir
Pendant l’enquête, les parties pourraient accroître la surveillance, éloigner temporairement certaines unités, limiter les déplacements dans la zone et mettre les forces médicales en attente. Ces mesures devraient être décrites comme protectrices, limitées dans le temps et réexaminées régulièrement.
Éviter les sanctions prématurées
Une contrepartie économique ou diplomatique ne devrait pas être suspendue uniquement parce qu’une accusation est politiquement convaincante. Une suspension provisoire pourrait toutefois être justifiée lorsque la contrepartie est directement liée à l’obligation contestée et que sa poursuite créerait un risque difficilement réversible.
Maintenir les mécanismes vitaux
Les hotlines, inspections, communications diplomatiques et programmes humanitaires essentiels continueraient. Leur utilité augmente précisément lorsque les faits sont contestés. Les suspendre reviendrait à détruire les moyens de résoudre le différend parce qu’un différend existe.
Corriger une accusation erronée
Reconnaître publiquement l’erreur
Si l’accusation initiale est infirmée, le gouvernement concerné devrait corriger officiellement son récit. Une formulation convenue pourrait reconnaître que les premières informations étaient incomplètes sans prétendre que les préoccupations initiales étaient irrationnelles.
Réparer les conséquences
Les mesures adoptées contre une partie injustement accusée devraient être levées. Les projets ou contreparties suspendus seraient rétablis, et une compensation pourrait être envisagée si la suspension a causé un préjudice mesurable. Cette réparation donne aux parties un intérêt à accepter les conclusions plutôt qu’à défendre indéfiniment leur première version.
Protéger la crédibilité de l’enquête
Un gouvernement ne devrait pas pouvoir congédier les enquêteurs ou réduire leur financement parce que leurs conclusions lui déplaisent. Les contestations méthodologiques seraient examinées par une procédure scientifique ou juridique déterminée, et non par une campagne politique contre les experts.
Simuler plusieurs complications
Ajouter une seconde explosion
Une nouvelle détonation survient avant le rapport préliminaire. L’équipe doit déterminer si elle provient de la même cause et si la fenêtre de retenue peut être maintenue. Les forces conservent le droit de répondre à une attaque en cours, mais ne devraient pas présumer que les deux événements ont le même auteur.
Ajouter une cyberattaque
Les données d’un radar sud-coréen sont modifiées après leur collecte. L’exercice vérifie si les copies originales, les empreintes numériques et les systèmes de secours permettent de reconstruire l’information.
Ajouter une fausse vidéo convaincante
Une vidéo générée ou modifiée circule avant que les autorités puissent l’authentifier. Les gouvernements doivent communiquer l’incertitude sans donner l’impression de cacher les faits.
Ajouter un refus d’accès
Pyongyang refuse l’inspection d’un site susceptible d’avoir effectué le tir, mais accepte qu’un expert neutre examine certains journaux techniques. La simulation doit déterminer si cet accès limité permet de répondre à la question principale.
Ajouter des preuves contradictoires entre alliés
Les services sud-coréens et américains produisent des évaluations différentes. L’accord doit empêcher que l’opinion du partenaire le plus puissant devienne automatiquement la conclusion officielle.
Évaluer et renforcer le mécanisme
Mesurer la performance
L’exercice devrait mesurer :
● le délai d’activation de l’enquête;
● la préservation effective des preuves;
● le temps nécessaire pour établir une chronologie;
● la disponibilité des communications;
● l’accès aux données pertinentes;
● l’indépendance des experts;
● la résistance aux informations manipulées;
● la proportionnalité des mesures temporaires;
● la capacité de corriger une accusation erronée;
● et le délai de retour à la coopération.
Repérer les échecs critiques
Le mécanisme échoue si des preuves sont détruites, si une partie effectue des représailles avant l’évaluation, si les enquêteurs dépendent du gouvernement qu’ils examinent ou si une conclusion incertaine est présentée comme une certitude. Il échoue également si l’enquête devient si lente qu’elle sert uniquement à éviter toute décision.
Réviser les procédures
Après l’exercice, les parties modifieraient les délais, droits d’accès, méthodes de conservation et règles de communication ayant montré leurs limites. Les nouveaux capteurs ou risques technologiques seraient intégrés aux annexes techniques sans devoir renégocier tout l’accord.
Rejouer avec une conclusion différente
La simulation devrait être répétée en modifiant le résultat : violation confirmée, accident, responsabilités partagées ou preuve insuffisante. Une procédure crédible doit pouvoir produire chacune de ces conclusions sans que son fonctionnement suppose d’avance la culpabilité de Pyongyang ou de Séoul.
Synthèse du scénario — Établir les faits avant de punir
Une violation contestée ne peut pas être gérée par la confiance, puisque chaque partie considère précisément le récit de l’autre comme suspect. Elle doit être traitée par une procédure capable de préserver les preuves, séparer les différentes questions et produire une conclusion indépendante avec un degré de certitude clairement indiqué.
L’enquête ne supprimerait ni le droit de se protéger ni la responsabilité d’une partie ayant réellement violé l’accord. Elle établirait une distinction essentielle entre les mesures défensives nécessaires immédiatement et les représailles punitives qui peuvent attendre quelques heures ou quelques jours. Ce délai n’est pas une faveur accordée à l’adversaire; il protège chaque partie contre une manipulation, une erreur ou une réaction disproportionnée.
Le véritable test surviendrait lorsque le rapport contredit l’interprétation initiale d’un gouvernement. Une paix durable exige alors qu’il puisse corriger son récit, lever les mesures injustifiées et améliorer ses propres procédures sans transformer cette correction en défaite politique. Dans une péninsule où quelques minutes peuvent séparer l’alerte de la riposte, la capacité de dire « nous ne savons pas encore » devient elle-même une infrastructure de sécurité.
9. Comment reconnaître un véritable progrès?
Une paix qui peut être observée
Une poignée de main, une déclaration commune ou un sommet réussi peut annoncer un changement politique, mais ne démontre pas encore que le risque de guerre diminue. Un véritable progrès doit modifier des comportements observables : moins d’incidents, des communications plus fiables, des engagements respectés et des mécanismes capables de fonctionner lorsque les relations se détériorent.
Mesurer sans réduire la paix à des chiffres
Aucun indicateur ne peut résumer à lui seul la sécurité de la péninsule. Une diminution des incidents peut traduire une amélioration, mais aussi une réduction des communications ou une absence d’observateurs. Un grand nombre de réunions peut signaler une coopération soutenue ou une succession de rencontres sans résultat. Les données quantitatives devraient donc toujours être accompagnées d’une appréciation qualitative.
Établir une situation de référence
Avant l’entrée en vigueur des premières mesures, les parties devraient établir une situation de référence : fréquence et gravité des incidents, fonctionnement des communications, activités militaires habituellement observées, niveau des échanges humanitaires et état des programmes nucléaires couverts. Sans point de départ, il devient impossible de déterminer si la situation s’améliore réellement ou si les gouvernements choisissent simplement les données qui les avantagent.
Mesurer une trajectoire
Les indicateurs devraient être examinés sur plusieurs périodes plutôt qu’à partir d’un événement isolé. Une augmentation momentanée des signalements peut, par exemple, résulter d’une meilleure surveillance plutôt que d’une détérioration. L’objectif serait de reconnaître une trajectoire générale, d’identifier rapidement les écarts et de comprendre ce qui les explique.
9.1. Mesurer la sécurité immédiate
Diminuer les incidents frontaliers
Le premier indicateur serait le nombre d’incidents terrestres, maritimes et aériens. Il faudrait cependant distinguer leur gravité : erreur de navigation corrigée, intrusion limitée, tir accidentel, échange de tirs ou attaque délibérée. Une baisse du nombre total serait positive, mais une réduction des incidents graves compterait davantage qu’une disparition statistique de petites anomalies.
Mesurer aussi leur traitement
Le nombre d’incidents ne suffit pas. Il faut mesurer le délai nécessaire pour établir une communication, transmettre une explication et interrompre l’escalade. Un processus peut démontrer sa valeur même lorsqu’un incident survient, s’il permet de le contenir rapidement et d’empêcher qu’il produise des représailles incontrôlées.
Vérifier le fonctionnement des hotlines
Les hotlines civiles et militaires devraient être testées régulièrement. Le tableau de bord indiquerait leur disponibilité, le délai moyen de réponse, le nombre d’interruptions et la durée nécessaire pour les rétablir. Une ligne officiellement existante mais laissée sans réponse ne constitue pas un mécanisme opérationnel.
Tester les canaux secondaires
La résilience exige également de vérifier les moyens de remplacement. Lorsqu’une hotline principale est indisponible, les parties doivent pouvoir utiliser un canal militaire secondaire, une liaison diplomatique ou les facilitateurs. Un exercice périodique confirmerait que les coordonnées, procédures d’authentification et chaînes de transmission demeurent à jour.
Respecter les notifications militaires
Chaque activité couverte devrait être comparée aux obligations de notification : préavis respecté, informations complètes, modification communiquée et activité réalisée dans les limites annoncées. Le résultat ne serait pas seulement un pourcentage de conformité; les rapports préciseraient aussi si les manquements concernent des détails administratifs ou des activités présentant un risque stratégique.
Observer les comportements autour des exercices
La réussite d’une notification se mesure également par la réaction de l’autre partie. Si un exercice correctement annoncé entraîne malgré tout une mobilisation massive, le mécanisme n’a pas encore produit toute la prévisibilité recherchée. Les rapports devraient donc examiner les notifications, les demandes de clarification et les réactions militaires qu’elles provoquent.
9.2. Mesurer la continuité politique
Compter les réunions réellement tenues
Le tableau de bord indiquerait le nombre de réunions prévues, tenues, reportées ou annulées. Il distinguerait les rencontres politiques, militaires, nucléaires, techniques et humanitaires. Une seule catégorie ne devrait pas pouvoir masquer la paralysie des autres.
Mesurer leur utilité
Une réunion ne constitue pas automatiquement un progrès. Chaque rencontre devrait produire au moins un résultat identifiable : échange de données, décision, clarification, échéancier ou liste des désaccords à résoudre. Les engagements pris seraient suivis jusqu’à leur exécution afin d’éviter qu’une série de réunions sans suite donne artificiellement l’impression d’un processus actif.
Maintenir les rencontres pendant les tensions
L’indicateur le plus révélateur serait le nombre de réunions maintenues ou remplacées malgré une crise. Une rencontre technique organisée pendant que les relations politiques sont difficiles possède parfois davantage de valeur institutionnelle qu’un sommet tenu pendant une période de rapprochement.
Préserver la participation
La présence de délégations possédant une autorité réelle devrait également être évaluée. Une partie pourrait officiellement participer tout en envoyant des représentants incapables de prendre une décision ou de transmettre une proposition. Le rapport devrait distinguer la présence protocolaire d’une participation fonctionnelle.
9.3. Mesurer les engagements militaires et nucléaires
Vérifier l’absence ou la réduction des essais concernés
Les moratoires devraient être évalués selon les activités précisément couvertes : essais nucléaires, catégories de missiles, tirs dans certaines zones ou utilisation de technologies déterminées. L’absence d’un essai spectaculaire ne suffirait pas si le développement des capacités interdites se poursuit par d’autres moyens.
Examiner les activités de remplacement
Les vérificateurs devraient rechercher les tentatives de contournement : modification d’une catégorie d’arme, déplacement d’un essai vers une zone non couverte, simulation remplaçant une activité interdite ou transfert de capacités à un partenaire. Une innovation n’est pas automatiquement une violation, mais elle peut révéler qu’un protocole doit être révisé.
Mesurer l’accès des inspecteurs
L’accès effectif ne signifie pas seulement qu’une inspection a été officiellement autorisée. Il faut mesurer :
● le nombre de visites demandées et réalisées;
● les délais d’autorisation;
● l’accès aux zones pertinentes;
● la disponibilité des documents;
● la possibilité d’utiliser les équipements convenus;
● et la résolution des anomalies découvertes.
Une inspection trop encadrée pour répondre à la question posée ne devrait pas être comptée comme entièrement réussie.
Distinguer trois conclusions
Les rapports devraient utiliser les trois catégories établies précédemment : engagement respecté, violation confirmée ou information insuffisante. Cette dernière catégorie empêche qu’un manque de données soit automatiquement présenté comme une preuve de culpabilité. Elle doit cependant entraîner une demande d’information ou une amélioration de la vérification.
Surveiller la coopération avec les vérificateurs
La rapidité des réponses, la conservation des données et la correction des problèmes devraient être mesurées séparément. Une partie peut commettre une anomalie limitée tout en collaborant pleinement pour l’expliquer. À l’inverse, une activité apparemment mineure peut devenir préoccupante lorsqu’elle s’accompagne d’un refus systématique de vérification.
Les directives des Nations unies sur les cessez-le-feu soulignent l’importance de mécanismes de surveillance adaptés au contexte, capables d’appuyer l’application des engagements et la gestion des différends. Le système coréen devrait reprendre ces principes sans simplement importer un modèle conçu pour un autre conflit. Nations unies — Directives sur la médiation des cessez-le-feu
9.4. Mesurer les progrès humanitaires
Compter les personnes réellement rejointes
Les indicateurs humanitaires devraient mesurer les résultats pour les populations : familles ayant obtenu des informations, rencontres réalisées, communications maintenues, médicaments livrés et personnes ayant effectivement reçu les services prévus. La valeur annoncée d’un programme ne démontre pas que ses ressources ont atteint les bénéficiaires.
Mesurer la régularité
Une réunion familiale exceptionnelle peut être importante pour les personnes concernées, mais elle ne constitue pas encore un mécanisme durable. Le progrès véritable apparaîtrait lorsque les échanges suivraient un calendrier régulier, conserveraient leurs dossiers et continueraient malgré les tensions politiques.
Protéger la qualité et la dignité
Les rapports devraient aussi examiner les délais d’attente, la confidentialité, les conditions de déplacement et la liberté relative des participants. Une augmentation statistique obtenue en réduisant la durée des rencontres ou en exposant les familles à une mise en scène politique ne représenterait pas nécessairement une amélioration.
Vérifier l’aide distribuée
Les programmes alimentaires et médicaux devraient publier les quantités reçues, les zones desservies, les interruptions et les résultats sanitaires disponibles. Les observateurs vérifieraient l’absence de détournement important sans imposer des procédures si lourdes qu’elles empêchent l’aide d’atteindre les populations.
9.5. Mesurer la réciprocité
Vérifier les sanctions et les contreparties
Chaque engagement devrait être relié à une contrepartie déterminée. Le tableau de bord indiquerait si la mesure a été appliquée, à quelle date et dans quelle proportion. Une partie ne devrait pas être déclarée en défaut lorsque la contrepartie qui devait soutenir son engagement n’a elle-même jamais été fournie.
Mesurer les délais
Une contrepartie tardive peut avoir le même effet politique qu’un refus. Les rapports devraient donc comparer la date prévue à la date réelle d’exécution. Les retards seraient classés selon leur cause : difficulté technique, blocage juridique, décision politique ou opposition d’une puissance garante.
Évaluer la proportionnalité
Une violation limitée ne devrait pas entraîner une sanction affectant tous les dossiers. Inversement, une mesure symbolique ne devrait pas être présentée comme une réponse suffisante à une violation grave. Les facilitateurs évalueraient si la suspension, la sanction ou la contrepartie correspond à l’obligation concernée et au niveau de gravité établi.
Suivre le retour à la conformité
Un bon système ne mesure pas seulement les sanctions imposées. Il indique combien de violations ont été corrigées, combien de contreparties ont été rétablies et combien de différends ont trouvé une solution. Un mécanisme qui punit beaucoup sans permettre le retour à la conformité ne produit pas nécessairement davantage de sécurité.
9.6. Mesurer la résilience
La première crise comme test décisif
Le progrès le plus important ne sera probablement pas visible pendant une période calme. Il apparaîtra lors de la première provocation, violation contestée, alternance politique ou confrontation entre puissances garantes. Le processus devra alors démontrer qu’il peut absorber le choc sans perdre toutes ses fonctions.
Des indicateurs de survie
Après une crise, l’évaluation devrait notamment vérifier :
● si les hotlines sont demeurées actives;
● si une réunion urgente a été tenue;
● si les preuves ont été préservées;
● si les mesures défensives sont restées proportionnelles;
● si les inspections ont continué;
● si l’aide essentielle a été protégée;
● si les facilitateurs ont conservé leur accès;
● et si les obligations suspendues disposent d’une voie de rétablissement.
Mesurer le retour au fonctionnement normal
La durée nécessaire pour reprendre les réunions, rétablir une contrepartie ou renouveler une inspection constitue un indicateur central. Un processus qui survit juridiquement, mais demeure paralysé pendant plusieurs années, n’est pas réellement résilient.
Apprendre de la crise
Chaque événement important devrait entraîner une révision limitée des procédures : communications, délais, accès aux preuves ou responsabilités institutionnelles. La crise devient alors une source d’amélioration plutôt qu’un simple test réussi ou échoué.
9.7. Construire un tableau de bord commun
Des catégories compréhensibles
Les indicateurs pourraient être regroupés en cinq catégories :
| Dimension | Question centrale |
| Sécurité | Les risques d’incident et d’escalade diminuent-ils? |
| Continuité | Les institutions fonctionnent-elles malgré les tensions? |
| Conformité | Les engagements sont-ils appliqués et vérifiés? |
| Réciprocité | Les obligations et contreparties progressent-elles ensemble? |
| Effets humains | Les populations constatent-elles une amélioration réelle? |
Cette structure permettrait au lecteur et aux décideurs de comprendre la trajectoire générale sans devoir interpréter des dizaines de données isolées.
Un statut accompagné d’une explication
Chaque indicateur pourrait recevoir un statut simple — progrès, stabilité, détérioration ou information insuffisante — accompagné d’une courte justification. Un code de couleur pourrait faciliter la lecture, mais ne devrait jamais remplacer l’explication. Une case verte est pratique; elle ne possède malheureusement aucun talent diplomatique particulier.
Des sources identifiées
Chaque donnée devrait préciser son origine : observations conjointes, rapports indépendants, informations gouvernementales ou estimations techniques. Lorsque les sources divergent, le tableau de bord présenterait la divergence plutôt que de fabriquer une moyenne trompeuse.
Une publication régulière
Un rapport public pourrait être publié tous les trois ou six mois, tandis que les informations opérationnelles sensibles demeureraient dans une annexe confidentielle. Les incidents majeurs feraient l’objet de rapports particuliers. Cette fréquence éviterait à la fois l’absence prolongée d’information et la transformation de chaque donnée quotidienne en crise politique.
Une évaluation indépendante
Le secrétariat du processus pourrait compiler les données, mais une équipe indépendante devrait vérifier la méthodologie et les conclusions. Les deux Corées pourraient commenter le rapport et joindre leurs observations sans pouvoir retirer un résultat qui leur déplaît.
9.8. Éviter la manipulation des indicateurs
Ne pas récompenser le silence
Une partie pourrait réduire artificiellement le nombre d’incidents en cessant de les signaler. L’indicateur devrait donc comparer les déclarations officielles aux observations techniques et aux rapports indépendants. Une baisse des signalements accompagnée d’une disparition des données serait classée comme information insuffisante, non comme progrès.
Ne pas confondre activité et efficacité
Multiplier les réunions, inspections ou communiqués ne garantit pas leur utilité. Les rapports devraient mesurer ce que ces activités ont permis d’accomplir : décision appliquée, anomalie corrigée, famille réunie ou risque militaire réduit.
Ne pas choisir uniquement les réussites
Le tableau de bord devrait conserver les indicateurs définis au départ, même lorsqu’ils deviennent défavorables. Les gouvernements ne pourraient pas remplacer une mesure en difficulté par une nouvelle statistique plus flatteuse sans expliquer ce changement.
Éviter un indice unique
Un résultat global pourrait masquer une détérioration grave. Une augmentation des échanges humanitaires ne compense pas automatiquement une reprise des essais nucléaires; une réduction des incidents ne justifie pas la disparition des inspections. Les différentes dimensions devraient rester visibles séparément.
9.9. Reconnaître les niveaux de progrès
Premier niveau — Le processus fonctionne
Les communications sont actives, les réunions ont lieu et les incidents utilisent les procédures convenues. La paix demeure fragile, mais les parties ne dépendent plus uniquement de réactions improvisées.
Deuxième niveau — Les engagements produisent des effets
Les activités militaires les plus risquées diminuent, les moratoires sont respectés, les inspections obtiennent un accès réel et les contreparties sont appliquées. La coopération commence à modifier les comportements stratégiques.
Troisième niveau — Les institutions survivent aux tensions
Une crise, une violation ou une alternance politique se produit sans détruire les hotlines, les enquêtes et les programmes essentiels. Le processus démontre qu’il peut fonctionner lorsque la confiance disparaît momentanément.
Quatrième niveau — La confrontation devient moins avantageuse
Les deux Corées accumulent des bénéfices sécuritaires, humanitaires et matériels qu’elles risqueraient de perdre en revenant à l’affrontement. La paix ne repose alors plus seulement sur une intention politique; elle commence à influencer le calcul des intérêts.
Cinquième niveau — La paix devient la situation normale
Les mécanismes de coopération sont intégrés aux administrations, financés durablement et acceptés par plusieurs gouvernements successifs. Les incidents demeurent possibles, mais ils sont traités comme des problèmes à résoudre plutôt que comme les premières étapes d’une nouvelle guerre.
9.10. Synthèse de la mesure — Observer la direction, pas seulement la destination
Un véritable progrès ne signifie pas que tous les désaccords ont disparu. Il signifie que les incidents deviennent moins nombreux ou moins graves, que les engagements sont davantage observables, que les populations bénéficient de résultats concrets et que la première crise ne détruit pas tout ce qui a été construit.
Le critère central demeure comparatif : chaque partie obtient-elle davantage de sécurité en respectant le processus qu’en le sabotant? Si les hotlines répondent, si les inspections accèdent aux informations nécessaires, si les contreparties sont appliquées et si les différends sont contenus, la trajectoire est positive même lorsque l’accord final demeure éloigné.
À l’inverse, des sommets fréquents, des déclarations ambitieuses et quelques projets symboliques ne constituent pas un progrès si les mécanismes cessent de fonctionner à la première tension. La mesure protège ainsi le processus contre deux illusions : croire que rien ne change parce que la paix n’est pas encore complète, ou croire que la paix est acquise parce que les dirigeants se sont rencontrés.
Synthèse stratégique
Une paix durable en Corée ne reposerait pas sur une concession décisive ou sur une relation exceptionnelle entre quelques dirigeants. Elle dépendrait d’une architecture dans laquelle chaque partie obtient davantage de sécurité en respectant l’accord qu’en cherchant à le contourner.
Cette architecture reposerait sur plusieurs conditions complémentaires :
● reconnaître les intérêts fondamentaux de chaque partie sans excuser les comportements du régime nord-coréen;
● organiser la coexistence avant de faire de la réunification un objectif immédiat;
● distinguer la fin de l’état de guerre, la réduction du risque nucléaire et la dénucléarisation à long terme;
● faire progresser séparément, mais de manière coordonnée, la sécurité, le nucléaire et les relations économiques et humanitaires;
● échanger des engagements graduels contre des contreparties proportionnelles, vérifiables et réversibles;
● maintenir les deux Corées au centre du processus tout en encadrant le rôle des facilitateurs et des puissances garantes;
● avancer par phases capables de produire rapidement des résultats observables;
● protéger les communications, les inspections et l’aide essentielle contre les crises politiques;
● tester l’accord face aux provocations, aux alternances et aux désaccords entre garants;
● mesurer les progrès selon les comportements réels plutôt que selon les déclarations diplomatiques.
Aucune de ces conditions ne suffirait isolément. Leur force vient de leur combinaison : les étapes graduelles réduisent le risque, la vérification limite les accusations, la réversibilité protège l’accord contre les violations et les institutions empêchent qu’un changement de dirigeant efface tous les progrès accomplis.
De l’architecture à la décision politique
Le texte a maintenant identifié les intérêts à protéger, les fondations de l’accord, les dossiers à séparer, les acteurs à mobiliser, les facilitateurs possibles, les étapes à franchir, les crises à simuler et les résultats à mesurer. Ces éléments ne constituent pas une collection de bonnes intentions. Ensemble, ils forment une architecture destinée à rendre la paix négociable, vérifiable et capable de survivre aux événements qui ont détruit les tentatives précédentes.
Cette architecture ne garantit pas que les gouvernements choisiront la paix. Aucun mécanisme ne peut fabriquer une volonté politique inexistante. Elle démontre cependant que les parties pourraient disposer d’une méthode plus solide que celles employées jusqu’ici. La question finale n’est donc plus seulement de savoir si la paix est possible, mais si les gouvernements concernés accepteront de construire les institutions nécessaires pour qu’elle puisse durer.
Conclusion — La paix comme capacité à durer
Ce que ce texte permet d’affirmer
La paix dans la péninsule coréenne demeure possible, mais probablement pas sous la forme d’un règlement global mettant simultanément fin à toutes les menaces, à toutes les sanctions et à toutes les rivalités. Une ambition plus réaliste consiste à construire progressivement un système dans lequel les désaccords peuvent persister sans ramener constamment les parties au bord de la guerre.
Une ambition exigeante, mais réaliste
Cette conception n’abaisse pas l’objectif de la paix. Elle le rend praticable. Empêcher un incident de dégénérer, limiter certaines capacités, vérifier un engagement et maintenir le dialogue pendant une crise représentent déjà des transformations importantes. Elles ne règlent pas tout, mais elles réduisent les possibilités qu’une erreur, une provocation ou une alternance politique détruise en quelques jours plusieurs années d’efforts.
Le véritable changement recherché
La réussite ne se reconnaîtrait donc pas uniquement à la signature d’un traité. Elle apparaîtrait lorsque les parties continueraient à communiquer après une violation, accepteraient une enquête dont les conclusions leur déplaisent ou préserveraient certains mécanismes malgré un conflit sur un autre dossier. La paix deviendrait durable lorsqu’elle cesserait de dépendre entièrement de l’optimisme du moment.
Ce que l’architecture ne peut pas garantir
Aucun mécanisme ne peut forcer des gouvernements déterminés à choisir la coopération. Les meilleurs facilitateurs ne peuvent remplacer la volonté politique, et les procédures les plus rigoureuses ne peuvent éliminer tous les risques. L’architecture proposée accomplit quelque chose de plus modeste, mais d’essentiel : elle rend la coopération moins dangereuse, la violation plus observable et la rupture plus difficile à provoquer accidentellement.
Le choix qui demeure
Les outils nécessaires existent déjà sous différentes formes. Des institutions savent vérifier des engagements, des diplomates savent maintenir des négociations difficiles et des mécanismes permettent de répondre graduellement aux violations. Ce qui manque n’est pas une invention miraculeuse. C’est la décision de réunir ces capacités dans un processus suffisamment cohérent pour que chaque partie puisse y trouver davantage de sécurité qu’en revenant à la confrontation.
Construire plutôt qu’attendre
La paix ne naîtra probablement pas d’un sommet miraculeux ni d’une confiance soudaine entre des adversaires séparés par plus de soixante-dix ans de confrontation. Elle devra être construite dans la méfiance, par des engagements limités, réciproques et vérifiables.
Une paix durable ne consiste pas à croire que les crises cesseront. Elle consiste à bâtir un système qui leur survivra — puis à donner aux populations et aux gouvernements suffisamment de raisons de vouloir le préserver.